Journalisme et journalistes au Faso

Publié le lundi 17 septembre 2012

Presse composite perspectives monolithiques

Le paysage médiatique du Burkina est l’un des plus denses de la sous-région, aussi bien en ce qui concerne le nombre d’organes que la pluralité des tons. Chapeau bas donc pour ce monde haut en couleurs mais, une immersion, même désintéressée dans le milieu est aussi l’occasion de ramener à jour certaines remarques, fondées ou non en raison mais qu’il semble judicieux de donner en partage. A professionnalisme égal, les fortunes sont diverses entre journalistes et c’est là un constat qu’on ne peut manquer de faire.

En effet, depuis plus d’une vingtaine d’années, l’essor exceptionnel de la presse a totalement remodelé le visage médiatique national. Jadis seuls et maîtres incontestés, les journalistes relevant de la fonction publique sont en passe d’être dépassés par ceux du secteur privé. Au monologue d’Etat de l’information est en train de se substituer un journalisme qui, assez souvent, ne mâche pas ses mots. Pour ne prendre que l’exemple de la presse écrite, Sidwaya reste pratiquement le seul organe public face à un paysage écrit national qui comprend 6 quotidiens, 10 hebdomadaires, 14 mensuels, 4 bimensuels et un bimestriel pour un effectif de plus de 250 journalistes sans compter les pigistes, correcteurs, photographes et autres caricaturistes tout aussi nombreux. De nouveaux noms apparaissent régulièrement dans les ours des journaux privés, signe d’une vitalité certaine malgré des contraintes budgétaires entraînant des seuils salariaux d’une consternante modicité. Là, l’Etat joue en faveur de la presse une partition qu’il faut apprécier à sa juste valeur car chaque année une subvention est accordée aux organes privés répertoriés comme tels par le Conseil supérieur de la Communication(CSC). Il faut se demander ce que deviendraient certains journaux d’ailleurs sans cette manne et espérer qu’une institution ayant pignon sur rue ne vienne ravir cette sucette au prétexte qu’elle est anticapitaliste. Ce que l’on peut constater néanmoins c’est que, du côté des avantages, plans de carrières et autres opportunités, persiste une forte impression du deux poids deux mesures. Faut-il le dire ! Il y a comme qui dirais des creux et des bosses entre journalistes burkinabè. Pour en revenir aux effectifs, les journalistes de la presse privée sont majoritaires et donc presque seuls à animer le paysage médiatique national. Malgré cela, ils connaissent une série de déficits allant du manque d’avancement automatique au manque de passerelles pour beurrer leurs épinards. Pendant ce temps, leurs collègues du secteur public sont détachés dans les ambassades, passent des concours professionnels pour avancer ou sont affectés par simple note verbale dans des organes ou sociétés où leur salaires passent du simple au triple etc. Sans parler de dysfonctionnement, il semble normal de souhaiter que tous les journalistes aient les mêmes chances dans la république, fonctionnaires ou pas.

 

Lever le verrou du numéro matricule

Dire que le journalisme mène à tout et que tout mène au journalisme n’est pas une simple déclaration d’intension. C’est une vérité qui interdit que dans le même pays, le numéro matricule, en mettant d’un côté les fonctionnaires et de l’autre les privés, ouvre ainsi des perspectives aux uns et oblige les autres à la portion congrue. Qui est Burkinabè et qui ne l’est pas ? Qui plus que qui est habilité à servir le pays ? Ceux des journalistes de la presse privée qui désirent changer de cadre doivent pouvoir en faire la demande à travers un cadre approprié. Sans sombrer dans la divination, on peut parier que nombreux sont les journalistes du privés qui n’hésiteraient pas à sauter le pas si l’occasion leur était donnée de migrer d’une manière ou d’une autre. De toute façon, ils laisseraient la place à d’autres collègues moins expérimentés qui auront ainsi l’occasion de se faire les dents en attendant. Ceux du public qui peuvent avoir mieux rendent le tablier sans même parfois les salamalecs d’usage et on les comprend. C’est l’ensemble des journalistes burkinabè qui constitue la grande famille de la presse ; pas les fonctionnaires seulement. C’est dans le journalisme que la notion de transversalité prend tout son sens parce que c’est l’un des domaines où l’excellence est nécessairement manifestée. En effet, la prestation du journaliste permet de le situer avec autant de précision que le grade, chez les militaires, désigne le rang de celui qui le porte. Choisir n’est donc pas difficile dans cette profession. Pourquoi alors se priver des services de ceux d’entre eux dont les performances, manifestes, peuvent être utiles à tout le pays ? Si la presse représente un pouvoir, ce mot ne revêt tout son sens que si la bride venait à être lâchée aux organes privés et c’est bien pourquoi il faut un régulateur qui, en plus de discipliner la troupe à des fins de stabilité sociale, doit donner à la profession des lettres de noblesse dont l’absence est diversement vécue. Peut être que le CSC qui peut prendre le gourdin lorsque cela est nécessaire quand il faut parler déontologie et tutti quanti doit aussi chercher à tendre la carotte ne serait ce que par simple souci d’équité. On ne perd rien à bâtir des paradigmes nouveaux si cela permet d’avancer même un peu. La profession y gagne ; le pays y gagne.

 

L N


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