Crise malienne : Blaise contre les va-t-en guerre

Publié le vendredi 2 novembre 2012

Alors que l’on s’active pour les préparatifs à la guerre, la petite phrase de Blaise Compaoré prononcée en marge du forum sur les personnes âgées a retentit comme une mise en garde : « la guerre n’est pas nécessairement un choix utile, ni pour le Mali ni pour la région ». Derrière cette petite phrase se cache en réalité une divergence de fond dans l’approche de la crise malienne.

 

Depuis le sommet de Kinshasa, Blaise ne cesse de multiplier les petites phrases de défiance au risque de se brouiller avec la France. De toute évidence, le président s’agace des déclarations tonitruantes et sans nuances de son homologue français qui peuvent laisser croire qu’il n’y a pas d’autre alternative que la guerre. Pour Blaise Compaoré qui se trouve engagé dans de délicates négociations avec les rebelles maliens, ces propos dissonants sont de nature à torpiller ses efforts. Pourtant on croyait la France en phase avec le médiateur burkinabè d’autant qu’ils sont tous les deux soupçonnés de sympathie avec les rebelles maliens. De fait, le projet politique du MNLA rencontrait d’emblée une oreille attentive dans les deux capitales où résident du reste nombre de responsables de ce mouvement. Mais Ouagadougou et Paris ne pouvaient sans doute pas soutenir ouvertement les positions maximalistes de leurs protégés vu que la thèse de l’indépendance pure et simple pouvait difficilement prospérer. Même les américains qui apparaissaient jusque là distants, viennent de prendre clairement position : « Nous soutenons l’intégrité territoriale du Mali. Nous sommes contre l’idée d’un Etat indépendant de l’Azawad. Le Mali doit recouvrer aussi vite que possible son intégrité territoriale ». Ces propos sont de Johnny Carson, le responsable des Affaires africaines au département d’Etat américain. La volte-face du MNLA qui prône à présent l’autodétermination plutôt que l’indépendance est symptomatique de l’impasse dans laquelle s’est retrouvé ce mouvement dans sa visée d’indépendance. Blaise Compaoré qui veut des résultats a sans doute beaucoup pesé dans la balance. Mais comment vendre l’idée de l’autodétermination aux va-t-en guerre qui veulent coûte que coûte en découdre avec ceux qui ont osé prendre les armes et qui ont commis le crime suprême, celui d’avoir enfreint l’intégrité du Mali ?

 

La stratégie du Burkina

 

Pour le Burkina, il n’est pas possible de revenir au statu quo ante et ignorer les revendications identitaires des azawadiens. Vu de Ouaga, il y a donc un problème qui ne peut être réglé que par la négociation entre les maliens eux-mêmes. Mais avec qui va-t-on négocier et sur quoi va porter la négociation ? Pour la médiation burkinabè, Ançardine et le MNLA qui sont des groupes maliens, sont incontournables. D’où les efforts diplomatiques actuellement déployés pour les amener à présenter un projet politique commun pour le nord. L’alliance MNLA-Ançardine est l’idée maîtresse de la stratégie de Blaise Compaoré. Aux yeux de la diplomatie burkinabè, une fois l’unité scellée entre les deux groupes autour d’un projet politique, la question des groupes terroristes peut être envisagée avec beaucoup plus de clarté. Apparemment, Blaise Compaoré croit dur comme fer à la viabilité de cette perspective qui seule permet d’envisager avec optimisme l’avenir du Mali. Du reste à l’intérieur du Mali, il y a pour diverses raisons, des résistances assez fortes contre la guerre. Ils sont très nombreux, ceux qui pensent que les troupes de la CEDEAO viennent pour tuer des maliens. Et ils les imaginent d’autant plus féroces qu’elles combattent hors de leur territoire. Et donc à priori insensibles aux drames humains qu’entraîneraient nécessairement les batailles. Mais il y a aussi ceux qui s’opposent à la guerre, en nourrissant des desseins inavouables. Certains politiciens qui croyaient enfin leur heure venue, voient d’un mauvais œil une intervention étrangère qui viendrait leur ôter toute légitimité. Il y a donc une grande confusion actuellement au Mali, confusion qui ne peut que profiter aux pêcheurs en eau trouble. D’où l’urgence à clarifier les objectifs que l’on veut atteindre, (quel statut réserve t-on au nord Mali ) et à définir les moyens dont on entend se doter pour y parvenir. Si les communautés du nord à travers leurs organisations s’entendent autour d’une plate-forme politique, le reste est presqu’un jeu d’enfant. Mais est-il facile de s’entendre, vu les interférences extérieures et le jeu d’influence pratiqué par les djihadistes et trafiquants de tous bords (trafic humain et de drogue) ?

 

Et la charia dans tout ça ?

 

Manifestement, la question de la charia est le point d’achoppement entre les acteurs du MLNA et d’Ançardine. Selon une source proche de la médiation burkinabè, ni la charia ni même la revendication indépendantiste ne sont des motifs suffisants pour entreprendre des expéditions militaires au nord Mali. Et comme l’a dit quelqu’un, a-t-on bombardé la Corse parce qu’elle réclame l’indépendance ? Tout au plus, le rôle de la communauté africaine, c’est d’aider les maliens à définir un projet politique acceptable par les maliens. Ce projet politique devrait prendre en compte un certain nombre de revendications de nature culturelle ou identitaire propre au nord. Il va sans dire qu’il devrait être nécessairement partagé par tous les protagonistes maliens. Les maliens qui sont un peuple tolérant et épris de paix ne devraient pas avoir de grandes difficultés à s’entendre. De l’avis général, le problème, ce sont les groupes minoritaires terroristes (AQMI et son sous-traitant le MUJAO) qui poussent à la radicalisation. Et ce sont ces groupes là qui devraient constituer l’ennemi commun du Mali et de ses alliés africains et internationaux. L’absence d’objectifs et de stratégies claires des responsables maliens et de la CEDEAO a permis à ces groupes terroristes de renforcer leur mainmise sur les populations du nord, en même temps qu’ils ont pu renforcer leurs positions militaires. Blaise Compaoré comme il le rappelle lui-même continue de miser sur le dialogue. En tous les cas, le temps presse, vu l’agenda fixé par la communauté internationale à la CEDEAO pour présenter un plan cohérent pour la résolution de la crise au nord Mali. Les actions de la médiation burkinabè croit-on savoir, s’inscrivent aussi dans l’agenda international et c’est bien ce qui fait courir Djibril Bassolet qui ne passe plus une semaine entière au Burkina. Le pari pour Blaise Compaoré c’est d’amener Ançardine et MNLA à très vite à se retrouver autour de la table avec le gouvernement malien. Plus que jamais, il se trouve sous pression. Quand aux groupes rebelles maliens, ils savent que le temps est désormais compté. Mais pris dans l’étau des djihadistes, la partie ne sera pas du tout facile.

Par Germain B. NAMA


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