CDP :Le SEN pris au piège de sa démocratie populaire

Publié le lundi 17 septembre 2012

Par Germain B. Nama

Tout le Burkina s’intéresse à ce qui se passe au sein du CDP. Que l’on soit de la majorité ou de l’opposition, de la société civile ou des milieux traditionnels ou religieux, aucun burkinabè réfléchi ne peut rester indifférent à la vie de ce mastodonte même vieillissant. Cet intérêt tient moins au mérite des hommes qui animent ce parti qu’à la place centrale qu’il occupe sur l’échiquier national en tant que parti au pouvoir. Le processus de désignation des candidats aux élections couplées de décembre 2012 vient de commencer. Et comme il fallait s’y attendre, il provoque des crispations et des conflits en raison des enjeux de pouvoir qui s’y attachent. Il faut reconnaitre à ce parti le mérite d’avoir opté pour une formule largement ouverte aux acteurs de base, même si celle-ci en raison de sa nature est à la merci de toutes les influences. Malgré la volonté des principaux responsables du parti de prioriser l’image positive globale du candidat par rapport au classement, on voit bien que sur la base des comptes-rendus des médias c’est plutôt le classement qui s’impose comme le principal référentiel. La conséquence logique, c’est que le secrétariat exécutif national se trouve quasiment sommé de s’en tenir au classement, faute de quoi il sera coupable de mépriser la volonté de la base. Il y a là une volonté de manipulation tendant à présenter comme décisif ce premier niveau d’évaluation. Que fait-on alors des autres critères d’appréciation et notamment ceux qui relèvent du pouvoir discrétionnaire du secrétariat exécutif ? On ne peut oublier que le dernier congrès du CDP a pris des directives relatives aux quotas portant entre autres sur les femmes et les jeunes. A cela, il faudrait aussi ajouter des critères non officiels tels que l’origine géographique du candidat, le potentiel électoral de sa communauté, son niveau d’instruction etc. sans oublier que le secrétariat exécutif peut aussi faire valoir sa connaissance directe de certains candidats sur la base de leur expérience politique globale. Manifestement, ces considérations auront du mal à prospérer, non seulement en raison des enjeux de positionnement local, mais aussi pour bon nombre de candidats, de considérations purement alimentaires. Et pour cela, certains sont prêts à tout. Ce qui s’est passé dans le Kadiogo est assez symptomatique de l’état d’esprit de certains « grands camarades ». Que Assimi Koanda ait donné ou non son aval à cette mascarade n’y change rien. A qui veut-on faire croire que François Compaoré et Christophe Ilboudo ont été plébiscités par les responsables des structures du Kadiogo sur la base des cinq critères énoncés (militant actif, bonne moralité, connu dans la province, capacité à assurer la victoire du parti etc.). Le collège d’appréciation a sans doute été instruit à dessein pour obtenir le résultat que l’on brandit à des fins de manipulation de l’opinion. Mais en le faisant, on écorne un peu plus l’image du CDP, perçu comme une simple officine privée au service de quelques « moghos puissants ». Bien entendu, l’exemple du Kadiogo n’est qu’un symbole. Les exemples du genre s’ils ne sont pas légion ne sont pas non plus rares. On retiendra dans ce chapitre, le cas d’une section provinciale où un ancien ministre a été écarté de la manière la plus honteuse qui soit. En effet, ce haut cadre, même s’il n’appartient pas au cercle des grands militants, n’est pas moins un homme qui compte dans sa province, ne serait-ce que par son statut d’ancien ministre. Eh bien, il n’a bénéficié d’aucune grâce auprès des évaluateurs qui se sont plutôt comportés en bourreaux. La sentence de l’instance arbitrale fut en effet sans appel : ni militant actif ni de bonne moralité, inconnu dans la province et donc incapable d’assurer la victoire du parti. On notera en passant que bien qu’étant inconnu dans la province, ses évaluateurs affirment sans rire qu’il n’est pas de bonne moralité. Quelle ambiance !

 

C’est donc cet écheveau « merdique » que les plus hauts responsables du CDP sont appelés à démêler. La tâche s’avère d’autant plus difficile qu’il ne s’agit pas d’errements de militants de base peu instruits de la chose politique mais bien de stratégies de mise à mort d’adversaires politiques tramées dans des cercles de décision, et dont seule la maîtrise des canaux de communication interne ou parallèle aux structures permet à leurs auteurs d’en garantir le succès. Rendez-vous à la publication des listes définitives pour l’évaluation des dégâts.


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