Massacre de Lonmin : Un anachromisme post-apartheid

Publié le mercredi 5 septembre 2012

Une mère est morte. Elle s’est d’abord évanouie, puis transportée à l’hôpital de Eastern Cape, elle rendra l’âme. Elle n’a pas supporté d’entendre la nouvelle sur la mort de son fils, Phumzile Sokhanyile. Il faisait partie des 34 grévistes fusillés par la police sud africaine ce jeudi 16 août 2012 à Marikana, près de Johannesburg. Au total, il ya eu 44 morts, 78 blessés, et 259 arrestations.

Cette fois-ci, c’est la police qui est l’auteur de cette tragédie. La police supposée assurer la paix et protéger les citoyens. Certains diront que les grévistes étaient armés de lances et de machettes. Et je leur dirai que malgré cela, la police n’a nullement le droit de tirer sur eux. Aucune excuse ne peut justifier l’attitude de cette police-là, de surcroît la police de la première puissance du continent africain. La tuerie perpétrée par la police, prouve seulement, qu’elle manque de professionnalisme, de l’aptitude à canaliser une foule, de surcroît une foule en furie affirme Paul-Simon Handy, directeur de recherche à l’Institut de recherche sur la sécurité basé à Pretoria en Afrique du sud.

 

Cela rappelle l’apartheid

Le massacre des mineurs le jeudi dernier rappelle donc celui de Sharpeville le 16 juin 1976. Des jeunes seront massacrés parce qu’ils protestaient contre l’obligation à eux faite par le régime de l’apartheid d’apprendre l’Afrikaans. Mais la seule différence entre Marikana et Sharpeville c’est que Marikana a lieu sous Zuma, un chantre de l’ANC. Malheureusement, plusieurs années plus tard, les enfants et petits enfants de ceux qui ont décrié et défié le régime de l’apartheid et ses actions sont tués sans que Zuma ne s’offusque. 

De ce fait, Phumzile mort, sa mère également partie, qui s’occupera des cinq enfants et de la veuve ? La compagnie britannique, Lonmin, affirme qu’elle prendra en charge la scolarité des enfants. Elle se chargera également des frais de scolarisation des enfants des 33 autres grévistes tués par la police et des frais des funérailles. Cela remplace t-il la tragédie vécue par ses enfants ? Ces travailleurs, qui vivaient près de la mine, dans des abris de fortunes faits de tôles et de bois, demandaient depuis le 10 août 2012 dernier seulement des salaires équitables. Après avoir menacé de licencier les travailleurs s’ils ne reprenaient pas le travail, Lonmin, le 3e producteur mondial de platinum a fini par dire qu’elle respectait la semaine de deuil décrétée par le gouvernement sud africain, au lendemain du massacre. Benao Betibié, avocat burkinabè et expert en questions minières dit être offusqué par le fait que la compagnie britannique déplore les pertes de recettes dues a la grève plus que les pertes en vie humaine. A ce propos, l’écrivaine ivoirienne et professeure d’université à Johannesburg, Véronique Tadjo, dira « on se demanderait dans quel monde se trouve les gens de cette compagnie » tellement le comportement et les propos de la compagnie britannique sont jugés inappropriés.

 

La lutte continue

Les actions des grévistes de Marikana font tache d’huile. Ce mercredi 22 août 2012, Anglo American Platinum, premier producteur mondial de platine et le Royal Bafokeng Platinum ont affirmé que leurs employés exigeaient également des hausses de salaire.

D’ailleurs concernant la mine de Marikana, Xolani Ndzuza, le leader des grévistes affirme que lui et ses collègues ne reprendront le travail que si et seulement si il ya hausse de salaire comme ils l’exigent. Et même si cette augmentation avait lieu, elle ne pourrait jamais effacer le sang versé dans la lutte pour de meilleures conditions de vie des mineurs.

Ndzuza demande aussi la relaxe pure et simple des 260 grévistes arrêtés par la police. Mais depuis le 20 août dernier, le jugement des grévistes arrêtés a déjà commencé. Encore habillés de vêtements ensanglantés, ces grévistes apparaissent devant la cour. La cour les accuse de troubles à l’ordre public. Dehors, les femmes crient leurs frustrations et veulent la libération de leur époux, père, et fils.

Les anciens leaders de la ligue jeune de l’ANC, Floyd Shivambu et Julius Malema ont été les premiers à réconforter les familles des mineurs et les grévistes eux-mêmes. Puis, ils ont aidé les grévistes à déposer une plainte contre la police pour meurtre. Les anciens leaders de la ligue des jeunes de l’ANC promettent honorer les frais nécessaires aux procédures engagées. Sur ce coup, ils ont coupé l’herbe sous les pieds de Zuma. Lui avait préféré rencontrer les responsables de la mine de Marikana. Aussi, les grévistes se disent choqués par son attitude. Et « à bas Zuma » est devenu depuis lors leur slogan favori. Certes le puissant syndicat, la Cosatu, et le SACP sont maintenant affiliés à l’ANC dans une union tripartite. Et du fait que toutes ces structures déplorent ce qui est arrivé, mais ne le condamne nullement pas, nombreux sont les ouvriers et les sud africains qui disent attendre la prochaine élection présidentielle pour rappeler Zuma à l’ordre. Sentant le danger venir, le gouvernement de Zuma est devenu stratégique. « Je vous supplie. Je vous supplie et je m’excuse. Et vous demande de nous pardonner du fond de votre cœur » a imploré, Mapisa-Nqakula, le ministre de la défense aux grévistes le mardi 21 à Marikana. Apres cette demande de pardon, Zuma a pu donc aller ce mercredi 22 août 2012 à la rencontre des grévistes.

 

Plus jamais ce type de massacre sur le continent

Pour éviter des nièmes bains de sang massif, le politologue Achille M’ Bembe, professeur d’histoire et de sciences politiques à Johannesburg pense que seul l’établissement de véritables institutions démocratiques garant de la protection des droits, une opposition réelle, indépendante, et forte peut entre autre sauver l’Afrique du sud, les mineurs et toutes les couches sociales qui luttent pour un meilleur devenir. Outre cela, l’avocat burkinabè, Benao Betibié, suggère la mise en place d’une convention collective propre au secteur minier. Cette convention est l’outil le plus approprié pour protéger les travailleurs de ce secteur, pense l’avocat burkinabè. Et tout comme l’Afrique sud, le Burkina Faso a connu plusieurs bras-de-fer entre employés locaux spoliés et compagnies occidentales prédatrices sans que le gouvernement burkinabè ne dise mot, frileuse de courroucer des compagnies qui en plus d’exploiter les travailleurs locaux s’enrichissent sur leur dos et spolient notre pays. Espérons que la tragédie de Marikana serve de leçons à tous et encore plus aux compagnies minières du Faso et a notre gouvernement.

 

Ramata Soré


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