CDP : Désarroi dans la troupe, inquiétude chez les candidats

Publié le lundi 15 octobre 2012

Nul ne peut se prévaloir de ses propres turpitudes. Difficile de trouver meilleure formule qui s’adapte aussi bien à la situation actuelle au sein du CDP. Qui a dit que le CDP s’est tiré une balle dans le pied ? François et ses amis ont en tout cas pris leurs responsabilités mais il va falloir maintenant gérer leur victoire sur le terrain. Les choses ne seront pas faciles et ils le savent. On attend donc de voir les stratégies qui seront imaginées pour faire face à la situation

 

La CENI vient de régler définitivement le sort des listes des candidats des différents partis aux élections législatives. Léonard Compaoré, le monsieur CDP des grandes consultations électorales affichait une étonnante sérénité lors de la présentation des conclusions de la commission ad hoc sur les listes des candidats aux législatives. Quoi de plus normal, le CDP a fait un sans faute malgré le volume des dossiers à gérer et surtout le lourd climat qui a entouré le choix définitif des candidats. Pendant la restitution en plénière des travaux des six commissions qui ont planché sur les dossiers, il y avait comme un air de complicité entre les partis, heureux de la bienveillance des responsables de la CENI qui a facilité bien des arrangements. C’est le 2 novembre que la CENI publiera en principe les listes et s’ouvrira alors une courte période (03 jours) de réclamation. On ne devrait pas s’attendre à de grandes bagarres, puisque les partis ont réglé leurs différends en amont. Hormis quelques ajustements, ce sont grosso modo les listes déjà publiées par les médias qui s’affronteront le 02 décembre prochain. Mais pour les heureux candidats du CDP qui ont eu l’onction de François, ils devront retrousser les manches. Il est révolu le temps où il suffisait de figurer sur la liste CDP pour passer haut la main. Les choses sont beaucoup plus difficiles aujourd’hui et la nouvelle direction n’a rien fait pour arranger les choses. Au contraire, elle s’est moquée des bases en faisant semblant de les consulter. Certes, ils ne s’attendaient pas à voir tous leurs choix validés mais au moins ils espéraient de leurs responsables un minimum de logique et de bon sens.

 

Quand les derniers deviennent les premiers

 

Nous avons relevé ici même l’incongruité de la liste du Kadiogo où un hors classe se retrouve curieusement être celui qui est appelé à jouer la locomotive. Le subterfuge n’a pas fait illusion et l’on a vite compris qu’il s’agissait d’un classement alibi. Mais quand l’alibi sert à justifier l’absurde, difficile de mobiliser des troupes plongées dans le doute voire la confusion pour le combat. Nombre de circonscriptions électorales se trouvent dans ce cas de figure. Dans le Nayala, on a préféré ignorer les choix des structures au profit d’un transfuge de l’ADF fraîchement débarqué. Carte blanche lui aurait même été donnée pour recomposer à sa guise les listes municipales qui étaient pourtant déjà prêtes. On ne parle pas du cas flagrant du Yatenga où Lassané Sawadogo et ses hommes ont fait les frais de leur accointance avec Salif Diallo en disgrâce. Peu importe la légitimité dont ils peuvent se prévaloir au regard des préférences émises par le collège d’appréciation. Dans le Nahouri, Kapouné Karfo que l’on dit très impopulaire conduira la liste provinciale. Il était pourtant loin derrière, dans l’ordre de préférence du collège. Tant pis si cela provoque des vagues chez les militants. Il tient sa légitimité du seul fait du prince.

 

Petites manœuvres assassines entre camarades

 

Dans la série des coups fourrés, la Sissili présente sans doute le cas le plus emblématique. Entre camarades du CDP, on s’était arrangé pour se positionner. Ainsi Mahama Diakité le maire de Léo était pressenti pour conduire la liste provinciale. Mahamadi Napon avait été positionné à sa propre demande comme son suppléant. A l’arrivée, les structures locales ont effectivement validé ce positionnement. Mais coup de théâtre, dans la liste définitive, c’est Gisèle Guigma qui vient en tête suivi de Mahamadi Napon. De suppléant donc il devient second de liste. Qu’est-ce qui s’est passé au juste ? Selon nos sources, de retour à Ouaga, Mahamadi Napon aurait changé d’avis. Il ne voulait plus être suppléant, mais titulaire. A l’appui de ses prétentions, il dit avoir fait un sans faute au sein du collège d’appréciation. Grâce à des fuites internes, l’infortuné Diakité aurait appris que son dossier a disparu du circuit. Il n’a donc pas été soumis à délibération. Mais la manœuvre a laissé les deux protagonistes sur le carreau. C’est madame Gisèle Guigma qui a finalement été promue. C’est elle qui dirigera la liste provinciale suivie de Mahamadi Napon, deuxième de liste. Pour qui connait le landernau politique de Léo, ces deux là sont de pires ennemis qui se vouent une haine réciproque. Ça promet donc une belle ambiance de campagne. Pour Gisèle Guigma, c’est en tout cas une belle revanche sur le tandem Diakité-Napon dont on dit qu’ils formaient une union sacrée contre elle.

 

Cette tambouille au CDP va-t-elle profiter à l’opposition ?

 

Le CDP aura tout fait pour empêcher que ses mécontents aillent déposer leurs candidatures sur les listes de l’opposition. S’il a réussi à briser des rêves en son sein, il n’aura pas réussi à créer une dynamique favorable pour aborder ces élections. Il risque en effet de subir un vote sanction de la part de ses propres militants qui ne comprennent pas que la direction du parti ait fait peu de cas de leurs préférences. Le pire, c’est qu’ils n’ont même pas droit à des explications. Comment voulez-vous que des responsables locaux du parti, candidats à la candidature et quasiment plébiscités par les bases puissent y retourner pour justifier les choix de la direction du parti ? Qu’est-ce qu’il y a à expliquer si eux-mêmes n’ont pas eu droit à des explications ? C’est le dilemme auquel se trouve aujourd’hui confronté le CDP et qui fait dire à certains qu’il s’est tiré une balle dans le pied. Vraisemblablement, le CDP sortira affaibli de ces compétitions. Pour autant, l’opposition ne semble pas réellement en mesure d’en tirer des gains substantiels. Face à l’émiettement des partis d’opposition qui n’ont pas su une fois de plus construire leur unité, le CDP malgré ses difficultés part pour être encore le premier parti du Burkina. L’enjeu dans la prochaine Assemblée nationale, ce sera les alliances entre les partis qui réussiront à y entrer. On sait qu’à ce jeu, le CDP conserve une puissance de frappe importante. Il se trouve toujours des élus qui ne demandent qu’à se vendre. Sans compter que les mécontents du CDP iront probablement grossir les rangs des partis qui lui sont traditionnellement alliés. Dans l’alignement derrière le CDP, il y a l’ADF/RDA, l’UPR, l’UFR et bien d’autres moins importants. Il faudra beaucoup d’argent pour satisfaire les appétits de tout ce beau monde, d’autant que 2015 est en ligne de mire. Il n’est pas certain que les partis de la mouvance acceptent le leadership de François Compaoré. Ce dernier qui considère que les législatives sont gagnées d’avance a déjà commencé à dérouler sa stratégie pour la conquête de Kosyam (voir en encadré, la déclaration de soutien des jeunes burkinabè de la diaspora américaine et européenne). C’est une donne qui va sans doute restructurer la vie politique au Burkina.

Par Germain Bitiou NAMA

 


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