Ramadan 2012 Un moment de solidarité contre la précarité

Publié le mercredi 5 septembre 2012

Les fidèles musulmans du Burkina Faso ont vécu le
mois de Ramadan de cette année dans un contexte d’insécurité alimentaire. Les
actes de charité déployés durant tout le mois ont été salutaires pour les
ménages et personnes en difficulté. Les associations islamiques ont été dans ce
sens les plus entreprenantes. Nous avons rendu visite à certaines d’entre elles
afin de mieux cerner l’envergure de cette solidarité.
Pendant que le mois de
Ramadan s’éclipse, nombres de jeûneurs commencent à en avoir la nostalgie. Les
difficultés qu’ils avaient à manger à leur faim ont été allégées durant tout ce
mois par les œuvres de générosité. Les plus notoires sont celles des
associations. Centre Africain de Diffusion Islamique et Scientifique (CADIS),
Cercle d’Etude, de Recherche et de Formation Islamique(CERFI), Association des
Elèves et Etudiants Musulmans au Burkina (AEEMB), Islam Solidaire (IS) ont
constitué les points d’escale de notre visite. Le moins qu’on puisse dire c’est
que ces associations affichent une réelle volonté à satisfaire les démunis.
Notre entretien avec Maître Ahmed Simozrag, fondateur du CADIS nous a beaucoup
édifiés. Avocat de profession, expulsé de la France où il exerçait pour avoir
défendu le Front Islamique du Salut (FIS), il est assigné en résidence
surveillée au Burkina Faso depuis 1998. Pendant le Ramadan il fait préparer une
importante quantité de nourriture qu’on achemine sur plusieurs sites notamment à
la Maison d’Arrêt et de Correction de Ouagadougou (MACO), à l’université de
Ouagadougou chez les étudiants, au CADIS, à des mosquées de différents secteurs
notamment à la mosquée Lamizana. En plus il destine environ 500 000Fcfa en
espèce à des personnes dans le besoin. Nous avons été témoin d’une distribution
de vêtements à partir de son domicile sis à la zone du bois. Malgré toutes ses
actions de bienfaisance, l’homme de droit se dit défaillant.

Les deux structures non moins engagées au regard de l’envergure de leur
action sont le CERFI et l’AEEMB. La mosquée du CERFI située aux 1200 logements a
la réputation d’être celle des intellectuels. Elle est très bien organisée.
L’Imam Guitti Abdoulaye, l’un des Imams de cette mosquée avec qui nous nous
sommes entretenus est un sociologue. Chaque année, à l’approche du mois sacré,
un budget spécial destiné à la prise en charge des nécessiteux est voté. A cet
effet des ressources de toutes natures sont collectées auprès de généreux
donateurs et redistribuées. C’est ainsi que des familles en difficulté reçoivent
des vivres notamment du riz, de la pâte alimentaire, du sucre avec de l’argent
afin de jeûner dans de meilleures conditions. Dans l’enceinte de cette mosquée
tenant également lieu de siège social, à l’heure de la rupture, les jeûneurs se
retrouvent autour de repas communautaires. Parmi eux on retrouve les habitants
du quartier, des étudiants fréquentant les grandes écoles de la zone et d’autres
personnes de passage. En outre, un comité ad hoc se charge de collecter la zakat
el fitr (aumône purifiant le jeûne des manquements) dont chaque fidèle doit
s’acquitter à la fin du Ramadan. Cette ressource est encore reversée aux
familles pauvres mais cette fois pour permettre de participer à la fête de
l’aïd-el-fitr. Il faut préciser que ce fonctionnement est identique au niveau de
chaque antenne à travers tout le pays.

Quant à l’AEEMB, pendant le Ramadan, son soutien aux démunis est assez
remarquable. Un budget de trois millions a été voté pour le Ramadan 2012. Chaque
soir, environ 200 personnes se regroupent à son siège pour la rupture du jeûne.
Ses démembrements institués dans toutes les provinces du Burkina travaillent
également à satisfaire les fidèles. La collecte de la zakat el fitr a pu faire
le bonheur d’environ 850 personnes. L’association offre aussi un festin le jour
de la fête aux étudiants qui sont loin de leurs familles.

L’Islam solidaire est une jeune association née en 2003. Elle s’illustre
beaucoup plus pendant le mois de Ramadan à travers les ruptures communes tenues
chaque dimanche dans une famille donnée. Elle cible des lieux à forte
concentration d’indigents afin de leur offrir de la nourriture tous les soirs.
Le jour de l’aïd-el-fitr, un repas communautaire est également organisé à leur
intention.
Ce n’est pas sans difficultés que ces associations agissent aussi,
certaines associations se tournent vers l’Etat pour demander de l’aide. C’est
dans la logique des choses puisque l’Etat sollicite aussi les prières des
religieux !

Amidou Traoré


 L’Amir de Ahmadyya à propos de la
fête

En ce jour de la fin du jeûne de ramadan, quel est le message
que vous avez livré à vos fidèles ? Merci, le jour de l’Aïd el fitr, on est
content parce que Dieu nous a donné la chance pendant le mois de carême de mieux
se rapprocher de lui par les actes d’adoration. Parce que nous avons appliqué le
verset coranique qui dit "c’est toi seul que nous adorons, c’est a toi seul que
nous implorons secours ". Et si on a trouvé la chance de beaucoup adorer Dieu et
de se rapprocher de lui, nous devons être contents. L’objectif de cette fête
n’est cependant pas d’être content parce que le mois de Ramadan est passé, mais,
c’est d’être content parce que Dieu nous l’a accordé et que nous avons pu jeûner
et poser des actes d’adoration. Mon message est de dire aux fidèles que la bonne
relation qu’on a eue avec Dieu doit continuer après le ramadan. Par exemple, si
on commencé à prier seulement pendant le ramadan, on doit continuer de le faire
après ; si on a cessé de mentir pendant le ramadan, après ce mois, on ne doit
pas recommencer à mentir. C’est cela le vrai sens de cette fête.
Y a-t-il un
lien entre ce que vous dites avec la charia dont allez profiter de l’occasion
pour décrypter le sens aux fidèles musulmans et à tout le public en ces temps où
on en parle beaucoup dans la sous-région ?
Moi je pense que c’est lié à la
mauvaise compréhension par certains mouvements, c’est leurs propres avantages
qu’ils cherchent. Ce qu’ils font (au nord Mali), la charia n’a pas dit ça. La
vraie charia c’est d’appliquer le saint Coran sur soi-même. La charia ne dit pas
seulement de couper la main. Elle dit de couper la main, mais avec beaucoup de
conditions. Si ces conditions là ne sont pas réunies, la main ne saurait être
coupée. Le prophète (paix et salut sur lui) dit que le vrai djihad, c’est contre
vous-mêmes, vos propres passions. Il ya 700 ordres dans le coran et la charia
voudrait qu’on applique ces 700 ordres sur nous-mêmes et là, nous n’auront pas
besoin de courir derrière des voleurs pour leur couper leurs mains.
Vous avez
une dernière recommandation aux fidèles ?
Mon mot de la fin est de remercier
le bon Dieu car il nous a donné différentes mentalités et tous, nous devons
prier pour la paix. Si non, si nous n’avons pas la paix, nous ne pouvons pas
parler de charia. Donc prions pour que règne la paix dans notre pays le Burkina
Faso.

Propos recueillis par WB


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