Conflits intercommunautaires : Tonkar rallonge la liste

Publié le lundi 17 septembre 2012

Le conflit intercommunautaire de Gaoua est le énième d’une série. En cinq mois le Burkina a enregistré partout dans le pays plusieurs conflits parfois violents et meurtriers. La crise de Gaoua a fait des morts, plusieurs blessés et d’importants dégâts matériels et des déplacés. De nombreuses arrestations ont été opérées dans les rangs des auteurs de ces violences et leurs complices. Ce qui ne signifie pas le retour définitif de la paix. Ce n’est pas la première fois que la province connaît des conflits similaires. Selon des organisations de la société civile et des partis politiques, ces crises traduisent la faillite des institutions de l’Etat.

 

Depuis quelques jours la gendarmerie de Gaoua procède à de nombreuses arrestations dans les rangs des présumés auteurs et commanditaires des violences et crimes perpétrées en Août dernier. L’ex maire de la commune de Gaoua Farayéré Da accusé d’être un des instigateurs de cette violence a été arrêté et déféré à la maison d’arrêt et de correction de Gaoua. L’ancien maire était signataire du mémorandum adressé à l’administration. Les signataires avaient donné 72h à l’administration pour trouvé le meurtrier du jeune élève. Les arrestations se poursuivent et plusieurs personnes ont été déjà arrêtées. Farayéré Da fut maire de la commune de Gaoua de 2006 à 2008. Farayéré Da est le deuxième conseiller du village de Tonkar dans la commune de Gaoua. Les déplacés eux sont de retour de Bobo. Sur les 244 personnes déplacées, plus d’une centaine ont regagné le village de Tonkar. Selon la gouverneur Adja Zampaligré, des dispositions sont prises pour l’accueil et la réinsertion de ces éleveurs. Sur le plan sécuritaire des patrouilles de polices maintiennent la surveillance.

L’ex maire de la commune de Gaoua Farayéré Da accusé d’être un des instigateurs de cette violence

Les récents conflits intercommunautaires à Gaoua, ont fait au moins cinq morts, plusieurs blessés, des portés disparus et de nombreux déplacés. Le conflit avait une caractéristique particulière. Pour la première fois, ce conflit n’a pas opposé seulement que des agriculteurs et des éleveurs comme partout ailleurs dans le pays. Une autre communauté plus organisée a été la cible des autochtones. Ce qui a donné une ampleur à cette dernière crise de Gaoua. Les conflits agriculteurs éleveurs sont récurrents dans la province du Poni, comme partout sur le territoire national. Dans la semaine précédente c’était le village de Holly à une dizaine de km de Gaoua qui a chassé et incendié le domicile d’un exploitant minier. En 2010, le village opposé à l’exploitation minière au cœur de leur village avait expulsé ce même exploitant, arrivé sous escorte policière. Plusieurs personnes furent arrêtées et transférées au commissariat de police. Les habitants du village, armés d’armes blanches ont marché sur le commissariat de police de Gaoua où étaient détenus leurs camarades. Ils furent tous libérés après d’âpres négociations avec les autorités de la province. Un mois plus tard c’est Gaoua qui est à son tour secoué par de violentes manifestations suite à la mort d’un jeune de 23 ans, Armand Somé. Cette mort imputée à la police avait suscité indignation et colère au sein de la population. Face à l’ampleur de la contestation, et aux actes de vandalisme, le gouverneur Pascal sawadogo fait intervenir l’armée pour maintenir l’ordre. Les militaires abattent un jeune commerçant de la ville sur les lieux des funérailles de la première victime. Si les policiers ont été jugés et condamnés à Bobo, les militaires et les supérieurs par contre n’ont jamais été inquiétés.

Le plus violent conflit agriculteurs éleveurs a été le massacre de plusieurs éleveurs ainsi que des animaux dans le village de Perkoura à quelques kilomètre de Gaoua en 2008.Une dizaine d’éleveurs avaient été tués. Ce massacre était consécutif au meurtre d’un agriculteur commis par un éleveur. A la suite de cette tuerie, plusieurs présumés coupables avaient été arrêtés et déférés à Gaoua. Le meurtrier de l’agriculteur n’a jamais été retrouvé et le procès des personnes arrêtées n’a jamais eu lieu.

Les autorités qui ont accouru sur les lieux du drame se sont engagées pour l’apaisement, le retour de la paix et la bonne cohabitation. Des initiatives aussi avaient été prises pour une paix définitive, la confiance et la bonne cohabitation entre agriculteurs et éleveurs. Des diagnostics des causes ont été faits afin de prévenir et de trouver des solutions. Quatre ans après ce conflit sanglant, l’expérience du terrain montre que ces initiatives n’ont pas été mises en œuvre. Les conditions d’un conflit entre les communautés demeurent. Selon Martin Dabiré, du service de l’action sociale dans le sud ouest, l’une des principales causes demeure la réduction des espaces de pâturage et l’extension des champs agricoles. Les cultures et les animaux partagent le même espace. Ce qui engendre des dégâts de champs par des animaux. Les agriculteurs ont perdu confiance en l’administration. L’agriculteur se sent toujours perdant dans le règlement des dégâts de champ. « Les textes actuels ne permettent pas un dédommagement à la hauteur du préjudice causé. Certains préfèrent ne pas s’adresser à l’administration, puisque la somme versée est dérisoire », affirme un administrateur civil. Celui-ci propose qu’au-delà des sanctions pécuniaires, des sanctions pénales soient prévues pour les récidivistes.

Les sanctions pénales sont effectivement prévues par la loi sur le pastoralisme (loi 34/2002) et ses différents décrets d’applications. Ces dispositions sont soit inconnues des administrateurs ou difficile à mettre en œuvre. Pour la cohabitation pacifique des populations, la loi prescrit d’abord l’approche de conciliation qui est dévolue au tribunal départemental présidé par le Préfet. Quand la conciliation est impossible alors s’ouvre la voie du contentieux au niveau du Tribunal Grande Instance (TGI). Le problème à ce niveau c’est que les conflits surviennent au moment des vacances judiciaires et ne sont pas rapidement traités. Peut-être le législateur pourrait penser à une procédure d’urgence pour résoudre ces conflits au nom de la paix sociale. Il restera la bonne évaluation des préjudices. Sur cet aspect des choses, les services techniques devraient être fortement impliqués pour rendre transparent les procédures. L’association Tabital Pulaaku propose la démarche suivante : « Résoudre tout conflit par le paiement des amendes proportionnelles aux dégâts. Ce faisant on rend justice aux 2 parties ;

Exclure définitivement la violence (tout auteur d’actes de violence doit être sanctionné à la hauteur de sa forfaiture) ;

Agir dans la transparence (dégâts connus, auteur connu, victime connue, sanction publiée) ;

Respecter et appliquer les prérogatives des tribunaux départementaux ;

Informer les parties en conflits sur les limites des prérogatives des tribunaux départementaux et la possibilité qui est ouverte à chacune de se pourvoir en justice, si elle n’est pas satisfaite de la conciliation ; »


L’impunité et la corruption sont la cause des conflits

Le sud Ouest ne fait pas exception. Les conflits intercommunautaires et intracommunautaires sont récurrents au Burkina depuis des années. Ces crises qui touchent l’ensemble du pays sont de plus en plus violentes. Elles se caractérisent par des casses, des incendies, des blessés et parfois des morts.Depuis Mai 2012, le Burkina a connu au moins une douzaine de crises. Selon le secrétaire général du MBDHP, ces crises sont la résultante del’impunité et de la déliquescence de l’Etat de droit. Pour Louis Armand Ouali sécretaire general adjoint, chargé des affaires politiques de l’Union pour le progrès et le changement (UPC), le pouvoir actuel aurait atteint ses limites. La répétition de ces crises montre que le pouvoir est incapable de résoudre les problèmes. Les causes de ces crises seraient connues et il suffit d’une volonté politique pour trouver des solutions efficaces. « La pirogue a atteint le sable, l’Etat n’existe pas » conclut-il. L’ancien maire de Gaoua, pense pour sa part que les crises que vit le Burkina sont la conséquence de la mauvaise gouvernance. C’est aussi l’avis de Louis Armand Ouali qui ajoute que l es gens partout au Burkina revendiquent la justice et l’équité. Les administrés ont perdu confiance en l’administration, d’où la tendance à vouloir se rendre justice eux-mêmes. Une analyse partagée par le secrétaire général du MBDHP. Aly Sanou affirme en effet que les piliers de ce pouvoir sont l’impunité et la corruption. Les populations ne comptent plus sur l’administration publique pour résoudre leurs problèmes. Le désir de se rendre justice, et la démarche sont imputables au mode de gouvernance. Partout les populations ont compris que les manifestations pacifiques ne donnent rien.

En face, elles comprennent que les gouvernants ne sont sensibles qu’à l’argument de la violence. « Les gens ont compris que les formes conventionnelles de manifestations ne paient plus, le pouvoir est sensible aux manifestations violentes, les structures qui devraient canaliser tous ces mouvements de contestation ont été discréditées par le pouvoir à travers son attitude méprisante » dit Aly Sanou. Dès lors que la population ne croit plus à ces structures pour obtenir satisfaction, elle passe outre les voies légales. Pour Louis Armand Ouali, le pire hante le Burkina. Ce cadre de L’UPC précise qu’il ne s’agit pas de la posture d’un opposant, mais celle d’un analyste et d’un citoyen. « Comme les gens ont compris que l’utilisation de la violence ne résout pas leurs problèmes, il faut s’attendre à des actes désespérés », prévient t-il.

De l’avis du secrétaire général du MBDHP il faut s’attaquer aux origines de la crise si les gouvernants souhaitent mettre fin définitivement à ces tensions sociales. Pour y parvenir, il faut rétablir une justice impartiale. « Il faut que les règles de droits s’appliquent à tous » soutient-il. La justice devrait alors dépoussiérer tous les dossiers de crimes classés dans les tiroirs. Un traitement diligent, impartial et juste des dossiers pendants va entrainer un retour de la confiance des populations aux institutions de la République. Les fora de réconciliation avec l’implication des coutumiers et des religieux auraient atteint leurs limites. « Ils sont devenus eux mêmes des éléments de la crise. Ils apparaissent plutôt comme des piliers du pouvoir. Ainsi, ils se sont discrédités aux yeux de la population ». Pour le secrétaire général du MBDHP le recours à ces personnalités est en contradiction avec la constitution. La République prévoit des institutions pour résoudre les problèmes. Cela confirme la faillite de l’Etat. L’ex député maire Louis Armand Ouali ne dit pas autre chose à propos de la chefferie coutumière et des religieux qui sont de plus en plus sollicités par le pouvoir dans les crises. « La République est laïque, elle a des institutions pour prévenir et résoudre les crises. » Sur la question du retour de l’autorité de l’Etat, le MBDHP craint la confusion entre l’autorité et l’autoritarisme. L’autorité de l’Etat ne saurait se réaliser sans le retour de la justice et la fin de l’impunité. Cette justice a aussi une dimension économique. Les frustrations suscitées par les inégalités abyssales, la paupérisation grandissante de la majorité de la population sont aussi les causes de ces crises.

Abdoul RazacNapon


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