RECREATRALES 2012 : Susciter et entretenir à la fois un esprit de fédération et un cœur humanitaire

Publié le lundi 17 septembre 2012

Le théâtre est le lieu révolutionnaire par excellence, car il est un des derniers endroits au monde où des gens se rassemblent pour écouter et regarder d’autres leur jouer inlassablement la comédie ou la tragédie du monde, auquel tous appartiennent. Si cette définition semble guider le théâtre, l’esprit des Récréatrales est tout autre. Les organisateurs comptent bien profiter de ce cadre pour faire éclore un esprit de dialogue, de tolérance, d’intégrité en plaçant la population comme principal acteur.

Le théâtre contrairement au cinéma n’a pas encore su conquérir le cœur de nombreux Burkinabè. Pour inverser la tendance, beaucoup d’initiatives sont entreprises. Les trouvailles se multiplient. Les approches sont différentes selon le modèle conçu par chacun. Pour sa part, le festival « Les Récréatrales » s’est lancé, depuis 2002, un défi : celui de promouvoir les talents des artistes burkinabè en développant un concept nouveau qui est de faire épouser l’art dans les quartiers. Depuis 10 ans Etienne Minoungou, Directeur des Récréatrales et son équipe s’évertuent à saupoudrer les vertus thérapeutiques sur le théâtre burkinabé en vue de le placer comme leader dans la sous-région. Il a donc choisi non pas de faire comme les autres mais de se démarquer de la routine en associant les populations à la réflexion en vue d’aboutir à une participation effective et massive aux Récréatrales. Ainsi, à chaque biennal, le quartier de Gounghin vit, durant une semaine, au rythme de ce festival. Le thème de la 7e édition 2012 est « Insoumission ». Ce thème traversera les différentes étapes des Récréâtrales mais ne sera pas exclusivement le thème général pour toutes les recherches et les créations. Cela veut dire qu’il servira à mener la réflexion sur le sens de nos postures au sein de nos communautés respectives. Depuis 2002 donc les Récréâtrales, Résidences d’écritures, de créations et de recherche théâtrales panafricaines ambitionnent donc d’offrir, bi-annuellement à des équipes de création du continent ce qui leur manque le plus à ce jour, c’est-à dire du temps, de l’espace, des compétences, des opportunités d’échange, des moyens techniques et logistiques. Les Récréatrales en plus d’être un tremplin pour la promotion culturelle est un foyer de création temporelle d’emploi. Chaque habitant du quartier est utile et a un rôle dans l’organisation de ce festival. Certains participent à la conception artistique, à la gestion des parkings, d’autres monnayent leurs savoir-faire dans le ménage, la cuisine, etc. Une semaine durant laquelle l’animation, la danse, le théâtre, les contes, le slam etc. sont au menu des différentes prestations.

Un festival à vocation humanitaire

Le sentiment de rédevabilité est à l’image de ce que laisse transparaitre les actions des organisateurs. Trouvant insuffisant l’intégration des habitants vivant en plein cœur des Récréatrales, les organisateurs s’assurent à chaque fin d’édition que la satisfaction est au bout des attentes. Pour cela des actions de reconnaissances sont dirigées vers les bénéficiaires que sont les riverains. C’est ainsi que des vivres, des nattes etc. sont remises aux familles. La chargée de communication des Récréatrales, Estelle Songré insiste bien sur la symbolique qui entoure ce geste. Selon elle : « Bien de festivals et de rencontres s’achèvent sans que les retombés ne soient ressentis par les bénéficiaires. Cela donne quelque fois l’impression que les organisateurs viennent, réalisent leurs activités, exploitent l’ignorance des populations et s’en retournent jouir des recettes. Les Récréatrales veulent au-delà du cadre festif apporter une assistance si infime soit-elle aux habitants pour leur témoigner de sa reconnaissance quand on connait souvent les problèmes vécus par les populations ». La population elle-même entretien des relations d’amitié avec les touristes et festivaliers étrangers et de ces rapports naissent de véritables tribunes de fraternité pouvant éclore des soutiens salutaires. Certains jeunes, avec la demande de l’équipe de pilotage des Récréatrales acceptent céder leurs chambres aux festivaliers étrangers. A la fin du séjour de ces derniers, plusieurs jeunes bénéficient de quelques présents ou obtiennent le financement de projet facilité par ces festivaliers. Bien entendu les chambres cédées génèrent des recettes payées par les organisateurs au grand bonheur des jeunes chômeurs pour la plupart.

Des innovations à cette 7e édition

Cette édition se veut particulière pour le foyer de création et d’inspiration pour les acteurs de la scène théâtrale qu’est « les Récréatrales » qui fêtent 10 ans d’existence. Mais pourquoi une 7e édition et une dizaine d’année d’existence ? Le Directeur Etienne Minoungou s’explique : « à ses débuts, les Récréatrales se déroulaient tous les ans jusqu’en 2006, année à laquelle on décide de le célébrer en biennal, c’est ce qui explique le décalage des chiffres ». La 7e édition des Récréatrales présente des innovations majeures auxquelles peuvent se greffer le parrainage d’une illustre personnalité décédée, Jean Pierre Guingané, le passage de 4 étapes à 6, la création de l’académie régionale des arts scénographiques. En rappel en 2010 le festival se composait de 4 étapes uniquement sans prendre en compte l’aspect post festival. C’est d’ailleurs ce volet d’étapes qui permet aux Récréatrales de se dérouler sur une longue période. Le festival a donc débuté selon Monsieur Minoungou depuis le mois de janvier avec « la quarantaine » qui est l’étape laboratoire. Cette étape initiale convie le metteur en scène et l’auteur a un travail conjoint afin d’approfondir leur démarche commune et de créer une véritable synergie autour de leurs approches respectives. Elle se compose d’atelier de formation, de chantiers de recherches et d’espaces de discussion et d’échange. A cette étape, les projets les plus prometteurs sont sélectionnés pour prendre part à l’étape production des Récréatrales. La 2e étape, le côté cour y consacre 30 jours de production des projets sélectionnés. Pour cette édition une session de formation en expression corporelle et un chantier scénographique sur le thème « urbanité et théâtre » sont la constitution de la charpente de cette étape. L’étape des 49 jours organisée de septembre à novembre 2012 qui est consacré aux résidences de création est la mise en œuvre des productions. Cette période doit être mise à profit par les promoteurs des projets retenus pour finaliser la composition de leur équipe définitive, poursuivre leurs échanges pour permettre au projet de mûrir. A cette étape une réflexion profonde ou « atelier du maitre » est menée sur la pratique professionnelle du théâtre et sa place dans la société afin d’ouvrir de vastes champs de recherche et d’investigations pour les participants à la réflexion. A cet atelier s’ajoute les rotations qui désignent les moments intermédiaires où les équipes se présentent mutuellement leurs ébauches et étapes intermédiaires de création pour éviter que ces séances se changent en moments critiques perçus comme des « examens de passage » à l’endroit des travaux encore en gestation. Les rotations sont des espaces de discussions sur les propositions des différents groupes, mais aussi sur le fond des problèmes du théâtre. L’étape de la plateforme festival dure 8 jours et est la pièce maitresse des Récréatrales. Elle se déroulera du 02 au 08 novembre 2012. Elle consacre la célébration des Récréatrales avec la mise en exécution des représentations et de toutes les activités du festival. La rue et les différents lieux de présentation connaitront une affluence durant ce temps. Un village du festival permettra d’offrir des nuits musicales après les représentations théâtrales de 23h à 2h du matin. Chaque soir des musiciens assureront l’animation musicale avec des comédiens, slameurs, humoristes. L’étape innovante est celle du programme de Formation étude recherche en scénographie (Fer-scéno) qui est le prolongement du chantier scénographique des Récréâtrales 2009-2010 qui avait couvert les 3 étapes du festival. C’est l’étape de la naissance de l’académie régionale de scénographie. Il s’agira de présenter dans une enceinte les différents ateliers afin de donner à voir, d’installer, d’occuper l’espace et de dessiner des circulations. L’académie compte rassembler les sensibilités artistiques de jeunes scénographes autour d’interrogations sur le métier et ses différentes techniques, mais aussi de questionner le rôle du théâtre dans la société et sa place dans l’espace public ou privé. Les ateliers reposeront sur des thématiques imbriquées successivement dans les étapes quarantaine, Côté Cour, résidences de création et plateforme festival. La dernière étape est celle des rencontres professionnelles. Ce sont des moments d’échanges et de partage sur l’évolution et l’esthétique théâtrales mais aussi de débattre sur les enjeux du théâtre sur la démocratie.

Michaël Pacodi

Pacomik@yahoo.fr


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