Crise à l’université de Koudougou : Mettons balle à terre

Publié le vendredi 2 novembre 2012

Par Germain B. Nama

On connaissait déjà la position des étudiants à travers leur corporation. Le corps enseignant vient de faire connaître la leur dans une déclaration signée le 18 octobre dernier. Alors que l’Union générale des Etudiants burkinabè enjoint ses sections à engager des luttes pour dénoncer les mesures d’exclusions, les enseignants de leur côté, « saluent et apprécient à leur juste valeur les dites mesures, prises en conformité avec l’article 34 du décret n°2012-646/PRES/PM/MESS du 24 juillet 2012 portant régime disciplinaire applicable aux étudiants et aux candidats aux examens et concours organisés par les universités publiques du Burkina Faso. » cf déclaration postée le 20 octobre.

 

Comme on le voit, chaque corporation, s’aligne derrière ses ouailles et se prépare à la résistance. Comme pour prévenir toute récupération politicienne, les enseignants se sont empressés d’inviter les « autorités, toutes tendances confondues… à soutenir le système éducatif dans sa quête de restauration de l’autorité morale, académique et pédagogique. » Voilà qui tombe très mal pour le gouvernement à seulement quelques encablures de la fête nationale du 11 décembre, célébrée cette année dans la cité du cavalier rouge.

 

Aux origines de la crise, il y a la volonté des autorités universitaires d’appliquer le calendrier universitaire mais il y a surtout le refus actif de l’association nationale des étudiants burkinabè (ANEB), de voir appliquer ces mesures qu’elle juge contraires à ses intérêts. Violences verbale, morale et physique sur des enseignants et sur des étudiants qui n’appliquent pas le boycott des cours, tels sont les faits reprochés aux étudiants par le corps enseignant. Entre ultimatums des organisations étudiantes et fermeté des enseignants, le gouvernement aura fort à faire, obligé qu’il est de négocier un compromis. Il est un fait que les méthodes de revendications violentes ont de plus en plus cours sur les campus et on ne peut en effet tolérer que les libertés académiques soient bafouées par ceux-là même qui sont censés les défendre et qui ne les conçoivent qu’à leur seul profit. Pour autant, il ne faut pas ignorer que nos universités sont aujourd’hui de véritables sacs à nœud qu’il serait hasardeux de vouloir dénouer par des méthodes autoritaires. Il est vrai que pour dialoguer, il faut être au moins deux et il faut en plus que les parties en présence en comprennent les règles. L’esprit de concession est un principe cardinal, en particulier dans les situations conflictuelles. La pédagogie sans être permissive doit être éducative. En aucun cas elle ne doit fonctionner dans l’ignorance pure et simple des préoccupations d’une des parties. Les désagréments sont inhérents aux situations difficiles et chacun doit accepter d’assumer son lot dans l’intérêt général.

 

De toute évidence, pour qu’on en arrive à des situations extrêmes, (le conseil de discipline a eu la main particulièrement lourde, en réaction à des faits dont il faut aussi reconnaître la gravité), c’est que les choses n’ont pas tout à fait bien fonctionné. Mais il va falloir remettre la balle à terre et rechercher dans la sérénité les bonnes solutions. Il n’est en rien honteux pour les enseignants de reconnaître que le conseil de discipline est peut-être allé au-delà de ses compétences en prononçant des sanctions qui dépassent les frontières de sa juridiction.

A mon humble avis, seul le conseil des ministres a le pouvoir de prononcer des sanctions qui prennent effet sur l’ensemble des universités. En tous les cas, la sanction ne doit jamais perdre son caractère pédagogique. Quand on exclu de jeunes étudiants de tous les établissements supérieurs publics et privés du Burkina, on n’est plus dans une logique d’éducation. 

 

Il faut donc revenir à de meilleurs sentiments, tout en rendant justice au corps enseignant profondément atteint dans sa dignité et sa respectabilité. Et comme étudiants et enseignants sont organisés, ils doivent très vite prendre langue à travers leurs organisations syndicales pour dégager ensemble des pistes de solution. Ils ont du reste vocation à oeuvrer ensemble pour améliorer leurs conditions de vie et de travail. Il est urgent d’enrayer la dérive totalitaire absurde qui transforme nos universités en arènes de forcenés.

 


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