Seydoni production S A. :Le retour d’un mécène de la musique nationale

Publié le lundi 17 septembre 2012

Après avoir atteint son apogée dans la conquête du public avec des tubes très dansants style coupé-décalé, les As Dj avaient pratiquement disparu de la scène et des juke box des maquis du Faso. Ceux qui avaient fait un tabac en mettant KO debout les « vieilles Dames sans mari » et autres faiseurs de malin, excellaient en plus de la rythmique, dans les messages de paix sociale à travers certaines chansons. Hélas, voilà qu’après ce duel à la Antoine et Johnny (Cheveux longs idées courtes, les soixante huitards s’en souviennent !), Dino le rossignol et ses potes étaient devenus aphones subitement. Ils avaient baladés le drapeau du Burkina Faso dans les pays voisins. Auréolés d’un Kundé de « l’artiste le plus joué » en discothèque en 2005 au Burkina Faso et d’un Tamani « du meilleur artiste burkinabè » obtenu à Bamako la même année, les As Dj se sont exprimés sur des grandes scènes avec trois albums dans la sacoche. Après quatre ans d’absence, les voilà de nouveau replacé sur orbite, grâce à Seydoni production dont ils accompagnent le nouveau concept avec la sortie de l’album à 10 titres dénommé à juste titre le Phénix. Pour la petite histoire, le Phénix est selon l’Encyclopaedia Universalis 2012 : « un Oiseau fabuleux, originaire d’Éthiopie et rattaché au culte du Soleil (…) Le phénix était, disait-on, une sorte d’aigle, mais de taille considérable… Il n’existait jamais qu’un seul phénix à la fois ; il vivait très longtemps : aucune tradition ne mentionne une existence inférieure à cinq cents ans. N’ayant pu se reproduire, le phénix, quand il sentait sa fin venir, construisait un nid de branches aromatiques et d’encens, y mettait le feu et se consumait dans les flammes. Des cendres de ce bûcher surgissaient un nouveau phénix… » L’image du phénix colle bien à la structure de production burkinabè Seydoni, qui signe là sa renaissance après un passage à vide d’environ six ans. L’artiste musicien Seydou Richard Traoré (To ni nan kèlèla) fondateur de cette boîte de production a donné la preuve de son amour pour la musique de son pays. Voilà plus de 25 ans qu’il vit en Suède et travaille dans des organismes internationaux. Cela ne l’a pas amené à oublier son passé de musicien dont les morceaux enflammaient les surprises parties des années 70 et 80. Depuis 1999, Seydoni existe par sa seule volonté et persévérance. De nombreux artistes musiciens sont passés dans ses studios, des milliers de CD et K7 ont été dupliqué au bonheur des mélomanes Burkinabè. Toutefois, le soutien des pouvoirs publics ont été timides à l’ endroit de cette maison née d’une initiative privée. Pourtant, le Politique ne cesse de clamer que la culture peut être le pétrole du Faso. A cela s’ajoute la situation de dénuement des artistes musiciens nationaux qui, pour la plupart, exploitent les installations de cette maison à crédit.

Tenez : une production coûte entre 1 à 3 millions de nos francs. A cela il faut ajouter un minimum de 2 millions pour la promotion. Or, chez nous au Faso, la vie est dure ! Résultat, Seydoni traîne des boulets depuis quelques années et arrête progressivement certaines prestations. Dans son magasin, plus de 180 millions de produits et une ardoise très longue de prestations non payées. Dans le contexte actuel d’expansion des nouvelles technologies, la lutte n’est pas aisée. La seule témérité ne suffit pas. On télécharge facilement de la musique sur un support quelconque et on se la distribue via le net ou le téléphone portable. Pas besoin de débourser un kopeck pour avoir les tubes qui ne sont même pas encore mis sur le marché. Même des radios qui ont pignon sur rue, rechignent à payer les droits d’auteurs comme il se doit. Le téléphone portable a remplacé le bon vieux magnétophone. Alors, les K7 et CD se vendent mal. D’Abidjan à Lomé, de Bamako à Cotonou des structures comme Seydoni mettent la clé sous le paillasson. Alors il faut innover. C’est ce qui a amené le promoteur à développer un nouveau concept qui va de la production à la promotion. Pour cela la Maison mise sur des artistes qu’elle manage elle-même d’un bout à l’autre. Elle doit pour ce faire, se constituer une écurie. C’est dans ce sens qu’elle a lancé un appel à candidature et reçu 250 maquettes d’artistes musiciens et autres chanteurs nationaux. 18 ont été sélectionnés pour bénéficier d’un enregistrement en studio et des tournées spectacles. Les recettes permettront certainement de stabiliser les comptes et de soulager les artistes musiciens. C’est ce partenariat gagnant-gagnant qui a débuté le 17 août 2012 avec la sortie du nouvel album des As Dj. Sana Bob, Awetou, Maï Lingani, Loti-k, etc sont de la course. Parallèlement à ces 18 albums, 24 artistes figureront sur des compils. Gageons que cette nouvelle formule remettra les machines à plein régime pour le bonheur de la musique burkina !

Par Ludovic O KIBORA


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