Situation à la BICIAB : L’Etat doit restaurer sa crédibilité !

Publié le lundi 2 avril 2012

Le différend qui oppose la direction générale de la BICIAB à un de ses employés vient de connaître un développement important. En effet, en réponse à la demande d’avis de la direction générale portant sur une décision de licenciement d’un agent, le directeur régional du travail et de la sécurité sociale a rejeté l’ensemble de l’argumentaire qui a servi de fondement à cette décision. Après avoir entendu le travailleur, le représentant du directeur général, les représentants du personnel et d’autres personnes ressources, le directeur régional du travail a repris à son compte ce que le travailleur n’a cessé de clamer : l’acharnement de la direction de la BICIAB contre lui pour la simple raison d’avoir porté les doléances des travailleurs pendant les luttes sociales de 2010. « Par conséquent, écrit l’inspecteur du travail, je me trouve dans l’impossibilité d’autoriser son licenciement. »Voilà qui est clair. Si le directeur général de la BICIAB veut persister dans sa volonté de licencier l’agent, ce sera sans la caution de l’institution sociale nationale.

Cette fermeté du directeur régional du travail tranche avec la veulerie des représentants des travailleurs qui n’ont pas daigné lever le petit doigt pour défendre leur camarade au sein du conseil de discipline. Pire, tous les quatre représentants des travailleurs avaient voté pour le licenciement de leur camarade. Pourquoi me diriez-vous ? Tout simplement par peur de perdre leur emploi. On l’a bien vu, ce sont ces soit disant représentants des travailleurs qui ont protesté, lorsque nous avons nous-même dénoncé l’acharnement de la direction générale contre certains travailleurs, suite à la crise sociale de 2010. Une telle servilité ne peut s’expliquer autrement que par le climat de peur qui règne à la banque. On aura aussi constaté le silence bruyant des syndicats, en particulier ceux du secteur du commerce et de l’industrie auxquels les travailleurs de la BICIAB sont majoritairement affiliés. A force de compromissions avec la direction générale, ces syndicats sont devenus totalement muets. Difficile dans ces conditions pour un travailleur isolé de tenir tête à un employeur prompt à jeter dehors tous ceux qu’il considère comme des brebis galeuses.

Il convient enfin de s’interroger sur le rôle obscur joué par madame Colette Yelkouni dans la traque contre les indésirables de la direction générale. Quel deal la direction générale de la BICIAB a-t-elle proposé à cette ancienne inspectrice du travail pour la détourner du rôle de vigie des lois sociales qu’elle était censée jouer jusque là ? Comment comprendre en effet ce climat inquisitorial qui sévit à la banque, alors qu’on aurait pu s’attendre à ce que son arrivée influence positivement la direction générale dans le sens d’un meilleur respect de la législation du travail ? Monsieur Sidi Mohamed Guigma, employé à l’agence régionale de Bobo-Dioulasso s’est vu suspendre le salaire depuis janvier dernier avant même que l’inspection du travail n’ait été saisie de ce qui lui est reproché. Ne parlons pas des sanctions antérieures décidées contre lui dont on voit bien aujourd’hui qu’elles sont sans fondement. Mais dans sa logique d’acharnement, la direction générale peut encore recourir à l’arbitrage du ministre en charge du Travail. Mais on voit mal un ministre du gouvernement Tiao autoriser le licenciement d’un agent contre un avis technique aussi fortement motivé de ses services compétents. On en est sans doute conscient côté BICIAB, d’où les tractations en cours pour inciter l’agent à demander un départ volontaire. Mais ce qui importe plus que tout, c’est la capacité de l’Etat à se faire respecter. Dans le dossier BICIAB, il y a eu par le passé trop de compromissions, y compris à des niveaux très élevés. Le défi du gouvernement Tiao sera de restaurer une crédibilité écornée.

Par Germain B. Nama


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