Ansar Dine : Jeu de dupes à Ouaga

Publié le vendredi 16 novembre 2012

Politique

Entente cordiale entre le médiateur et le groupe Ansar Dine. Il suffisait de se voir et chacun se contenterait d’un service minimum. L’effet d’annonce devrait suppléer les questions essentielles. Blaise et son Ansar Dine se sont précipitamment vus, après le préalable de la palabre avec Djibril Bassolet, pour faire une annonce. Problème, personne n’y a cru.

 

Il faut se représenter les Forces en présence au Nord Mali. Au dessus des deux factions djihadistes Ansar Dine et Mujao se trouve la structure mère AQMI. Ansar Dine et le Mujao ont été créés selon un mode propre à Alqaeda : la scissiparité. Une telle scission emporte autonomie de fonctionnement et de gestion dans les Katiba (régions militaires), mais pas l’indépendance. C’est pourquoi d’ailleurs dans ces régions sous administration autonome se trouvent des proconsuls de AQMI. A Tombouctou et à Kidal, les deux principales régions directement administrées par Ansar Dine, se trouvent Moktar Belmotkar et Abou Zeid, les lieutenants de l’Emir de AQMI, Abdelmalek Droukdel, installé depuis les montagnes de la Kabylie algérienne. 

Le premier Moktar Belmokhtar surnommé aussi « Mister Malborro », pour sa propension trop prononcée pour les trafics en tout genre, dont le lucratif trafic de cigarettes serait installé à Kidal. Trafiquant invétéré, il n’est pas toujours bien vu des autres chefs de Katiba. Il a su cependant bien s’incruster dans la région et développer son commerce qui fleurirait jusque dans le septentrion burkinabè (Gorom et Makoye). Dans cette deuxième ville, un trafiquant bien connu, dénommé Widili, disposerait de grands magasins de dépôts de contrebande et serait, à ce qu’on dit, un de ses relais. Mokhtar Belmokhtar, plus trafiquant qu’islamiste a été récemment débarqué de la tête de sa Katiba. En attendant la nomination officielle de son remplaçant, l’intérim est conjointement assuré par L’Emir Droukdel et par délégation par Abou Zeid.

Le deuxième proconsul installé lui à Tombouctou, n’est autre que le sinistre Abou Zeid, l’homme qui a juré d’en finir avec les « aposta » et qui est responsable de l’enlèvement des français de AREVA en septembre 2010. Quand Tombouctou est tombé, il est allé directement s’installer dans l’immense résidence que Kadhafi s’était fait construire dans la ville sainte. Chef de la Katiba qui couvre la région qui fait frontière avec le Niger, il n’intervient pas directement dans l’administration de la ville. Les habitants n’ont pas à faire à lui, mais directement aux hommes de Ansar Dine. C’est par lui cependant que l’Emir Droukdel, depuis sa planque de Kabylie, fait passer messages et conseils. Courant avril, l’Emir avait déconseillé l’imposition brutale de la charia. Il avait préconisé de ne pas « provoquer la population » et de « procéder par étape dans l’application de la charia ». Mais sur ces questions de gestion pratique, en général, le principe de la subsidiarité est toléré.

De façon concrète donc, Ançar dine dispose d’une marge de manœuvre dans l’administration de la zone sous son couvert. L’approche consistant simplement à ménager la susceptibilité des habitants. Ançar dine dirigée par Iyad Ag Ghali peut directement administrer les populations sans les rebuter. Il n’en sera pas de même si ce sont les responsables de AQMI, tous des algériens, qui le faisaient. La création du Mujao serait, en partie, provoquée, par la volonté de s’autonomiser des algériens. Maintenant est-ce que Ansar Dine et Iyad, peuvent prendre des décisions importantes en rapport avec l’avenir des zones contrôlées ? On peut en douter pour deux raisons au moins.

La première, c’est que Ansar Dine n’a ni les moyens militaires ni financiers d’une telle entreprise. Les hommes, les armes et l’argent sont assurés par AQMI. Si la structure de Iyad devrait s’engager dans un tel processus, il pourrait connaître le sort du MNLA. Evidemment, les choses deviendraient compliquées pour AQMI, parce que Iyad, dont le ministre des Affaires étrangères, celui qui a conduit la délégation à Ouagadougou, Alghabass Ag Intalla est de la puissante famille régnante des Ifoghas. Or les Ifoghas sont trop susceptibles et ne verraient pas d’un bon œil la domination des arabes et de surcroît des algériens. C’est le mince bouclier de protection de Ansar Dine contre AQMI. Mais un bouclier franchement trop mince. Le modus operandi dans cette région des sables et des dunes c’est la volte-face. Lyad en la matière est bien payé pour le savoir, lui qui est continuellement en train de retourner sa « djelaba ». Les proconsuls de AQMI dans les zones sous son contrôle, le savent tellement bien, qu’ils ont mis Iyad sous haute surveillance. On peut penser que la mise à l’écart de Mokhtar Belmokhtar a été justement décidée pour isoler encore plus le chef de Ansar Dine.

Deuxième raison, Iyad et Ansar Dine ne contrôlent pas l’ensemble de la zone. La région de Gao, jusqu’à Douantza, est sous le contrôle du Mujao. Une organisation beaucoup plus radicale. Son patron, le mauritanien Hamada Ould Mohamed Kheirou est connu pour son islamisme chevillé, mais pas seulement. Il a compris le fric que l’on pouvait se faire avec les otages. C’est d’ailleurs l’une des causes de ses divergences avec les algériens de AQMI qui ne sont pas « suffisamment partageurs » à son goût.

Ansar Dine a donc très peu de marge de manœuvre pour s’engager pour un quelconque refus de « l’extrémisme ». C’est pourquoi d’ailleurs, ces missi dominici ont été réalistes en parlant seulement pour « les régions sous leur contrôle ». Les limites de l’exercice sont donc bien réelles.

 

A quoi joue alors la médiation burkinabè ?

 

La tendance dans les négociations serait d’isoler AQMI et le Mujao, considérées comme des organisations non maliennes. Ce faisant, l’opération militaire si elle devrait avoir lieu, aurait les populations locales comme alliées. Du point de vue stratégique, on ne peut que l’approuver. Sauf que si c’est une bonne initiative, elle est pour le moins mal engagée. La médiation burkinabè semble faire dans son « cavalier seul » qui lui avait valu tant de critiques des autres pays de la Cedeao. Puis elle semble forcer la main à un Ansar Dine qui sait objectivement qu’elle ne peut pas, sous peine de gros risques, prendre pareilles initiatives. C’est exactement de cette façon que la même médiation burkinabè s’était prise avec le MNLA, en avril et mai, et l’avait conduit à sa perte.

Deuxième aspect, il eut fallu quand même associer le gouvernement malien et non lui intimer après coup, l’ordre de prendre le relais. Ces aspects rendent suspecte, la conduite du médiateur burkinabè. Surtout à la veille d’échéances capitales dans l’engagement militaire contre les occupants du Nord Mali. Ces accords concoctés à Ouagadougou, n’emportent pas pour l’instant un quelconque enthousiasme au sein de la Cedeao. La présidence de l’organisation sous régionale est restée en retrait. Les préparatifs militaires ont continué et on se demande bien, ce que Blaise Compaoré va bien dire à ses pairs à la rencontre de Abuja, prévue ce dimanche 11 novembre.

Par Newton Ahmed BARRY

Pour une paix durable au Mali
Ansar Eddine
s’engage pour un dialogue constructif

Le 6 novembre 2012, le
groupe Ansar Eddine était de nouveau dans les coulisses du palais de Kosyam. Une
démarche qui s’inscrit dans le contexte des pourparlers de paix avec le
médiateur de la CEDEAO, Blaise Compaoré. Au sortir des échanges avec Blaise
Compaoré, la délégation conduite par Alghabass Ag Intalla, a livré une
déclaration qui garantit la disponibilité du Groupe à " s’engager immédiatement
dans un processus de dialogue politique avec les autorités de transition du Mali
en vue d’aboutir à un arrêt complet des hostilités, au respect des droits et des
libertés fondamentales, au retour des personnes déplacées et des réfugiées et à
la création d’un environnement propice et la mise en œuvre d’un accord global de
paix, qui traite de toutes les causes profondes de la crise " Pour ce faire, la
délégation a exhorté le médiateur Blaise Compaoré de réunir les conditions
favorables de dialogue qui va regrouper aussi bien la délégation du gouvernement
de transition du Mali que les représentants des mouvements armés maliens,
l’Algérie et d’autres partenaires au plan international. D’ores et déjà, le
groupe Ansar Eddine invite " l’ensemble des mouvements armés à un arrêt des
hostilités et à prendre les dispositions visant à créer la confiance nécessaire
à l’établissement d’un dialogue politique inclusif". Les considérations
idéologiques ont également fait l’objet de dénonciation dans la déclaration de
la délégation qui affirme par ailleurs son engagement à contrer tous ’’dérapages
dogmatiques’’ " Le groupe Ansar Eddine rejette toute forme d’extrémisme et de
terrorisme et s’engage à lutter contre la criminalité transfrontalière organisée
" Charité bien ordonnée commençant par soi-même, le groupe "s’engage à observer
un arrêt total des hostilités, à garantir la libre circulation des personnes et
des biens ainsi qu’à faciliter l’assistance humanitaire dans les zones sous son
contrôle" cela dans le but d’instaurer un climat de " confiance et de sécurité "
au sein de la population. Le ministre des affaires étrangères, Djibril Bassolé
n’a pas manqué de féliciter le groupe pour cet esprit pacifique. "Je voudrais
donc les féliciter et dire que la médiation de la CEDEAO a pris acte. Elle a
favorablement accueilli cette déclaration" Cependant, pour le ministre Bassolé,
la déclaration ne doit pas somnoler sur l’oreiller de la théorie. Elle doit être
aussi pragmatique. "Nous souhaitons qu’au delà de déclaration-intention, de
manière effective par les actes et les comportements de tous les jours, le
groupe Ansar Eddine mette en œuvre les déclarations qui ont été ainsi livrées à
la connaissance de l’opinion " a-t-espéré. Djibril Bassolé a souhaité également
que l’appel d’Ansar Eddine lancé aux autres groupes ne tombe pas dans l’oreille
d’un sourd. "Je voudrais aussi que l’appel que le groupe Ansar Eddine a lancé
aux mouvements soit entendu et que dans toutes les régions du Nord-Mali, que
tous les groupes observent effectivement un arrêt complet des hostilités et que
ces groupes s’abstiennent d’actes quelquefois d’exaction qui prennent l’allure
de provocations inutiles.
Nous souhaitons que dans les jours à venir, le
gouvernement de transition du Mali puisse désigner, composer la délégation qui
pourra rentrer en contact direct avec les mouvements armés maliens dans le but
de pouvoir normaliser la situation dans le nord du Mali et de créer les
conditions pour que par le dialogue nous puissions régler les véritables
problèmes qui ont été posés ".

Par Basidou
KINDA


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