Les nouvelles démocraties et la socialisation politique à la loupe des chercheurs

Publié le mardi 23 octobre 2012


Dans le cadre d’un projet de coopération scientifique inter-universitaire (PSCI), un ouvrage collectif a été produit par des Chercheurs du Bénin, du Burkina Faso et de Roumanie chez l’éditeur parisien l’Harmattan, dans la collection Afrique : politique publique, sécurité, défense. Ce livre de 238 pages est le résultat de recherches menées dans les trois pays cités plus haut, sur différents aspects de mise en œuvre des expériences démocratiques.

 

Sous la direction du professeur Dorothée Cossi Sossa actuel secrétaire permanent de l’OHADA, Nouvelles démocraties et socialisation politique. Etudes comparées des cas du Bénin, du Burkina Faso et de la Roumanie, comprend une dizaine de contributions. Fruit d’un partenariat entre l’université d’Abomey-Calavi (Benin) l’Institut des Sciences des Sociétés (Burkina) et l’Université Babès Boulyai (Roumanie) Le vent de la démocratisation a fortement soufflé sur le monde entier depuis le début des années 90. Les conférences nationales souveraines ou forums de réconciliation nationale en Afrique, « la chute du mur » de Berlin sont des pierres blanches qui marquent le début d’un circuit politique plein de rebondissements. Le concept de démocratie recouvre une autre façon de faire la politique sur de vertueux principes bien précis. Comment faire pour que cette démocratie soit ancrée dans les mœurs surtout dans les Etats qui ont connu une autre forme d’expression politique ? Un tel questionnement anime les consciences de nombreux chercheurs et praticiens de la politique, qui cherchent les voies et moyens pour l’adaptation des principes fondamentaux de la démocratie au vécu des peuples. Comme l’affirme si bien le Pr Sossa : « autrement dit, il ne peut y avoir de démocratie durable sans une perspective inclusive de socialisation (intégration sociale et régulation des normes) et de surcroît de socialisation politique. De par les comportements, les attitudes, les perceptions des citoyens vis-à-vis du fait politique dans les pays en transition, il est urgent de se poser la question de savoir si la problématique de la socialisation politique ne se présente pas à la fois en termes d’enjeux et de défis démocratiques. » C’est du reste la raison pour laquelle des études de cas ont été menées au Bénin, au Burkina et en Roumanie, trois pays qui font leur expérience de démocratisation depuis plus de 10 ans. Il s’agit donc d’une lecture éclairée de la situation de ces pays, faite par des anthropologues, historiens, juristes, politologues et sociologues. Dans les préambules de la Constitution du Bénin (11 décembre 1990), du Burkina Faso (11 juin 1991) et de Roumanie (octobre 2003) il est affirmé clairement en des termes différents certes, l’adhésion des Etats au respect des principes fondamentaux de liberté, d’égalité et de justice et le bannissement de toute attitude anti-démocratique dans la gestion du pouvoir. Cependant malgré ces bonnes intentions, les pratiques courantes témoignent d’attitudes et de comportements sociopolitiques qui ne renforcent pas la Démocratie. Sans grand optimisme, Jean-François Bayart affirmait qu’on ne peut même plus parler de transition démocratique pour ces pays, puisque « la bataille pour la démocratie a été perdue dès les premiers mois où elle a été engagée. » Avec des arguments issus d’enquêtes de terrain auprès des populations et/ou de recherches documentaires, les chercheurs démontrent les entraves à une véritable socialisation de l’action politique au plan tant juridique que socio-culturel, dans l’univers des pays africains et de l’Est-européen. L’autoritarisme d’antan a toujours des séquelles qui demeurent dans la manière de faire de la politique. Le projet comparatif initié par les auteurs, mérite d’être poursuivi au vu des soubresauts politiques qui secouent des régimes issus d’élections démocratiques. L’actualité politique du Burkina Faso qui prépare ses élections couplées législatives et municipales pour décembre 2012, est une occasion de plus pour confronter le contenu de cet ouvrage à la réalité concrète. A bon entendeur…

Par Ludovic O KIBORA

Bonne lecture.


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