Crise universitaire à Koudougou : L’option de la solution du pire

Publié le lundi 15 octobre 2012

La nouvelle est tombée comme un couperet sur la tête des étudiants de Koudougou et même de leurs parents. Une exclusion de 5ans avec impossibilité de s’inscrire dans les universités du Burkina Faso. Ils seraient au nombre de quinze à subir cette furie de Bila Gérard Segda. Dans cette bagarre ouverte entre lui et les étudiants, il y en a (2) dont la première session a été invalidée. Sur les Quatorze étudiants exclus pour cinq ans, de l’Université de Koudougou, il y’ a onze qui le sont avec interdiction de s’inscrire dans les universités publiques et privées du Burkina. La cause : « Attitude de nature à compromettre l’action pédagogique : participation active au boycott des cours et évaluations ; diffusion de fausses informations à sa promotion ; attitudes, propos et comportements d’intolérance ayant entraîné un trouble à la vie administrative et académique » (source : délibération N° 2012-0001/MESS/SG/UK/CD du 03 octobre 2012).

Et voilà pour les charges retenues contre les étudiants. Ce qui n’est pas très compréhensible, c’est que quand un syndicat ou toute autre association lance un mot d’ordre, c’est son premier responsable qui répond des actes de la structure. Mais ici, ce sont des étudiants que l’on a pris au hasard, sur une base confuse, et qu’on a inculpé. C’est d’abord sur les réseaux sociaux, Facebook que l’annonce du verdict de ce conseil de discipline qui s’est tenu dans des circonstances défaillantes a été faite. D’abord, le débat a été biaisé par l’absence de la représentation des étudiants, la délégation générale élue étant absente de l’université pour avoir fini son cursus. Les élections de délégués généraux qui n’avaient pas encore été tenues dans cette université n’avaient pas permis de renouveler le mandat de la délégation. Le conseil a refusé que cette délégation se fasse représenter à la session. Une chose est sûre, Segda a dû tirer les ficelles pour que les indésirables ne soient pas là au moment où la guillotine allait parler. .

L’université de Koudougou vient ainsi de faire un grand pas en arrière. Son président n’a pas encore compris ce que les caciques même du régime viennent de comprendre. Segda conduit la liste des députations dans son fief, le Koulpélogo. C’est donc un politique qui devrait avoir la culture de l’anticipation. Il a voulu boire la coupe jusqu’à la lie. Il l’a fait et mal lui en prendra. C’est à dessein que Roch Marc Christian Kaboré disait lors de l’historique congrès du CDP en mars qu’« il est révolu, le temps où la chape de plomb pouvait empêcher la circulation des idées, révolue l’époque des rideaux de fer qui incarcéraient les mentalités et formataient des esprits standardisés ». Cet excès de zèle que l’on observe dans la résolution de cette crise de Koudougou est difficilement compréhensible. En fait, cette ville semble faire peu cas des leçons du passé. Quand on regarde les crises vécues depuis les années 80 à l’Université de Ouagadougou, elles se sont enlisées parce que ce sont les militants de l’UGEB que les premiers responsables avaient dans leur viseur. Nul besoin de rappeler qu’en 1984, Somé Bouhir avait déjà fait les frais de l’incurie de l’autorité contre la liberté et le droit syndical des étudiants. Il fut tout simplement exclu de l’université de Ouagadougou, interdit d’emprunter le bus et d’obtenir des parcelles au Burkina, tout cela pour avoir tenu tête aux CDR de l’époque ; crime de lèse-majesté. Alfred Traoré responsable de la fac des Sciences naturelles, Alain Nindawa Sawadogo, recteur de l’université de Ouagadougou, s’étaient ausssi inscrits dans le même sillage en ordonnant l’exclusion des responsables de l’ANEB (dont Séni Kouanda, le président) en 1990. Sans oublier l’étudiant en 7ème année de médecine Dabo Boukary qui a trouvé la mort dans les geôles du pouvoir. Tour à tour, des étudiants militants (Souleymane Kologo1999-2000, et Bertrand Méda 2002) sont passés sous le laminoir de Alfred Traoré. 

Le tort des étudiants de Koudougou expulsés n’est-il pas lié à ce que disait le Pr. Segda lors de sa conférence de presse du 12 Aout 2012 « Ils ont empêché des enseignants et des étudiants d’accéder aux salles. Au grand dam de ces enseignants qui sacrifient pour cela leurs vacances. Or les textes prévoient que dès que les enseignements et les évaluations du S1 sont finis, sans attendre les délibérations, les cours du S2 débutent, car tous les étudiants, quels que soient leurs résultats au S1, doivent suivre ces enseignements ». Rien que cela. Mais de quels textes parle-t-il ? Dans quelle université du monde un semestre peut-il commencer avant que les résultats du semestre précédent ne soient connus par les étudiants ? Les textes évoqués ne donnent-ils pas 2 semaines aux étudiants pour préparer la 2eme session après la proclamation des résultats de la première ? En réalité il y avait cafouillage dans les textes que le président a fait adopter séance tenante au CFVU sans débats du 19 juillet. M. Segda s’est donc mis tout seul dans la merde en voulant tendre aux pauvres étudiants un piège. Rappelons au passage les revendications des étudiants. D’abord, l’arrêt du chevauchement des semestres, délibérations et programmation de la 2ème session dans un délai raisonnable, l’application du système LMD en Sciences et Technologies à l’UO a déjà fait des dégâts et la machine n’est pas loin de se gripper. Ce genre de cafouillage à fait en sorte que les étudiants de ST de l’UO n’ont pas pu bénéficier de l’aide FONER en 2010, parce que les dossiers à réunir n’étaient pas prêts et administrativement, on ne savait plus à quelle année académique on était. A Koudougou, les étudiants, à travers l’ANEB-K ont décidé d’anticiper pour éviter à l’UFR/LSH le même sort que la ST de l’UO. Le 2eme point de revendication penche pour la révision du calendrier anarchique et contre les programmations anarchiques qui suppriment les vacances des étudiants dans un contexte où le restaurant et les cités Universitaires sont fermés. Pour être juste, les étudiants ne peuvent pas continuer les cours dans cette précarité-là. C’est comme qui dirait, affamer les enfants pour les ramener à la raison. C’est une habitude, fermer les œuvres sociales quand il y’a contradiction entre administration et étudiants.

A présent que va-t-il se passer ? Deux scénarii sont envisageables. D’abord, le Pr.Segda est enlevé de son poste et remplacé par un « sapeur-pompier », issu de la bonne école, celle des « médiateurs ». Comme le premier ministre Luc Tiao semble être diligent dans ce genre de circonstances, il ne faut pas exclure cette piste. Il ne faut pas déranger la quiétude du maître ; les élections couplées arrivent en décembre (les parents semblent avoir pris partie pour leurs enfants) et le 11 décembre sera célébré à Koudougou. Or cette ville semble hantée par le syndrome de « Benghazi ou Sidi Bouzid ». Un autre scénario est que le gouvernement décide de ne rien faire, comme le PM l’a dit le week-end dernier à Koudougou : l’UK est autonome (en substance) et les étudiants décident de prendre leurs responsabilités. Les structures estudiantines en appellent à la mobilisation des étudiants et très vite, les mots sont trouvés pour créer la sympathie avec les victimes de M. Segda et Koudougou s’embrase de nouveau. Or à Koudougou il y’a une folle sympathie entre population et étudiants. Gardons-nous de jouer les oiseaux de mauvais augure. Mais il n’est nullement exclu que l’on soit amené à faire le deuil d’une université qui a mal à ses textes !

Par Wilfried BAKOUAN


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