Ahmed Diallo, physicien des plasmas à Princeton University De la physique fine dans les veines

Publié le mardi 23 octobre 2012

Nous avons retrouvé ce texte chez un de nos confrères sénégalais le pays au quotidien n°354 du 21 septembre2012 qui fait un focus sur notre compatriote Ahmed Diallo. Nous reprenons cet écrit pour que nos lecteurs puissent y découvrir le jeune physicien Burkinabè

Né à Moscou (Russie), Ahmed Diallo a grandi à Ouagadougou où il a fait une partie de ses études primaires et secondaires. Il s’y lie d’amitié avec le directeur général de CD Media Group, Cheikh Diallo. Fils de fonctionnaire international, il séjournera Lagos où il apprend à apprécier la culture anglo-saxonne qui tranche net avec la francophone. Revenu au Burkina, il décroche son Baccalauréat série C et entre à l’université de Ouagadougou. Titulaire d’un Diplôme d’études universitaires générales (DEUG), en 1997, Ahmed Diallo s’envole pour les Etats-Unis d’Amérique. « Je voulais faire de la physique et je sais que les USA offraient plus d’opportunités dans ce domaine. Aussi, j’ai toujours été anglophile. », nous a-t-il expliqué dans un entretien sur le Net. L’ancien élève du Lycée Louis Pasteur de Lagos et du lycée Zinda Kaboré parle français avec un accent anglophone marqué. Polyglotte, Ahmed parle anglais, français, dioula et mooré (langues du Burkina Faso). Aux USA, il décroche le Bachelor’s Degree in Physics (équivalent de la licence), à l’université de Montana. Dans la même institution, il décroche son diplôme avec une mention Très bien en 1999. Peu avant l’obtention du précieux parchemin, il obtient une bourse nationale du premier cycle pour un stage en recherche à Princeton où il découvre les vrais potentiels de la fusion nucléaire comme nouvelle source d’énergie. Ahmed décide alors de poursuivre ses études dans la physique des plasmas afin de se munir de bases nécessaires pour mieux contribuer à la réalisation du projet de fusion nucléaire. Doctorant, de janvier 2000 à juillet 2005, Ahmed est assistant de recherche d’études supérieures au Département de physique et d’astronomie à l’université de l’Iowa. Il soutiendra sa thèse sur le thème : « Fluctuations des densités des ions dans l’Espace des Phases » sous la direction du Pr. Frederick Skiff à l’université d’Iowa. Ses compétences sont aussi sollicitées en dehors de l’Amérique du Nord. A ce titre, il se retrouvera en Suisse dans le cadre de ses recherches post – doctorales à l’Ecole polytechnique Fédérale de Lausanne (EPFL, Suisse). Cette recherche, consacrée à « l’étude des plasmas magnétisés » a duré deux ans.

 

Un chercheur globe-trotter

 

A l’Australian National University de Canberra (Australie), Ahmed Diallo est chargé de recherche de 2008 à 2009. Dans ce vaste pays de l’Océanie, il travaille sur le développement innovant de l’imagerie en 2D de la structure du champ magnétique sur le tokamak TEXTOR en Allemagne. Un tokamak est un dispositif utilisant un champ magnétique pour confiner un plasma dans la forme d’un tore. Cette technique sera appliquée pour la mesure de la vitesse du plasma sur le tokamak DIIID aux Etats-Unis. expérience capitalisée, le chercheur fait son entrée en octobre 2009 à Princeton University au labo de physique Plasma. D’octobre 2009 à mai 2012, il est cumulativement chercheur associé, chef-adjoint du groupe de physique du bord sur la National Spherical Tokamak eXperiment (NSTX) et chargé de recherche en physique de piédestal sur NSTX, puis expert sur le grand projet énergétique ITER à Cadarache en

France. Le Ouagalais est également responsable du système de diffusion Thomson et opérateur du Tokamak. Des distinctions et des Prix, Ahmed Diallo en a accumulés une bonne dizaine dont Goertz/Nicholson, bourse commémorative d’excellence en physique des plasmas en mai 2004.

 

Les resultats de ses recherches sont pour tous

 

La conviction d’Ahmed Diallo est que les résultats des recherches sont universellement bénéfiques. Partant, il ne se reproche nullement de servir les Américains au détriment de l’Afrique. « Ma conscience ne me gronde pas du tout, car mon expérience et les découvertes générées seront toujours mises à la disposition du monde entier et par ricochet, aux pays Africains », avoue-t-il. Le chercheur dit d’ailleurs avoir quelques projets pour son continent. Aussi, à long terme, il veut « participer à la conception et exécution d’un grand projet scientifique en Afrique ». Toutefois, pour que tous ces beaux projets se réalisent, il faudra que les dirigeants du continent s’organisent, coopèrent en toute sincérité et surtout transcendent les besoins individuels. « Je pense que l’Afrique devrait entamer un grand projet de recherche dans quelques domaines scientifiques. Cela stimulera la croissance économique ». En outre, estime le scientifique, l’Afrique devrait s’émanciper vis-à-vis de la France et s’orienter vers la diaspora qui demeure sa richesse. « L’Afrique devrait ouvrir ses portes afin d’accueillir la diaspora. Elle (l’Afrique) pourrait en bénéficier en essayant d’établir un grand projet ». Grand voyageur, Ahmed a eu à faire face à des cas de racisme, y compris en Afrique, quand bien même le mal serait « caché et difficile à détecter ». « J’ai fait face au racisme au Nigeria et en Suisse. Mais je crois qu’il est toujours possible de se défendre », confesse l’universitaire. Ahmed a connu son chemin de croix. Sans rentrer dans les détails, il dit avoir traversé des moments difficiles à la fin de ses études au Burkina Faso. Mais grâce au soutien moral de ses parents et à force de persévérance, il obtient son premier job au campus de l’Université comme technicien du son. Les autres moments moins fastes de sa vie, c’est lorsqu’il a fondé sa petite famille et qui, in fine, sera l’objet de sa joie. « La rencontre de ma femme, la venue au monde de mes enfants, bref ma famille, et finalement ma carrière, ont aussi été jalonnés de difficultés, mais aussi de joie ». Ce qu’Ahmed admire chez l’être humain, c’est « le sens de la raison, logique, et persévérance ». Pas étonnant pour un scientifique. Passionné de sport, Ahmed pratique le foot, le tennis et le squash. Le sport représente pour lui un anti - stress. « J’essaie de me maintenir en forme, car avec le rythme de travail, il faut décompresser de temps en temps et le sport est une excellente soupape ».

 

Fréderic Atayodi


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