Que c’est dur l’exercice de la responsabilité politique

Publié le vendredi 16 novembre 2012

Par Germain B. Nama

Le dernier trimestre de l’année 2012 aura été éprouvant pour les partis politiques. Il y a eu d’abord l’épreuve redoutable du choix des candidats aux scrutins législatif et municipal, la constitution et le dépôt des dossiers de candidature et l’ouverture de la période du contentieux où se sont révélées des situations étonnantes. Cette dernière phase court toujours et elle est lourde de périls, non seulement pour les partis politiques,mais bien plus encore pour les populations. Le processus de décentralisation commencé en 1995 et qui a péniblement atteint sa phase intégrale en 2006 est aujourd’hui menacé d’un grave recul. Quelques communes risquent en effet de ne pas être autorisées à choisir leurs exécutifs pour cause d’invalidation de l’ensemble des listes de candidatures. A cet égard, la commune de Diaro dans le Nahouri risque d’être désormais administrée par une délégation spéciale. Certes, tous les recours judiciaires n’ont pas encore été épuisés, mais on peut d’ores et déjà tirer des enseignements d’étape suffisamment instructifs, en particulier là où les antagonismes politiques locaux ont conduit à des impasses.

Nous ignorons s’il y a des précédents du genre dans notre histoire électorale récente. Il apparait cependant que cette situation résulte de la démarche de la CENI de privilégier le consensus des acteurs. En voulant sans doute bien faire, la CENI a réveillé les démons politiques très peu habités par l’esprit de consensus. A Gourcy, la démarche d’ouverture de la CENI a permit de racheter le CDP qui avait vu ses deux listes invalidées par la CECI sur la base de dispositions juridiques pertinentes. Mais le recours intenté par les candidats soutenus par la direction du parti auprès du tribunal administratif a permit de maintenir le CDP dans la course. Reste à voir si ce parti se relèvera de cette épreuve dans cette commune, tant les frustrations créées sont grandes. Si à Gourcy le problème s’est polarisé sur le CDP, à Diaro dans le Nahouri en revanche, tous les partis politiques en compétition en ont pris pour leur grade. En cause, des ambitions aveugles des leaders locaux du CDP qui ont cherché à se neutraliser plutôt que de se soumettre aux procédures démocratiques de désignation des candidats. Cette situation a eu des conséquences sur les partis satellites où les mêmes candidats s’étaient repositionnés pour se prémunir des mauvais coups. Le résultat est implacable, c’est l’invalidation pour tous.

Il y a enfin le cas emblématique du tandem Badini-Somkinda. Que d’irrégularités pour valider leurs candidatures ! Des irrégularités qui pourraient bien cacher la fraude. Le Conseil constitutionnel s’en était tenu à la forme pour déclarer leurs candidatures valides. Mais la saisine du conseil d’Etat par les plaignants replace le dossier dans le circuit, une première dans notre histoire électorale, où une plainte met en cause des magistrats pour avoir usé d’une fraude à l’écriture pour masquer leur inéligibilité. Mais que diable sont donc allés chercher ces hauts magistrats dans cette arène politique où, en raison de leur situation, ils avaient plus à perdre qu’à gagner ? Bien sûr, ces derniers jusqu’à preuve du contraire bénéficient de la présomption d’innocence. Il n’en reste pas moins que cette situation plonge dans l’embarras l’ensemble du corps de la magistrature. A un moment où l’institution peine à redorer son blason, l’image de magistrats faussaires est la pire catastrophe qui pouvait lui arriver. Mais il dépend d’elle de savoir faire la part des choses, en séparant la bonne graine de l’ivraie. C’est dire que c’est encore la magistrature qui va devoir elle-même se pencher sur cette infamante accusation. C’est tant mieux. Il faut espérer qu’elle emprunte le chemin du droit et rien que cela.

La bagarre autour des listes démontre en définitive une chose : les partis politiques se préoccupent peu de ce qu’il y a lieu de faire pour conquérir des adhérents, encore moins des militants. C’est bien trop dur. Ils n’en veulent pas moins paraître comme des partis qui existent sur le terrain. Comment expliquer que les mêmes personnes figurent sur les listes de partis politiques différents, autrement que par l’absence d’un contrôle réel des hommes sur le terrain ? Absence de prise sur le terrain, absence de stratégies de mobilisation inscrite dans la durée et en fin de compte, absence de vision politique. Dans ces conditions, que perd-on réellement si les partis politiques n’existaient pas ? A bien des égards, l’avènement des candidatures indépendantes aurait contribué à démasquer cette incurie. Qu’il y ait une sainte alliance des mêmes partis pour l’empêcher ne surprend guère. Si les choses ne changent pas, les Burkinabè n’auront pas d’autre choix que de souhaiter le retour de la dictature. Les choses auront au moins le mérite d’être à la fois claires et simples.


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