Autorégulation des médias : Promouvoir une presse de qualité

Publié le mardi 23 octobre 2012

Par Germain B. Nama

La presse burkinabè n’est pas la plus mauvaise de notre sous-région. On a même pu entendre dire que notre presse nationale est une des moins mauvaises de la sous-région, voire d’Afrique francophone. Une litote heureuse qui gonfle le cœur de confrères qui en ont bien besoin en cette période de morosité ambiante. Disons-le tout net, l’environnement des médias en général et en particulier des médias privés n’est pas des plus rassurants, au regard de l’avenir professionnel des journalistes.

 

Malgré l’adoption de la convention collective, le journaliste a toujours du mal à décoller. Or c’est bien connu, il est difficile de cultiver l’excellence quand des journalistes se débattent dans des conditions de vie médiocres. Mais il n’y a pas que dans la presse privée que la situation est difficile. La presse d’Etat n’a pas non plus montré de différence significative. Pendant longtemps, celle-ci a honteusement profité d’une main-d’œuvre bon marché en maintenant ainsi des travailleurs dans un statut peu valorisant. Plus grave est la mentalité servile entretenue au sein de la profession de journaliste à la faveur d’une confusion conceptuelle, faisant du journaliste public un inconditionnel du pouvoir politique du moment. Grosso modo, les conditions générales d’exercice du métier de journaliste, tant dans la presse publique que privée ne favorisent pas l’excellence professionnelle. Certes le journaliste burkinabè mérite d’être encouragé. Mais les lauriers que l’on nous tisse doivent nous inciter à voir toujours grand et non à dormir du repos du guerrier.

 

Le journalisme est un métier public qui expose ceux qui l’exercent. Dans une société en crise comme le sont la plupart de nos Etats, l’exercice du métier n’en est que plus délicat. Sollicité de toutes parts, le journaliste est souvent pris entre les intérêts contradictoires des parties. Il arrive que le journaliste rentre dans le jeu comme un acteur à part entière, oubliant parfois que son rôle est d’informer. Ce faisant il s’installe dans un monde de passion où l’on a tendance à oublier les règles du jeu, le seul objectif étant de détruire la cible qui se trouve en face. Certes le journaliste a un rôle de vigie, mais en aucun cas celui-ci ne consiste à jouer les matadors. Le métier d’informer exige le sens de la mesure et de la responsabilité. C’est aujourd’hui le grand challenge de la presse burkinabè.

Et c’est à cela que l’organe national d’autorégulation est appelé à répondre. Promouvoir le respect des règles de l’éthique et de la déontologie dans les médias, tel est le but de l’observatoire burkinabè des médias. C’est l’appellation de la nouvelle structure d’autorégulation dont la gestation a pris pas moins de trois bonnes années. C’est le temps mis pour comprendre d’abord pourquoi l’Observatoire National de la Presse, la précédente structure, n’a pas comblé les attentes, mais aussi pour en tirer de pertinentes leçons. Les 29 et 30 septembre derniers, les représentants de l’ensemble des acteurs de la galaxie médiatique se sont retrouvés à Léo pour adopter les textes organiques (statuts et règlement intérieur) de l’OBM. Le 13 octobre prochain à Ouagadougou, il sera procédé à la mise en place des instances (Bureau exécutif, Conseil de l’Ethique et de la Déontologie). Il faut que ce soit clair pour tous : l’OBM sera ce que les acteurs des médias burkinabè voudront qu’il soit. Son succès dépendra pour une large part de l’affirmation de son leadership et de la reconnaissance de son autorité morale.

 

C’est bien connu, les journalistes ont une propension à la critique. En revanche ils développent une forte allergie quand ils sont mis en cause. ‘’Si vous les attaquez, ils vous envoient en enfer’’ selon l’expression du Pr. Serge Théophile Balima. Sauront-ils accepter la juridiction de leurs pairs ? Il faut l’espérer. Mais rien ne sera facile. Il faut sensibiliser et encore sensibiliser. En tous les cas, les sentences devront être justes et mesurées. En aucun cas elles ne devront toucher « le droit d’informer et de commenter sans entraves. »

Les pouvoirs quels qu’ils soient, ont une fâcheuse tendance à la domestication de l’information. Le défi consiste ici à promouvoir une information libre et professionnellement administrée. Bon vent donc à l’OBM pour que prospère une presse de qualité.

 


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