CDP : La stratégie de la terre brûlée de la bande à Koanda

Publié le dimanche 30 septembre 2012

Les listes déposées par le CDP pour les élections couplées confirment la stratégie de la terre brûlée mise en œuvre depuis le désormais historique 5ème congrès. Les grands ténors avaient au sortir de ces assises été confinés dans un zoo et pudiquement baptisés conseillers. Avec la désignation des candidats, la tendance qui s’affirme est celle de l’éloignement du vieux personnel politique au profit d’hommes et de femmes plus affranchis des groupes politiques et idéologiques qui ont marqué l’histoire de la révolution. Toutefois, la violence de ces purges laisse les observateurs pantois. Avait-on besoin d’aller jusque là ? Y avait-il péril en la demeure pour qu’on se risque à secouer autant la baraque ? Que nous réservent les jours et les mois à venir ?

 

Le fondement légal de ces changements, ce sont les conclusions du 5ème congrès qui appellent à un profond renouvellement des structures et du personnel politique. Et en cela, le congrès a indiqué la voie. Ce qui a surpris, c’est moins les changements eux-mêmes que l’absence de dialogue qui les ont entourés. Roch Marc Christian, premier responsable du CDP avait anticipé le mouvement en annonçant son départ de la tête de l’organisation. Simon lui aussi avait dit sa volonté de ne pas briguer un autre mandat électif. Ces dernières années l’ont éprouvé durement et on peut comprendre qu’il n’ait plus ni son enthousiasme de jeunesse ni même la volonté de continuer à affronter l’adversité. Salif Diallo a quand à lui eu le temps de se faire une raison depuis sa retraite de Vienne. Depuis son retour au pays, il s’est plus ou moins retranché dans un attentisme politique préférant laisser l’initiative aux camarades restés aux affaires. Malgré tout, aucun de ces hommes n’a imaginé le cours actuel des événements. Le complexe d’Œdipe qui pousse à tuer le père pour faire émerger la figure du fils trouve ici à s’exprimer bien au-delà du symbolisme.

 

La génération des révolutionnaires

dans le viseur

 

Ce qui se passe dépasse largement la dimension des luttes groupusculaires qui ont émaillé le parcours des révolutionnaires burkinabè. Mais on ne parle plus aujourd’hui de révolution. Les liens tissés au sein des groupes ne survivent que par les positions que les « grands camarades » occupent dans l’appareil d’Etat. N’empêche que ces liens peuvent être perçus comme un délit suivant les vicissitudes de la vie politique. Aujourd’hui, la proximité d’avec les ténors politiques d’hier constitue dans nombre de cas un casus belli aux yeux des puissants du jour. Nombre de proches de Roch ou de Salif pour ne citer que ces deux se cherchent aujourd’hui. Et ils ne sont pas les seuls. L’objectif à travers le renouvellement du personnel politique voulu par Koanda et ses affidés, c’est d’abord de débarrasser le plancher des anciens révolutionnaires capables de revendiquer une certaine légitimité historique dans le parti. L’allégeance témoignée par Roch et Simon à l’occasion de la crise politique provoquée par la sortie médiatique de Salif Diallo n’a pas suffit à les mettre à l’abri. Pas même le bouclier qu’ils ont formé pour permettre au grand sachem de renouveler indéfiniment son bail. Seul le résultat compte. On n’a pas pu empêcher le désaveu du CCRP et cela est en soi très grave. Mais pour remettre les ambitions sur la table, il fallait en finir avec les causes supposées de l’échec de la précédente tentative. Une nouvelle génération de politiciens entièrement acquis pourrait peut-être réussir là où les autres ont échoué. Ce job semble avoir été confié à François Compaoré. Ce dernier dit-on piaffait d’impatience de jouer une autre musique. Elu secrétaire au développement du mouvement associatif au dernier congrès, on dit qu’il a veillé au grain pour que les listes définitives soient conformes aux instructions reçues et surtout pour qu’elles permettent d’atteindre les objectifs escomptés.

 

L’objectif en dernier ressort, c’est 2015

 

Au lendemain des assises du CCRP, nombre d’acteurs politiques, invoquant la conjoncture nationale et internationale ont parié sur le départ de Blaise. Possible qu’avec les difficultés du moment, il ait été tenté de jeter l’éponge. Mais les hommes politiques cultivent le sens de l’opportunité. Et ce qui se passe ces derniers temps sur la scène africaine peut avoir relancé ses ambitions. Sollicité de partout pour éteindre des crises, il peut être tenté de rejouer sa chance avec l’espoir qu’il bénéficiera de complicités internationales. Malgré ce que certains considèrent comme ses impairs au Mali, son rôle dans la libération des otages européens est assurément un atout au plan international. Reste toujours la donne nationale qu’il faut maîtriser. D’où les événements qui se déroulent en ce moment au sein du parti au pouvoir. Et si d’aventure, la carte de Blaise ne prospère pas, restera celle de François. Certes, l’image de ce dernier a du mal à passer à l’heure actuelle mais qui pouvait parier que Blaise lui-même ferait 25 ans au pouvoir ? Les débuts ont été très difficiles comme on le sait et François qui a été instruit par le parcours personnel de son frère peut lui aussi se permettre de rêver. En tous les cas, l’idée est que le contrôle du parti, ajouté à l’effet magique du pognon peut changer bien des choses.

 

Mais le pari est très risqué 

 

Imaginons un seul instant qu’une crise de l’envergure de celle de 2011 survienne avec tous ces mécontents du CDP sur la rade. Avec l’autre crise consécutive à l’assassinat de Norbert Zongo, on a là des exemples pour nourrir l’analyse. La multiplication des frustrations crée un terreau favorable aux grandes révoltes. Et il ne faut pas trop miser sur le pouvoir de l’argent. La bande à Roch est singulièrement silencieuse, alors que se multiplient des gestes qui s’apparentent à de la provocation. Le test des listes était une occasion de créer les conditions du dialogue. En l’absence de la publication de ces listes, difficile pour l’instant d’affiner l’analyse. Mais une chose est sûre. L’argent que l’on a injecté dans les circuits pendant le processus de désignation des candidats n’aurait arrosé que les segments hostiles aux militants dits historiques dont relève Roch. Et malgré tout, les résultats des collèges d’appréciation ne semblent pas avoir donné entière satisfaction aux responsables du parti. Ce qui a donné lieu à des ajustements dont certains sont jugés aberrants par des militants. On a pu entendre des commentaires du genre : « le parti donne l’impression de préférer la défaite que de courir le risque de voir des sièges enlevés par des gens que l’on ne contrôle pas ». Quelle ambiance ! Si l’on en croit les informations qui remontent, les frustrations provoquent des remous dans nombre de structures de base au point que leurs responsables se sentent d’autant plus mal à l’aise qu’ils craignent de se voir accusés de les avoir instrumentalisés. Mais que vont faire les déçus du CDP ? Vont-ils travailler contre leur parti en allant renforcer les partis concurrents ? Difficile de répondre pour l’heure. En revanche, on peut se demander ce qu’ils gagneront en posant des actes qui s’inscrivent moins dans une stratégie rationnelle de lutte politique et plutôt davantage dans un défoulement subjectif désordonné. Que des militants politiques dont la vie a été prise par le parti se retrouvent du jour au lendemain complètement largués, ne comprenant rien à ce qui se passe ni à ce qui leur arrive, on peut s’interroger sur la responsabilité des leaders en qui ils ont cru et qui les ont fait rêver. L’heure des remises en cause a sonné et il faut que nos hommes politiques aient le courage de reconnaître leur part dans ce gâchis humain qu’il nous est donné d’observer. Il est du devoir des déçus d’hier et d’aujourd’hui de leur demander des comptes, eux qui ont pris leur vie et qui n’ont aucune honte à disparaître dans la pénombre, sans préavis. C’est peut-être le lieu d’exiger d’eux un devoir d’inventaire sans lequel aucune expérience humaine ne peut être capitalisée. Et pour paraphraser l’historien guinéen, Ibrahima Baba Kaké : « un peuple sans histoire est un peuple sans âme »

 Par Germain B. NAMA


Commenter l'article (0)