Maître Titinga Frédéric PACERE à propos de Abbé Ambroise Ouédraogo, fondateur de l’ASFA-Y (Suite et fin)

Publié le mercredi 5 septembre 2012

Maître, le Club entre temps, a changé de nom pour devenir la Jeanne D’Arc de Ouagadougou (J.AO.), avez-vous des précisions à nous donner sur les raisons de ce changement, parce qu’apparemment à vous écouter, ce nom Charles Lwanga qu’il portait lui allait bien et était bien fondé.

 

-Me T.F.P. Le Club a effectivement changé de nom à l’anniversaire d’ailleurs de la décennie de sa naissance (1957) ; d’aucuns, extérieurs au Club, avaient pensé à un « Coup d’Etat » que nos Pays ne connaissaient en fait pas encore. Cette mutation de nom s’est passée uniquement pour des raisons de conjoncture et de l’histoire, mais l’esprit de la dénomination n’a pas changé puisqu’on passait d’un martyr extrême par le feu pour raison de foi (ici, la religion), pour un autre martyr pour raison également de foi, ici, l’Amour de la Patrie. Cette année là, (1957), le Club changeait de nom pour prendre le nom de Jeanne d’Arc de Ouagadougou (J.A..O.) à la place de Charles Lwanga. J’ai dit qu’il ne s’agissait pas de « coup d’Etat », car, c’est sous le second mandat du Club et dirigé à l’époque par l’Abbé Georges Yaogho, l’ALTER EGO de l’Abbé Ambroise, que le changement intervint. A l’époque, il y avait un nom à la mode pour les Equipes de l’Afrique de l’Ouest ou peut être mystique puisque toutes les victoires étaient entre les mains de ces Equipes sportives qui portaient toutes le nom de Jeanne d’Arc. On avait les prestigieuses Equipes de la Jeanne d’Arc de Dakar, la Jeanne d’Arc de Bamako. On peut facilement critiquer avec le recul que nous avons aujourd’hui ; mais objectivement pour l’époque. Le nom « Charles Lwanga » n’était pas connu. Fait important à l’égard même de la Chrétienté, les Martyrs de l’Ouganda ne seront canonisés que sous le Pape Paul VI (1964-1989). Au centenaire de leur martyr (1885 à 1887 pour leur ensemble), c’est dire que quand l’Abbé Ambroise choisissait ce nom de Charles Lwanga en 1947, il était certes visionnaire, mais, cela apparaissait prématuré car, la canonisation des Martyr n’était pas encore intervenue.

 

Il pouvait y avoir matière à débats ; le nom, par homonymie du milieu, prêtait aussi le flanc à la parenté à plaisanterie, voire à des sarcasmes au Stade, contre l’Equipe, surtout qu’une sérieuse Equipe rivale venait de voir le jour, 2 années auparavant, en 1955 (l’Etoile Filante de Ouagadougou, l’EFO) et semblait faire flèches de tous bois contre lui. Le nom de famille de Charles Lwanga, Lwanga qu’on prononce en Moré « Loanga », se traduit ici par « Rainette », par « Crapaud » ; l’Equipe devenait ici « Charles le Crapaud » et facilement les joueurs étaient appelés, « les Crapauds ». Le nom, n’apparaissait pas heureux pour le milieu ; en dehors de cela, au point de vu objectif, ce nom n’était pas connu ; il ne faisait pas recette comme on dit pour une Equipe Sportive à accepter de se prêter à flotter à tous les vents comme un fanion, un drapeau, à faire écho et publicité. A la période, une autre donne d’importance marquait les Associations sportives du Football ; celles-ci commençaient à proliférer. Les rivalités commençaient à se profiler à l’horizon ; le terrain de recrutement des joueurs de l’Equipe, nous l’avions dit, c’était le Quartier Bilbalogo et les Quartiers Saints à l’origine. A Bilbalogo et à la devanture de la Cathédrale, entrée Nord était venu s’installer Mr Traoré Raoul Gabriel avec le siège ici de son Equipe Sportive de Football, le Racing Club de Ouagadougou (RCO) ; cette proximité géographique sinon identification géographique était préjudiciable à l’Equipe. Une solution judicieuse était d’avaler cette équipe en l’intégrant ; mais la prise immédiate du nom Charles Lwanga par une Equipe intéressée qui voulait fusionner avec cette première Equipe, supposait la disparition sans compromis du nom du Racing Club de Ouagadougou qui souhaitait fusionner avec cette Equipe. Un nouveau nom serait plus indolore pour le Racing à intégrer ; devant l’engouement du moment pour les Jeanne d’Arc, et pour les différentes raisons que j’ai eu à évoquer, le Club décida de prendre le nom de « Jeanne d’Arc de Ouagadougou » (J.A.O.) comme les autres grandes Equipes de la sous- région et que le nom passe plus facilement dans les familles, les marchés, les Stades et convienne aussi au Racing Club qui entrerait. Cela se fit évidemment en accord avec l’Abbé Ambroise puisque l’idée était de la présidence de l’Abbé Georges Yaogho, son ami et éternel compagnon.

 

-Maître, pour une deuxième fois de son Histoire, l’ASFA-Y a eu besoin de se rebaptiser alors que vous en étiez le Président. Comment êtes vous arrivé dans le Club et en être son Président et quelles ont été vos motivations du moment pour le changement du nom de ce Club et quel Nom ?

 

-Me T.F.P. Je suis rentré des Etudes en 1973 ; en 1975, mon domicile s’est trouvé être face à l’entrée principale du Stade Municipal, au Quartier Samandin-Bilbalogo, en plein fief donc de la J.A.O. J’aimais le sport et avait eu à le pratiquer du Primaire à l’Université, j’étais Gardien de Buts ; c’était normal qu’ayant rejoint le Pays, je cherche à m’intégrer dans une équipe ne serait-ce que pour être Membre et garder l’esprit sportif. Pour l’époque, cela est normal, indiqué et se poursuit, les Equipes se cherchaient des Personnalité de forte influence, forte audience dans l’opinion pour leur propre auréole et « image de marque ». Ainsi, lors de la Première République (1960-1966), la JAO avait pour personnalité de référence, le Ministre Maxime Ouédraogo qui était même Ministre de la Jeunesse si mes souvenirs sont exacts. L’évocation de son seul nom faisait trembler toutes les Equipes adverses ; il a malheureusement du connaître brutalement une chute et une traversée de désert au Politique dont la conséquence sera terrible pour la JAO. On raconte que le jour de sa destitution, la JAO qui menait sur le terrain d’une compétition à ce même stade de son origine , apprenant la nouvelle à la mi-temps, l’équipe connut à la fin du match, la défaite la plus cuisante de son Histoire. Quand j’arrivai au Quartier Bilbalogo, il se fait que ma maison, outre qu’elle jouxte le Stade Municipal Stade de la JAO d’origine, avait pour porte d’en face, la maison même de Mr Maxime Ouédraogo ; le fait pour moi de me retrouver à la J.A.O. sur démarches auprès de moi apparaissait normal et des plus indiqué. Une autre raison me fut avancée quand j’étais déjà à la tête du Club ; « en face », l’équipe adverse de toujours, l’Etoile Filante, à mon arrivée au Pays, avait pour tutelle une personnalité qui faisait épouvantail comme Mr Maxime Ouédraogo le fut pour la JAO dans le passé. Son nom était chanté dans les Bars, les Restaurants, les discothèques, les orchestres, les marchés ; c’était Mr Mamadou Simporé. Il fallait son pendant à la J.A.O. ; nous nous connaissions lui et moi, en fait et nous étions des amis ; mais peu importe ; pour des supporters, si l’un est d’un côté, l’autre doit être de l’autre côté ; me voilà donc, à la J.A.O. Je suis entré dans le Club à sa tête en 1977 et suis resté à ce Poste jusqu’en 1982 ;

 

Concernant le Changement du nom de l’Equipe qui allait prendre celui de Yennenga Club de Ouagadougou (Y.C.O.) à la place de Jeanne d’Arc de Ouagadougou (J.A.O.), je crois que cela aussi est dû à un problème de conjoncture, mais aussi de tempérament et de nature, de convictions d’hommes en regard de la Culture et des valeurs cardinales du Pays. Les deux dénominations précédentes du Club se justifiaient chacune ; mais aussi, il a fallu seulement tenir à chaque fois, compte du temps et des actualités. Il s’avère que l’identité culturelle des personnes et des institutions doit relever du respect et du sacré ; l’initiative de changer le nom du Club, du moins et surtout, d’africaniser le nom m’apparaissait d’intérêt qui respecte tant le Pays, l’Afrique que tout l’esprit de mes Devanciers. Tous les Présidents du Club vivants à l’époque dont les Abbés Ouédraogo Ambroise et Georges Yaogho, toutes les Autorités morales liées au Club dont l’Archevêque (le Cardinal en raison de l’origine du Club), Sa Majesté le Mogho Naba) (toutes ces Autorités morales, témoignages de sympathie et non officialisation de position) penchaient intimement pour l’africanisation du nom. Il y eut des travaux préparatoires de réflexions du Club et une Assemblée Générale que j’ai présidée, le 19 février 1978. Par majorité sans équivoque de 108 voix contre 16, cette Assemblée Générale a décidé de faire prendre le nom africain et Voltaïque (burkinabè) de l’Amazone Yennenga par le Club. Celui-ci deviendra aussi le premier Club Omnisport du Pays sous mon Mandat ; il portera désormais le nom de « Yennenga Club de Ouagadougou » (YCO). Je présidais à l’époque également le Comité Interclubs de la Ville de Ouagadougou qui regroupait l’entièreté des Clubs Sportifs de la Ville. Le Récépissé de Déclaration d’Association (JAO) avec Renouvellement du Bureau Exécutif et Modification de Statut pour nouvelle dénomination (« Yennenga Club de Ouagadougou ») sera le N° 77/IS/DGI/DAF du 22 Mars 1978 du Ministre de l’Intérieur et de la Sécurité .

J’ai quitté la direction du Club en 1982 tout en restant, à ce jour par Elévation, Président d’Honneur. Plus tard, le Club prendra et portera jusqu’à nos jours, la dénomination de Association Sportive du Faso-Yennenga (ASFA-Y) ; je n’étais pas au Pays lors du changement et depuis d’ailleurs, pour des raisons professionnelles, je suis hors du Pays, dans les Grands Lacs et hors du Continent, au service des Nations Unies. Je n’ai pas de renseignements concernant cette mutation du Club au sujet de sa dénomination actuelle, intervenue après mon Mandat. Je signale qu’accompagnait le changement de nom, la fixation des Couleurs pour le Club ; en ce sens, les Couleurs que nous avions retenues pour le Club au moment du changement de nom à savoir le Jaune et le Vert sont restées les mêmes à ce jour (34 ans). Je précise que nous avions ajouté une couleur un peu neutre pour des éventualités de croisements multiples de Clubs à pouvoir créer des difficultés d’identification ; il s’agit de la Couleur Blanche à être en réserve en cas de nécessité. 

 

-Maître, le Père Fondateur de l’ASFA-Y avait-il continué de garder des liens avec le Club ?

 

-Me T.F.P. Il y a une Culture et une pratique qui semblent avoir été établies et figées pour toute l’histoire du Club. Tous les Comités Directeurs se sont fait l’honneur de systématiquement convier tous les anciens Présidents dont le Président Fondateur du Club à prendre part à tous les grands évènements du Club. Les Assemblées Générales Annuelles par exemple ou les grandes décisions à prendre sur la vie du Club ; ce fut ainsi en tout cas, sous mon Mandat. En sens inverse, tous les Anciens Présidents ont tout fait pour garder des liens étroits avec le Club si tant est qu’ils sont sur le Territoire. Il faut aussi reconnaître que l’âge peut jouer, et le Père Fondateur est décédé à 93 ans ; il y a aussi la fatigue et l’indisponibilité physique qui peuvent intervenir. L’un des Présidents fut même un mutilé de Guerre ; une consécration physique aux activités du Club est parfois difficile ; objectivement, c’est difficile d’être actif réellement dans ces conditions. Concernant l’Abbé Ambroise Ouédraogo particulièrement, Il est ce que le milieu culturel appelle « Ten-kugri » ce qui signifie pierre angulaire. La pierre sacrée qui a fondé l’origine d’une Institution, qui ne se déplace pas et qu’on ne peut déplacer. Ce prêtre ne s’est jamais départi, éloigné du Club. Sous mon mandat, je l’ai consulté plusieurs fois. Quand j’ai décidé d’africaniser le nom du Club, il fut évidemment la première personne que j’ai contactée prioritairement et par déférence. Pour vous donner une précision révélatrice de son attachement au Club jusqu’à pratiquement sa disparition, l’ASFA-Y a eu à tenir une Assemblée Générale le 23 septembre 2006. Il y a donc de cela 6 ans seulement ; le Président Ouédraogo Ambroise avait 87 ans. Avisé, il est venu à Ouagadougou à cette Assemblée Générale, apportant son soutien, ses encouragements ses Conseils au club. Il a réitéré et manifesté sa Bénédiction au Club, à ses idéaux, à ses objectifs. Il est donc resté 65 ans (1947-2012), Responsable, Militant et Membre actif de ce Club.

 

-Me PACERE, je vous remercie de votre disponibilité et de cette foule d’informations tant sur le Père Ambroise, Fondateur de l’ASFA-Y qui nous quitte, que sur l’histoire du Club et l’histoire du Football dans notre Pays.

 

Ouagadougou le 5 Août 2012

ITW réalisée par J J Traoré


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