Handicap et entreprenariat : « Je ne me vois pas comme un handicapé » dixit Boukari Kiéma

Publié le lundi 2 avril 2012

 

Nous l’avons déjà mentionné dans les colonnes de ce journal que : « le handicap n’est pas une fatalité, mais un évènement de la vie dont toute l’importance loge dans la façon de le porter. » Cette assertion, Boukari Kiéma n’en dira pas le contraire. Ce jeune homme handicapé moteur est étudiant en 3e année de géographie à l’Université de Ouagadougou. Se disant que « ce n’est pas le handicap qui compte, mais ce que nous faisons de notre handicap », il a créé son café-restaurant dans la zone du bois à Ouagadougou. L’inauguration de ce joyau a eu lieu le 08 mars dernier devant amis et parents. C’est sous un climat ambiant que nous avons été reçus le 20 mars aux environs de 16h dans ce nouveau site. En effet, des amis sont venus accompagner Monsieur Kiéma. L’air joyeux, ce jeune de 30 ans est marié à une étudiante en 4e année de Lettres Modernes à l’Université de Ouagadougou. Père d’un enfant de 6 mois, Boukari Kiéma porte son handicap sans complexe. « Je suis partout avec mon handicap. Je ne me vois d’ailleurs pas comme un handicapé », fait-il remarquer. L’air déterminé, il confie : « quand je nettoyais le coin, les gens passaient et me regardaient. Il y a un député dans la zone qui, un jour, m’a approché et me dit : si on disait qu’une personne handicapée peut faire cela, il aurait eu du mal à croire. Avant d’ajouter, bon courage ! » Certains de ces camarades vivant la même situation que lui sont sous l’emprise du complexe. Mais lorsqu’ils viennent le trouver, cela les galvanise un tant soit peu. « Quand ils viennent ici trouver que c’est moi-même qui sert, ça les motive un peu. Seulement, ils sont renfermés sur eux-mêmes ». Le nouvel entrepreneur a subi une formation pour la préparation des mets africains dans un Hôtel de la place. Animé d’un esprit de solidarité, il décide de partager ses connaissances à ses amis en situation de handicap, mais sans résultat. « J’ai organisé une formation au profit de mes camarades handicapés en entreprenariat mais seulement deux ont répondu favorablement et tiennent toujours la route » C’est dans un esprit de combat et d’entreprenariat que monsieur Kiéma a installé son café-resto. Kiéma Boukary est un averti des questions entrepreneuriales. Il est à présent le président du Club amical des jeunes pour l’entreprenariat. Il s’agit de jeunes qui veulent se lancer dans l’auto-emploi dans un futur proche. La création de son café-resto est donc l’occasion de « donner l’exemple en tant que président à ses amis du club et surtout à tous les jeunes que l’entreprenariat est un domaine qui peut sortir du sous-emploi, du chômage ». Son idée de départ, c’était la restauration assortie de la distribution des plats dans des emballages coffrets bio-dégradables dans les services, les cérémonies et à domicile. Les contacts ont été déjà pris dans ce sens. Cependant, « les moyens ont fait défaut », fait-il savoir, l’air un peu triste. Pour pouvoir réaliser ce projet, il avait estimé son budget à 1.425.000 FCFA. Bénéficiaire du fonds d’appui aux initiatives des jeunes (FAIJ) M. Kiéma a finalement reçu la somme de 725.000FCFA. A défaut de ce qu’il voulait, il s’est contenté de ce qu’il a pour ainsi créer son café-resto dans la perspective d’aboutir à son idée de départ. Aujourd’hui, la vie de Kiema tient en un circuit à forme triangulaire : son café-resto, le campus et ses lieux de dispensation de cours. « J’ai eu cours ce matin au campus. Après ça je suis venu ici. Le soir, je dois dispenser des cours à 18h à Somgandé » confie-t-il. Implorant l’aide des personnes de bonne volonté pour réaliser pleinement son projet, M. Kiéma encourage la jeunesse à se lancer dans l’auto-emploi.

 

Basidou Kinda


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