Justice sociale

Publié le lundi 17 septembre 2012

Introduction

 

Thème de plus en plus récurrent, notamment dans les pays et sociétés africains, ce concept socio-économique part du principe que la société a des aspects injustes qui demandent à être corrigés. La réflexion sur la justice sociale s’intéresse à la manière dont la société doit distribuer les ressources rares entre des personnes dont les revendications s’opposent. Elle cherche également à mettre en évidence une norme d’impartialité qui puisse fonder la résolution de leurs disputes. C’est essentiellement une projection vers une société plus juste, ce qui n’est pas une fin en soi. On peut donc le voir comme une démarche progressive et progressiste. Les actions ayant pour objectifs la justice sociale visent à donner à chacun les mêmes chances de réussite. On parle alors d’égalité de chances. La justice sociale c’est, selon le mot de Louis Pauwels « mettre tous les coureurs sur la même ligne. Il ne faut pas confondre avec l’égalitarisme qui consiste à déclarer que tous sont arrivés premiers ». Les corrections nécessaires peuvent être sociales, financières, économiques, etc. Cela conduit donc à examiner l’organisation de la société dans tous ses aspects, précisément la gestion de la cité par les gouvernants et la répartition des richesses issues de l’activité économique.

 

La gestion de la cité

 

La société est fondée essentiellement sur l’égalité en dignité de ses membres. L’organisation sociale est censée régler les rapports établis en son sein en respectant des obli­gations de justice, obligations qui consistent fondamentalement à rendre à chacun ce qui lui est dû.

De cette manière, la justice devient une norme primordiale dans l’espace social. En interférant dans tous les rapports sociaux aussi bien dans les activités entreprises pour leur aménagement que pour leur amélioration. Il n’y a donc pas de domaine qui ne soit pas tenu d’obéir aux règles de la justice. C’est surtout au sein de la société économique que le respect des obligations de justice se pose car, c’est là que les transgressions sont les plus évidentes. En effet, seule la mise en œuvre de la justice permet de résoudre véritablement et durablement la question sociale. Comme dit plus haut, il s’agit d’attribuer à chacun ce qui lui revient. Il n’est pas question de distribution égalitaire des biens, sans égard aux apports divers et aux situations diverses. Bien au contraire, la justice sociale doit nécessairement prendre en compte les inégalités produites par la situation fonctionnelle de la société. En d’autres termes, un ouvrier ne saurait prétendre à la rémunération d’un agent de maîtrise ou d’un cadre supérieur.

 

La juste répartition

des richesses

 

Le véritable objet de la justice sociale réside dans la détermination du rapport entre les divers titres à la répartition des richesses. C’est une répartition proportionnelle du bien commun de la société. Ainsi, avant de prendre en compte ses déterminations pratiques, justice signifie respect de la dignité humaine, par conséquent, respect des droits fondamentaux qui donnent contenu à cette dignité. En d’autres termes, il faut rendre accessible à l’homme ce dont il a besoin pour sa vie humaine : emploi, éducation, santé, salaire décent, mais aussi le droit à la parole, à l’organisation etc. Cela implique la lutte contre toutes les causes de dérèglement des relations économiques et sociales comme la corruption, le détournement des biens publics et l’impunité. Ces maux ont pour conséquences la confiscation des biens par une minorité, l’ampleur des évasions des fonds détournés et l’approfondissement de l’injustice sociale.

Le combat pour l’instauration d’une justice sociale ne peut se limiter au seul cadre national compte tenu du contexte de mondialisation dans lequel nous vivons de nos jours. En effet, l’économie mondiale est soumise à certains nombre de forces.

La globalisation de l’économie est devenue la force la plus importante qui détermine l’ordre de la planète.

La libéralisation du commerce et des marchés de capitaux, l’internationalisation de la production, de la distribution et des investissements des entreprises ainsi que la généralisation des perfectionnements techniques, sont devenues des caractéristiques essentielles de l’économie mondiale. Ce phénomène est une catastrophe pour les faibles, comme l’Afrique. Il a engendré un accroissement des inégalités entre les pays et au sein même des pays. Le chômage et le sous-emploi s’amplifient, polarisent les sociétés et perturbent la vie des individus et des familles. L’emploi, là où il existe devient de plus en plus précaire. Les institutions sociales et économiques, ainsi que les ressources qui ont traditionnellement protégé les gens contre les aléas de la vie – maladie, dénuement vieillesse- s’érodent. Ces tendances sont une menace pour la cohésion sociale, sapent les fondements du monde du travail et développent les exclusions avec la pauvreté de masse.

 Que faire ?

 Depuis les indépendances, les politiques de développement en Afrique ont été des politiques de lutte contre la pauvreté. Cet objectif ne sera atteint que par la réalisation d’un équilibre économique, social et géographique, c’est-à-dire le développement. Il peut se définir comme une recherche volontaire de l’épanouissement individuel et collectif, et servir les intérêts de la grande majorité. Pour se faire, il faut :

Éviter que les fruits du développement soient monopolisés par l’élite dirigeante

Les faire partager par les habitants des villes et ceux des zones rurales en dotant ces derniers d’infrastructures (routes, systèmes de communication, écoles centres de la santé, etc.)

Dans cet ordre d’idées, la décentralisation joue un rôle important en ce sens que la justice sociale doit être conçue depuis le niveau où vivent les pauvres. Cela permet, à travers des structures représentatives locales, d’initier la réflexion, d’établir le dialogue, la concertation et d’aboutir à une prise de décisions conformes aux besoins de la population. Car, le développement ne se décrète pas, ne s’impose pas à ceux qui sont censés être développés. Le développement découle surtout de la représentation que se fait le commun des citoyens du bien être. Aussi, la commune comme structure économique et sociale est le lieu où se détermine le sens concret à donner au développement.

Cependant, avec la mondialisation, chacun des pays de l’Afrique est trop faible pour s’exprimer dans le monde. L’Union Africaine doit être une réponse à la mondialisation de nombreux phénomènes économiques, sociaux, culturels et politiques.

Le développement dépend aussi de la solidarité internationale qui doit tenir compte des réalités locales. Elle doit prendre en compte la dignité de l’homme. Cela vaut et pour les interventions bilatérales et pour celles multilatérales comme les institutions de Bretton Woods dont les actions ont surtout été négatives jusque là. Ces institutions ont aggravé le déséquilibre entre le Nord et le Sud. Elles doivent favoriser un système monétaire stable et la prévention des crises financières ainsi qu’un système financier qui permette le développement. D’autant que ces deux institutions ont construit leur hégémonie sur la pensée du développement et ont su utiliser cet investissement intellectuel pour asseoir leur pouvoir. Dans ce sens, il est aussi important qu’un système commercial, libre et équitable soit effectif afin de permettre la création d’emplois ainsi que la production et la distribution des richesses. Un environnement international propre à soutenir les efforts qui doivent être consentis au niveau national pour éliminer la pauvreté doit être mis en place. Il est alors nécessaire que s’installe une démocratie mondiale.

 Celle-ci n’est pas la somme des démocraties nationales. En tant que valeur, si on retient comme définition l’exigence pour les êtres humains de prendre en charge leur avenir individuel et collectif, la démocratie prend tout son sens à l’échelle mondiale. Les objectifs de la démocratie se sont précisés historiquement avec la recherche de la paix, la prévention des guerres et le règlement pacifique des conflits ; le respect des droits et des libertés individuelles et collectives ; la satisfaction des besoins essentiels et la justice sociale ; la maîtrise par chaque collectivité de son avenir. Ces objectifs renvoient bien aux contradictions majeures de la société mondiale actuelle. Les pays en développement et ceux développés ont tous intérêt car, la communauté internationale ne saurait ignorer le risque que la marginalisation de certaines contrées entraîne pour l’équilibre géopolitique mondial.

 

Conclusion

 

Le plus grand scandale n’est pas que la pauvreté et les injustices sociales existent, mais qu’elles n’aient pas encore disparues alors que le monde a les moyens de les éradiquer. Le temps d’agir est venu n

 

Domba Jean-Marc Palm

Maître de Recherches

INSS/CNRST


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