Élections couplées : Que peut espérer l’opposition

Publié le mercredi 5 septembre 2012

Pourtant la situation ne lui a jamais été aussi favorable. Mais à quelques jours de la clôture des listes électorales, les partis de l’opposition n’ont toujours pas montré qu’ils pouvaient s’organiser pour en tirer profit. L’exemple Sénégalais n’a pas encore atteint nos rives.

 

Comment les partis de l’opposition vont-ils aborder le scrutin de décembre ? C’est vrai qu’ils en font tellement peu, qu’on est réduit à ne parler que du CDP, de la FEDAP/BC et des membres du « Front de refus CDP ». Eux-mêmes au niveau de l’opposition faute de pouvoir offrir une autre alternative crédible sont devenus les colporteurs des problèmes du CDP. Dans leur majorité, les leaders de l’opposition se préoccupent d’abord de savoir ce qui se passe au CDP, plutôt que de penser comment en profiter pour pousser leurs pions. 

 

Entente impossible !

 

La messe est apparemment dite sur une éventuelle coalition suffisamment forte de l’opposition pour aborder les élections de décembre. Un « Benno Burkina » est complètement inimaginable. Pourquoi ? Parce que contrairement au Sénégal, l’opposition burkinabè n’a pas encore Blaise qui lui sort par les pores. Beaucoup sont plutôt favorables à son maintien et au maintien de son système qui, quoiqu’on dise, semble faire leur affaire. On n’est pas encore rendu au stade du Sénégal, où s’était « ou chasser Wade ou périr ». L’opposition burkinabè considère encore Blaise Compaoré comme un moindre mal. Alors ils peuvent toujours se concentrer sur les querelles clivées. En ces derniers instants des préparatifs d’un scrutin aussi crucial, que les couplées à venir, ils sont réduits toujours à médire l’un de l’autre.

 

UPC « collabo » ?

 

Des rumeurs sur la collaboration entre l’UPC
et le CDP courent et des bruits sur le rapprochement
avec Hermann se font entendre

Dans certains milieux, la thèse d’une collaboration cachée entre UPC et CDP ou même FEDAP/BC est largement distillée. Il se dit que chacun des deux clans qui se battent pour le contrôle du CDP, ont décidé, on ne sait comment, de préférer l’UPC, si d’aventure il devait sortir perdant dans le positionnement sur les listes électorales. Ces rumeurs, aucunement étayées, suffisent, dans certains milieux de l’opposition, à ostraciser le parti de Zéphirin Diabré. Un autre grief, celui-là, aux allures de faute morale, c’est cette autre rumeur sur une éventuelle alliance entre UPC et UNDD. La perspective d’un rapprochement avec Hermann Yaméogo fait pousser des cris d’orfraie. Aux yeux de certains ce serait l’erreur fatale. Toute cette concentration d’attention, et parfois de calomnies, est certainement en rapport avec le positionnement actuel de l’UPC dans l’opinion nationale. Il n’y a pas de sondages connus sur la question, mais prosaïquement les avis convergent pour dire que c’est le parti de l’opposition qui a le vent en poupe. Au sein de l’UPC, même si on se refuse de l’admettre, quelques comportements trahissent cette conviction et poussent à des attitudes interprétées parfois au mieux comme de la suffisance au pire comme du mépris envers les autres considérés comme quantité négligeable. Or toute l’intelligence d’un parti qui a le vent en poupe aurait été de savoir se positionner en locomotive pour donner de « l’allant » à ceux qui peuvent paraître des wagons. L’UPC le réussira t-il ? C’est peu probable vu que les listes du parti, sont déjà arrêtées. Peut-être une éventuelle alliance avec l’UNDD ? Mais sa divulgation n’est-elle pas déjà trop tardive pour espérer produire les effets escomptés ?

 

Hama Arba Diallo et le Dima de Boussouma semblent avancé sur le projet d’alliance

Arba et le Boussouma

en tandem

 

Il s’agit là d’une information et non d’une rumeur. Le parti de Arba Diallo, recomposé, le PDS/METBA serait en pourparlers avancés avec le parti du Dima de Boussouma pour une alliance électorale dans le cadre des prochains scrutins couplés. Une telle alliance devrait permettre à tout le moins de consolider les bastions, presque imprenables, des deux leaders charismatiques des deux formations. Au Sanmatenga, par exemple, avec une telle alliance, Philippe Ouédraogo devrait pouvoir retrouver le chemin de l’hémicycle et le Boussouma renouveler son bail. Localement donc, c’est une alliance qui devrait permettre de consolider les acquis, avec des effets attendus sur l’axe Korssimoro-Boussouma-Pissila-Tougouri-Yalgo-Bani-Dori. Le parti de Arba Diallo avait déjà réussi des percées significatives sur les deux dernières villes aux municipales de 2006. L’excellent mandat de Arba à Dori, devrait servir de catalyseur et attirer principalement d’autres communes du Sahel. En matière d’eau potable et d’assainissement Dori a réussi ce qu’aucune ville du Burkina n’a pu faire. Assurer l’eau potable à tous les ménages, par une approche « pro-pauvre ». Les familles sont raccordées aux réseaux de l’ONEA grâce à une subvention de la mairie. Chacune est seulement tenue de contribuer pour 20% en deux fois. Une moitié des 20% avant le raccordement et l’autre moitié des 20% payable en trois ans.

La commune est en train de mettre en place une mutuelle qui devrait garantir la pérennisation de l’approvisionnement en eau pour toutes les familles. Cette mutuelle, selon le maire, devrait permettre que l’on ne coupe jamais l’eau à une famille. En effet, le système est construit sur un minimum vital en eau assuré gratuitement pour chaque famille. Celles qui consomment au dessus de ce minimum vital, payeront le surplus. Toutes les familles qui seront dans le minima homologué, n’auront rien à payer à la fin du mois. Un procédé, plus que révolutionnaire, qui réconcilie, Arba Diallo avec ses humanités communistes. Un fonctionnaire international, en poste à Dori, dit de Arba que c’est un « Bolivarien ». Avec encore plus de mérite, puisque contrairement au pays de Bolivars, Arba réalise tout ça dans son patelin qui n’a ni pétrole, ni ressources significatives en eau. Son expérience de la gestion de la commune de Dori, en matière d’accès à l’eau potable et à l’assainissement mérite d’être suivie de près. Mais voilà, nous sommes au Burkina…

Dans la perspective de décembre, cependant, l’alliance avec le Boussouma n’aura pas un grand impact sur l’échiquier national. C’est plutôt une alliance à effet local. Peut-être d’autres formations en d’autres lieux du pays, avec des effets semblables pourraient significativement bouleverser la donne politique. Sauf qu’on y est loin.

 

Et maître Sankara dans tout ça ! 

 

Le moins qu’on puisse dire, c’est que le titre de chef de file de l’opposition est finalement un handicap. Maître Sankara et son parti abordent le scrutin couplé dans des conditions difficiles. Peut-être réussira t-il à sauver son siège, à l’assemblée nationale. Par contre il n’est pas certain qu’il sauve ce « poste de malheur ». De façon générale, les Sankaristes devraient être les parents pauvres du scrutin de décembre. Cette fois réellement, ils devraient payer chèrement leur inconséquence.

Me Sankara semble cavaler seul

L’opposition burkinabè, se prépare pour la énième fois à accompagner la victoire du CDP. Or justement, au sein du CDP même et pour la première fois, beaucoup se seraient réjouis de sa victoire. Certains seraient même près à y travailler. Mais que faire ? On ne peut pas être plus royaliste que le roi.


Commenter l'article (8)