Togo : L’urgence d’une facilitation politique

Publié le dimanche 30 septembre 2012

Par Germain B. Nama

 

Depuis le mois de juin, la rue togolaise est à nouveau le théâtre de manifestations politiques entraînant violences et voies de fait dans une ville de Lomé déjà éprouvée par de longues années d’abandon. En effet, depuis les années 80, le Togo était entré dans une spirale de crises socio-politiques qui s’étaient traduites par un lourd contentieux humain. De graves déficits démocratiques avaient amené la plupart des bailleurs de fonds internationaux à suspendre leurs interventions, entraînant des préjudices à ce pays, en particulier dans le domaine économique et social.

 

La reprise des manifestations de rues avec les violences et les destructions qu’elles occasionnent fait planer à nouveau le spectre de ces années noires qu’a connues ce pays. Et pourtant, en dépit des conditions calamiteuses de sa venue au pouvoir, Faure Gnassingbé (le fils de l’autre) avait réussi à calmer le jeu dans la maison Togo en engageant un processus de dialogue national qui avait accouché d’un Accord politique dit global le 20 août 2006. Blaise Compaoré avait été un des artisans de cet accord à travers une facilitation unanimement saluée à l’époque par toutes les parties togolaises.

 

Malheureusement la vie politique au Togo est loin d’être un fleuve tranquille. Les élections législatives de 2007 et la présidentielle de 2010 qui avaient été organisées sous l’empire du code électoral consensuel issu de l’accord global avaient montré combien restait grand le fossé entre les acteurs politiques. Les récentes modifications opérées en son sein constituent le nouveau casus belli qui a enflammé les esprits et troublé la quiétude des paisibles populations qui n’ont pourtant qu’un vœu : que les hommes politiques s’entendent enfin pour construire le pays dans la paix.

 

Le pouvoir togolais pour sa part affirme la main sur le cœur y travailler. N’a-t-il pas mis en place une commission vérité-justice et réconciliation, sensée réaliser la catharsis du peuple togolais traumatisé ? N’a-t-il pas effectué un geste symbolique en demandant lui-même pardon à son peuple pour les nombreuses violences qui l’ont endeuillées de 1958 à 2005 ? Dans la foulée, n’avait-il pas reconnu ses propres manquements à son devoir de protection du peuple ? L’arrivée au pouvoir de Faure Gnassingbé on se rappelle s’était faite dans des conditions chaotiques, marquées par de graves violations aux droits de l’homme. Si le togolais lambda a pu être sensible à ces gestes d’humilité de son président, dans la galaxie de l’opposition politique dite radicale par contre, ils sont plutôt perçus comme de la poudre aux yeux pour masquer des manœuvres d’un homme qui n’entend nullement abandonner le pouvoir. Et la reforme qu’il a engagée concernant la limitation du mandat présidentiel me direz-vous ? N’est ce pas la preuve d’une volonté d’assainir le processus démocratique ? Comme on l’a vu plus haut ce ne sont pas les gestes de bonne volonté qui manquent. Mais tant qu’il y aura la méfiance, aucun geste ne pourra convaincre les St Thomas de la politique togolaise de continuer à faire le dos rond. Pas même la promesse de ne pas briguer un nouveau mandat en 2015.

 

Gnassingbé père n’avait-il pas fait semblable promesse avant de se raviser une fois l’orage passé ? Non, le fil est bien rompu entre Faure et son opposition. Quand on s’affronte dans la rue avec machettes et coutelas, il n’est pas facile aux frères ennemis de s’asseoir sur la même table et se regarder dans les yeux. Blaise Compaoré qui comme on l’a vu est déjà impliqué dans la facilitation se doit d’assurer le suivi de ce qu’il a commencé, avec la même détermination des premiers jours, notamment en 2005, quand les militaires togolais s’étaient empressés d’installer Faure au pouvoir. Le Togo est plus qu’un pays voisin et frère. C’est un partenaire économique stratégique important pour le Burkina. Le port autonome de Lomé a été véritablement pour le Burkina la planche de salut qui l’a sauvé de l’asphyxie, en particulier durant la première et la dernière phase de la crise ivoirienne. Par conséquent, aucun sacrifice ne doit être ménagé pour le retour d’une vraie paix au Togo. En cela le séjour à Ouagadougou le week-end du 15 au 17 septembre dernier de M. Essodeina Petchezi, directeur de la Communication présidentielle du Togo sonne comme un appel au secours. Les togolais doivent pouvoir dépasser leurs problèmes subjectifs pour s’engager véritablement dans un processus de construction de la paix, seul gage d’un réel développement économique et social de leur pays.


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