Comprendre la pauvreté : Appréhender la pauvretéà travers les « histoires de vie »

Publié le dimanche 30 septembre 2012

 Dans le milieu rural la production céréalière est utilisée comme un indicateur de bien être. La pauvreté serait ainsi liée à une absence ou faiblesse de production. Les études ou les expériences plus récentes montrent que si cette assertion est en partie vraie, elle a cependant des limites en ce que d’une part, elle ne permet pas de comptabiliser les efforts fournis ailleurs par les producteurs, et d’autre part , que les populations ne s’y retrouvent pas toujours. Avec les « histoires de vie » utilisés comme outil d’investigation, Il a été possible de mieux comprendre différentes facettes de la pauvreté, mais aussi les efforts des populations pour s’en sortir. A travers les histoires de vie, « la pauvreté, c’est quand on ne peut rien faire pour nourrir sa famille, soit parce que l’on en est physiquement ou intellectuellement incapable, soit parce que la nature n’est pas propice, soit parce qu’on ne dispose pas d’appui ».

 

Qu’est-ce que les « histoires de vie »

 

Plusieurs écoles et centres de recherches s’intéressent de plus en plus à cet outil, notamment sociologues, anthropologues et psychanalystes..

 

« Histoires de vie » peut être compris comme un « outil d’investigation » utilisé par différentes disciplines, soit pour ouvrir un champ de recherche, soit pour préciser des facettes d’une recherche.

 

Selon les auteurs, « Histoires de vie » est une « recherche et construction de sens à partir de faits temporels personnels », peu importe que le récit ou la construction soit effectué par la personne elle-même ou par une ou plusieurs autres personnes.

(Pineaud/Le Grand, 1993)

 

Ces résultats sont utilisés pour influencer, stimuler, ou indiquer des exemples à suivre « success history ».

 

A contrario, des « histoires de vie » peu recommandables ou sans portée significative peuvent être expliquées et évitées autant que nécessaire.

L’Histoire de vie consiste à permettre à une personne ou à un ménage de raconter son histoire, décrire les activités menées, présenter les sources de revenus, présenter sa perception de la pauvreté et à qu’elle échelle il/elle se situe. Comment il fait pour s’en sortir.

 

Des informations complémentaires peuvent être croisées par données fournies par une personne ressource connaissant l’enquêté.

 

De l’application

de « Histoires de Vie »

 

Dans les situations et domaines où « histoires de vie » a été utilisé en tant qu’outil, il a permis aux personnes et groupes cibles de retracer l’itinéraire de leur vie, en situant les pics (chocs ou conditions d’améliorations) dans le temps, dans l’espace, et dans différents domaines : social et culturel, économique, éducationnel etc.

 

Cet itinéraire peut être présenté sous forme de courbe, permettant d’enrichir les connaissances sur le phénomène étudié, mais aussi son évolution.

 

La démarche utilisée par l’équipe PRPC

au Burkina Faso :

 

En tant qu’outil élaboré, « Histoire de Vie » a été testé au Burkina Faso à travers la présente étude, en vue de mesurer les différentes facettes de la pauvreté et de permettre l’adoption de mesures de lutte plus appropriées contre ce phénomène.

 

L’étude a pris en compte des données issues de l’Enquête Permanente Agricole (EPA), qui concernent essentiellement la production agricole, et qui proposent une classification des populations en trois catégories que l’équipe a validées, de même que le découpage du pays en zones socio-agricoles, en y intégrant et en prenant en compte les données statistiques sur ces régions.

 

Les enseignements tirés des histoires de vie au Burkina Faso

 

A travers les échantillons tirés à partir des zones agro écologiques du pays, le principal enseignement que nous avons tiré est : « Connaître la situation des populations, en particulier celle des pauvres », mais aussi et surtout les stratégies endogènes pour résister à l’avènement de la pauvreté ou s’en sortir. C’est un atout important pour entreprendre les appuis nécessaires à leur sortie durable de cette situation.

 

Connaître ces expériences, c’est se donner les moyens d’un appui approprié de soutien aux différentes catégories.

 

En effet, elles développent d’importantes initiatives propres à leur situation, qui orientent les besoins d’appui aussi bien dans le domaine de la production que dans d’autres domaines pour se sortir de la précarité.

 

En conclusion

 

« Histoire de vie », constitue un outil utile pour la compréhension de l’évolution d’un phénomène donné, qu’il s’agisse d’une situation individuelle ou collective : d’où vient-on, où en est-on (situation présente faite de contrainte et d’acquis) ; comment en est-on là ? Où compte-t-on aller (vision perspective).

Avec l’outil « Histoire de vie » :

On connaît mieux la situation des personnes enquêtées à travers elles-mêmes, mais aussi à travers ceux qui les connaissent le mieux.

 

On maîtrise mieux les efforts des personnes et ménages enquêtés.

 

C’est lorsque les moyens propres se révèlent insuffisants que les ménages pauvres sollicitent de l’aide ou se tournent vers Dieu pour sortir la famille d’une situation désespérée.

 

L’outil « histoire de vie » alimente et ou éclaire par conséquent d’autres sources de recherches ou d’approches. Au-delà de son expérimentation en milieu rural, l’outil « histoire de vie » peut être utilisé dans différents milieux et à plusieurs types d’activités.

 

En milieu urbain, il peut permettre de mieux cerner la situation des ruraux ayant effectué l’exode rural, des commerçants et des chômeurs etc.

 

Dr Mafing KONDE

 

Équipe du Burkina Faso

Dr Claude WETTA ; Dr Samuel T. KABORE, Dr Ludovic KIBORA ; Dr Aude NIKIÈMA ; Michel KONE, Dr Mafing KONDÉ ;

Marie-Eugénie MALGOUBRI ; P. Médard Francis ZIDA ; Abdourahyme SAWADOGO, Honorine SAWADOGO.

 

* 12ème article d’une serie de 12 tiré du rapport « Pauvreté Chronique et Transitoire au Burkina Faso.

Une analyse de la dynamique à partir de données agricoles ». Version finale Septembre 2011


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