L’honneur du procureur Nikiema !

Publié le vendredi 16 novembre 2012

Par Newton Ahmed Barry

C’est un peu l’affaire du peureux. Quand il se décide à taper, il ferme les yeux et tape de toutes ses forces, pour ne pas avoir à recommencer. Avec le procureur Placide Nikièma c’est à peu près pareil, il fallait un coup dont L’Ouragan, son directeur et son journal aurait du mal à se relever. Et c’est ça qui s’est produit.

 

Maintenant, il appartient aux journalistes de ne pas faire les imbéciles. Car dans cette affaire c’est l’histoire du fou et de la lune. Il ne faut pas regarder le doigt, mais la lune que le procureur Placide Nikiema, qui vient d’arriver de Bobo Dioulasso, nous montre. Est-ce vraiment au pauvre Lohé qu’il pensait au moment du jugement ? Ce n’est pas certain. En cette affaire là ou le doigt de l’imbécile, c’est l’histoire de la scène de ménage.

La femme fâchée contre son époux s’en prend violemment à son enfant en insultant les attributs qui lui font le plus ressemblent à son pater.

La justice pense, et certains animateurs de la justice surtout, que la presse prend une certaine envergure qui n’est pas tolérable. Surtout en ces derniers temps, où visiblement il n’y a plus de sanctuaire au dessus de la critique de la presse. Le juge est fort dans son prétoire. En dehors, seule sa moralité le protège. Or le TGI de Ouagadougou est par essence la tombe de l’honneur et de la dignité des procureurs. Peu y sont passés, en restant indemnes. Alors Nikiema, veut-il disposer pour l’avenir ?

 

En prenant un char d’assaut pour écraser une souris, il veut instaurer une peur panique au sein de la confrérie. Y réussira t-il ? C’est possible. C’est la première fois que les magistrats burkinabè sont allés aussi immodérément dans la gestion d’un délit d’opinion.

 

Mais cette affaire franchement pour l’honneur de Placide, ce n’est pas du tout bon. Son égo en est sûrement sorti satisfait. Il s’est tapé un journaliste, ce dont rêve beaucoup de gens dans l’administration aujourd’hui. Pour sa réputation par contre, il faudra repasser. Procureur dans le tribunal où il astreint les journalistes, c’était sûr que ceux-ci, même s’ils avaient raison, ils auraient été condamnés. Avec l’opportunité des poursuites et la subordination des substituts, il était évident qu’il n’y avait pas d’échappatoire pour les prévenus.

 

Or Placide Nikiema sait qu’on n’est jamais à l’abri d’erreur. Que de sa tour de contrôle il est au carrefour de tant et de tant d’erreurs. C’est pour toutes ces raisons, que son honneur aurait été lavé, en acceptant le pardon que l’ensemble de la profession à travers ses associations est allée lui demander.

 

Il a pris le parti de montrer ses muscles et d’intimider les autres journalistes. Il n’est pas sûr qu’il y parvienne. Par contre avec de telles peines qui ne sont pas loin de ressembler à de l’acharnement : 12 mois de prison, 4 millions d’amendes et 6 mois d’interdiction de parution, pour un journal qui déjà vivotait, c’est à sûrement le coup de grâce. Or une peine de justice n’est pas faite pour anéantir. Ce n’est pas une vengeance non plus la justice. C’est une réparation. En quoi la mort d’un journal pourrait soigner l’honneur blessé d’un procureur ?

 

A l’opposé, le procureur a fait du mal à l’image de notre pays sur le plan international. La presse c’est comme la justice. On ne s’en prend pas à elle impunément. Parce que dans l’air d’aujourd’hui c’est préférable une presse et une justice qui se trompent parfois. Le pays où la presse et la justice ne se trompent pas c’est une dictature. Parce que pour se tromper, il faut avoir la liberté d’entreprendre.

 

Mieux encore, la presse et la justice sont les deux piliers de la démocratie. On dit que le procureur a besoin de toute information pour mettre en œuvre son droit de poursuite. Or qui mieux que la presse, la lui fourni chaque matin ? Dans cette perspective, il peut aussi arriver qu’elle lui indique qu’il s’est trompé, lui le procureur. Il devrait donc l’accepter. C’est le jeu de la démocratie.

 


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