Forum des corps constitués de l’Etat : Blaise ratisse large

Publié le vendredi 16 novembre 2012


Le 6 novembre 2012, s’est tenu le forum des corps constitués de l’Etat. Placé sous la présidence du président du Faso, cette assemblée a été l’occasion pour les différents corps d’exposer directement leurs préoccupation et doléances au chef de l’Etat et aux membres du gouvernement. D’autres rencontres sectorielles sont envisagées présidées par le chef de l’Etat. Le forum du 6 novembre dernier a permis d’en savoir plus sur les réalités que vivent les populations.

 

« Pour gouverner il faut savoir. Ce n’est pas seulement en conseil des ministres qu’on peut savoir, mais aussi aux côtés de ceux qui sont sur le terrain… » Ces propos du Président du Faso, Blaise Compaoré traduisent toute l’importance du forum. Dans la mesure où, cela a été l’occasion pour lui d’entendre les difficultés que vivent les populations ? 1500 délégués répartis en six (6) groupes ont posé des problèmes intéressant la nation toute entière. On en retient quatorze (14) préoccupations majeures touchant des domaines tels que la santé, l’éducation, l’emploi, la sécurité publique et la lutte contre le grand banditisme. Ils ont soulevé également des difficultés spécifiques à chaque groupe. C’est par exemple la fiscalité pour le monde des affaires comme en témoigne Alizeta Ouedraogo leur porte parole : « Le monde des affaires estime que les procédures fiscales sont complexes, coûteuses et pas toujours adaptées aux réalités de certains secteurs d’activités dont les spécificités ne sont pas prises en compte » Les tarifs exorbitants des différents taxes et impôts, sont selon elle autant de charges fiscales qui contribuent à baisser la compétitivité globale de notre économie » La fraude et la contrefaçon n’ont pas été occultées tant elles infectent « la vie socio-économique » du Burkina et surtout le « tissu industriel, avec pour conséquences la diminution des recettes de l’Etat et des pertes importantes en chiffres d’affaires pour l’industrie locale ». Se sentant apostrophé, le ministre de l’économie et des finances, Marie Lucien Bembamba, a reconnu la justesse des problèmes étalés mais a appelé à un certain réalisme. Pour lui, l’allègement de la fiscalité n’est pas mal en soi dans la mesure où elle fait « l’objet de concertation au niveau du gouvernement ». Il faut cependant « être réaliste et conscient du fait que le budget de l’Etat est financé essentiellement par la fiscalité. » Pour l’allègement donc, il faut « trouver le juste milieu. » Quant à la fraude et l’incivisme, il a invité le monde des affaires à s’impliquer personnellement dans la lutte contre ces fléaux.

Le Burkina produirait des délinquants et des criminels

Des préoccupations majeures à celles spécifiques, la question de l’insécurité s’est invitée au débat. Les corps paramilitaires qui sont au cœur de cette problématique sont démunis. Les agents des eaux et forêts manquent de moyens logistiques comme des véhicules, des motos ou des équipements de camping. Ce corps ne dispose que « d’un seul véhicule vieux de 8 ans, en mesure de sortir de Ouagadougou et d’y revenir en mode automobile » Les douaniers, toujours confrontés à l’insécurité dans l’exercice de leurs fonctions. Ce sont entre autres « les incitations à la violence contre les agents dans l’exercice de leurs fonctions ». La police municipale se plaint également du manque de matériel (adéquats) de travail « au regard des missions à risques » Quant à la police nationale, elle dénonce « l’insuffisance d’équipements spécifiques, de protection, d’intervention dans tous les domaines d’intervention (gilets, pare-balles). » Le problème serait crucial au niveau de leurs effectifs. Il ressort que « malgré les recrutements successifs de 815 nouveaux policiers par an depuis 2005, le ratio d’un (1) policier pour 2000 habitants est loin d’être atteint alors que la norme conventionnée est d’un (1) policier pour 400 habitants ». Il n’en fallait pas plus pour que le ministre de l’administration territoriale, de la décentralisation et de la sécurité, Jérôme Bougouma hausse le ton. « La lutte contre l’insécurité est une tâche permanente, sans répit. Notre pays évolue, s’enrichit et produit des délinquants et des criminels qui évoluent et s’adaptent. Ils sont devenus plus insidieux, ils sont plus violents. Les forces de l’ordre sont donc obligées de s’adapter et d’assimiler ces mutations pour rester efficaces. » Le contexte sous régional est l’une des raisons qui explique ces vicissitudes à en croire le ministre Bougouma. « L’environnement sous régional (est) marqué par la crise ivoirienne, la crise libyenne, la crise de 2011 dans notre pays, a accéléré ces mutations en déversant quantité d’armes entre les mains des délinquants. Il y a aussi l’arrivée de délinquants formés aux maniements des armes, aux techniques d’embuscades et qui disposent d’armes de guerres. » Pour prendre le taureau par les cornes « plus de 15 milliards de FCFA en 2012 ont été mis directement dans le domaine de la sécurité » précise M. Bougouma.

Les organisations de la société civile, par la voix de Moussa Nombo, ont quand à elles dénoncé le piétinement de l’éducation, la formation et l’encadrement qui demeure, selon elles, une problématique fondamentale. « La société civile reste particulièrement préoccupée de la qualité de la formation de notre jeunesse aussi bien du point de vue académique qu’éthique : acquisition des connaissances dans les domaines du savoir, du savoir faire et du savoir être » Dans la même foulée le chômage des jeunes n’a pas été oublié. Il constitue selon l’orateur un frein à leur intégration socio-économique. C’est un phénomène dont l’ampleur et la taille du défi à relever troublent le sommeil de la plupart des familles au Burkina, en ville comme en campagne. Et pour éviter un horizon sombre pour la jeunesse considérée comme l’avenir, les gouvernants ne doivent pas prendre la question à la légère. Ces préoccupations ont interpelé trois ministres : celui de l’emploi, de l’éducation nationale et des enseignements secondaire et supérieur. Pour Achille Tapsoba, en charge de l’emploi, la question de l’emploi demande des réponses à deux volets : d’une part des réponses conjecturelles et de l’autre des réponses structurelles. Comme réponses conjecturelles, il y’a le programme spécial de création d’emploi (PSCE) pour les jeunes et les femmes. Pour les réponses structurelles, il y a la formation professionnelle : création de centres de formation professionnelle car dit-il, l’une des raisons du chômage est l’inadéquation entre la formation et le marché de l’emploi. Quant à la question de la qualité de l’éducation, la ministre Koumba Boly s’est expliqué à deux niveaux. Dans la politique de la réforme du système éducatif, la qualité de l’enseignement c’est avant tout la qualité des enseignants. C’est pour cela c derniers ont vu leur formation passer d’un (1) à deux (2) ans. Dans les dix (10) prochaines années, on va assister au recrutement « des enseignants avec le niveau baccalauréat » a-t-elle précisé. Quant au ministre des enseignements secondaire et supérieur, il a annoncé la construction de sept (7) pavillons » au bénéfice des universités publiques du Burkina : deux à l’Université de Ouagadougou, deux (2) à Ouaga II, deux (2) à l’Université Polytechnique de Bobo, et un (1) à l’Université de Koudougou. Par rapport à la crise que traverse cette université le ministre Ouattara a précisé que les acteurs de la vie universitaire de Koudougou ont procédé à un allègement des sanctions permettant ainsi aux étudiants qui sont concernés de pouvoir se réinscrire sur le territoire national. (Ils peuvent désormais s’inscrire dans les universités privées) « Il n’y aura donc pas de refus catégorique » a-t-il dit. 

 

« L’Etat peut parfois même être totalitaire »

Au regard de ce qui se passe sous d’autres cieux où les peuples exigent une gouvernance intègre, les OSC ont appelé au respect de l’Etat de droit et de la démocratie quels que soient les évènements et les circonstances. Le président du Faso reconnaît que : « Il faut qu’aujourd’hui nous puissions rentrer dans l’Etat de droit », il s’est empressé d’ajouter qu’il faut aussi un peuple conscient : « nous voulons une République où les hommes sont véritablement des citoyens » Pour le président du Faso, les Burkinabè ont connu un parcours difficile ces dernières années. La force ayant permis de traverser ces moments repose sur « le capital humain » qui a connu une certaine valorisation. Mais cela reconnaît-il, ne s’est pas fait sans fermeté : « l’Etat peut parfois même être totalitaire. Mais cela est mieux que son absence ». Pour Blaise Compaoré la préoccupation principale est l’emploi. « Plus vous mettez des diplômés sur le terrain, observe t-il, plus il faut trouver du travail » : « nous allons accélérer la création d’emplois ». Pour ce faire, il invite chaque ministère à faire de cette équation une préoccupation dans leurs programmes respectifs.

 

Basidou KINDA


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