L’esclavage au mali : Un livre qui tombe à point nommé !

Publié le vendredi 2 novembre 2012

Le continent africain a subi pendant plus de 400 ans une ponction de ses bras valides qui sont allés construire l’Europe et l’Amérique. Aujourd’hui encore, des barbelés sont dressés à l’entrée de l’eldorado européen contre les descendants d’esclaves que nous sommes. Au pays de l’oncle Sam, la situation n’est guère meilleure. Malgré la présence de Barack Obama au pouvoir, les Noirs n’ont pas toujours la reconnaissance positive qui leur sied. En ce début de troisième millénaire, l’esclavage existe encore à travers le monde. En Asie et en Afrique, la situation est plus que criarde selon les organisations de défense des droits de l’Homme. Là où le bât blesse, c’est que des africains eux-mêmes, par le passé, ont contribué à alimenter les caravanes des esclavagistes venus de l’autre côté des Océans. Parce que culturellement l’esclavage est admis par de nombreuses sociétés africaines, le ver est bien installé dans le fruit. Au début des attaques des rébellions touaregs et autres islamistes dans le Nord Mali, un chercheur de ce pays intervenant sur une radio internationale affirmait avec conviction, que le fond du problème du Nord-Mali, était socio-culturel avant d’être politique. Selon lui, Touaregs et Arabes (minorités blanches) ne supporteraient pas d’être dans le cadre d’un Etat moderne, dirigés par des Noirs, fut-ils majoritaires. Cette affirmation est largement partagée par de nombreuses personnes en Afrique. Elles sont en mesure, avec des exemples à l’appui, de montrer le mépris qu’ont certaines de ces populations blanches africaines, envers les noirs du contient. Dans le silence des villes et campagnes africaines, l’esclavage continue donc d’avoir pignon sur rue. C’est ce que des universitaires maliens ont voulu dénoncer en démontrant à travers une étude réalisée sur le cas de leur pays. Esclavage au Mali, un livre de 161 pages, publié par l’Harmattan en 2012, est le résultat d’une recherche effectuée par des anthropologues et historiens, bien au fait de la société malienne. Pendant six mois, l’équipe du Dr Naffet Keita de l’université de Bamako a sillonné le district de Bamako et les régions de Kayes, Mopti, Tombouctou et Gao. Bien que l’étude ne soit pas exhaustive, elle met le doigt sur un sujet délicat, souvent ignoré à dessein par le politique. De façon méthodique et perspicace les auteurs présentent aussi bien les origines du phénomène, mais aussi ses expressions culturelles et ses liens avec la politique actuelle. Données empiriques, statistiques nationales et internationales, propos de maîtres et d’esclaves, l’ouvrage est un concentré d’informations qui peuvent éclairer la compréhension de la situation, même au-delà des frontières maliennes. Lisez plutôt cet extrait des propos d’un vieil homme de 73 ans : « j’ai vécu avec mon père et ma mère qui servaient les Touareg. Mon père était esclave des Kel el Horma et ma mère appartenait au Kel Arma. Chacun vivait dans son campement avec ses maîtres. Quant à moi je vivais avec ma mère. Mon père nous rendait visite quand il le pouvait. Au départ je ne comprenais pas ce qui se passait, mais au fur et à mesure que je grandissais, j’ai pris conscience de la situation déplorable de mes parents. En fait je n’appartenais pas à mon père, mais bien aux maîtres de ma mère. » Le mal est si profond que les textes législatifs ne suffisent pas à détruire les barrières mentales entre maîtres et esclaves. La question est si importante qu’elle ne devrait pas être ignorée dans la résolution de la crise du Nord-Mali. A bon entendeur…bonne lecture.

Par Ludovic O KIBORA


Commenter l'article (0)