CAN 2013 : Le dieu du foot est burkinabè

Publié le vendredi 2 novembre 2012

Question à deux sous. Le Burkina Faso a-t-il encore besoin de déployer bâches et chaises (pour utiliser une expression chère à notre confrère G’bich de la Côte d’ivoire), décréter une journée chômée et payée au motif que les Etalons ont décroché un ticket pour la CAN ? Non ! Du haut de nos 8 participations à une phase finale de CAN, on pouvait affirmer, toute fine bouche mise à part que notre pays fait partie des institutions de l’épreuve. Imaginez une phase finale de CAN sans les Etalons, ce n’est ni plus, ni moins que l’eau de mer sans le sel. En plus qui était sur la route des Etalons ? La Centrafrique ! Ce n’est ni manquer de respect à cette belle Nation de l’empereur Jean Bedel Bokassa. Mais pour être plus précis, la Centrafrique du foot est encore dans un état de nanisme qui ne devra pas effrayer le Burkina Faso. Le vécu des Etalons, le palmarès de notre onze national, la représentativité de notre sport-roi sur la planète foot font de cet adversaire d’un jour des Etalons un partenaire négligeable. Et pourtant, le Tout Burkina a tremblé. A ce match retour au 4 Août, un certain 14 octobre, les rôles ont été renversés. Car d’abord la pression avait changé de camp. Cela, pour deux raisons. Le Burkina été son propre adversaire. Individuellement pris, les Etalons sont fantastiques, mais ensemble, la mayonnaise refusait de prendre. Au sein de l’équipe fédérale, au niveau de l’encadrement technique, entre les joueurs eux-mêmes, la vue était trouble. Les coups partaient de partout. Ensuite, le théâtre de ce match n’était pas le site idéal pour un réveil des Etalons. Le désamour entre les Etalons et leur public était un constat. Et pour ne pas arranger les choses, ces diables de Centrafricains ont osé manquer la politesse à tout un stade du 4 Août plein comme un œuf en procédant à l’ouverture du score. A partir de cet instant tous les éléments étaient réunis pour une situation dramatique. Dès lors la question dépassait même le cadre d’un simple résultat sportif qui présente une défaite ou une victoire et qu’il faut prendre avec un esprit de fair-play. C’était devenu une question de sécurité nationale. La paix, la quiétude dans le pays en dépendaient. Ce jour-là, vu la mobilisation, vu le mauvais exemple donné la veille au cours d’un certain désormais triste Sénégal-Côte d’Ivoire, personne ne pouvait prévoir la suite d’une élimination des Etalons. Malgré une alerte maximale des forces de sécurité et de défense, malgré toute leur science, il leur était difficile de contenir cette foule si elle venait à se déchaîner. Au-delà donc du résultat sport, que l’on soit un anti-Dagona, un anti-Bancé, un anti-Put que l’on soit un irréductible adversaire du président de la fédération, Sita Sangaré ou que l’on soit un anti-foot tout court, tout Burkinabè était suspendu à ce match qui était loin d’être un match de foot comme les autres. Tous alors on a croisé les doigts. Remarquez que le public lui-même d’ordinaire très versatile a fait preuve d’une patience extraordinaire. Et sur le terrain, les Etalons ont eu le tonus nécessaire pour pousser, pousser et encore pousser jusqu’au but libérateur, victorieux. Et puis le temps du but explique la grande joie burkinabè. Il est intervenu dans les ultimes secondes du jeu ! Sacrés veinards ! Alors que les Etalons étaient plus proches de l’élimination et de la « qualif », renversement de situation. Afrique du Sud 2013, nous voilà ! On comprend la folle-joie des burkinabè. Oui, on ne crie pas sa joie pour une 9e et banale qualification. Celle-ci s’est faite dans la douleur. Celle-là était une obligation.

Le peuple burkinabè telle une femme en travail a eu chaud.
On comprend ces scènes de choix après la délivrance.

Cette qualification a fait du bien au pays entier et peut en faire autant à son football. Car pour nous elle doit marquer enfin la relance, le redémarrage. Pour ça, il y a des réglages très importants à faire. A commencer par l’instance fédérale qui doit se regarder dans une glace et faire certains réglages. Le onze national doit le savoir, plus que quiconque que le plus dur arrive. Une énième élimination précoce à Jo’Burg risque de tout remettre à zéro. Avouons-le, dans ces éliminatoires, le dieu du foot a été burkinabè. Déjà en nous épargnant des grosses légumes comme le Sénégal, le Nigéria. Mais il nous a qualifiés par un trou de souris. Mais ce dieu de foot ne sera pas toujours avec nous. Alors prenons en main les choses par nous-mêmes !

Par J.J Traoré


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