Nous y sommes non ?

Publié le mercredi 5 septembre 2012

Par Newton Ahmed Barry

Il semble qu’en cette matière, c’est inutile de prévenir. Quand elle doit arriver, inéluctablement elle se produit. Ceux qui, les rares personnes devrais-je dire, ont le malheur d’avoir eu raison trop tôt sont considérés comme des « excessifs » ou carrément comme des oiseaux de mauvais augure. C’est que la bonne conscience des « gens biens » est difficile à mouvoir. De quoi parlons-nous au juste ? Des dérives communautaires dans notre pays évidemment. Gaoua vient de nous en donner une malheureuse illustration. Une fois encore, ce sont les peulhs qui ont essuyé la colère de ceux qui se considèrent « autochtones », dans une matière où il n’est pas établi qu’ils soient particulièrement réputés : Le sacrifice humain à des fins d’orpaillage. Pour les dégâts de champs oui, mais pas pour l’orpaillage, même si certains éléments de la communauté s’y adonnent, on ne peut pas dire que l’or c’est vraiment le fort des peulhs. C’est pour cela sans doute, que la ministre de la Justice, membre de l’équipe gouvernementale qui est allée demander pardon aux lobis et aux mossis, a « promis que les champs dévastés (sic) seront entièrement dédommagés par les propriétaires des troupeaux ». En l’espèce on ne voit pas bien le rapport, mais bon ! Passons.

 

Ce qui semble évident dans l’affaire de Gaoua c’est la réalisation du dicton moagha : « quand l’hyène, qui a pris goût à la chair humaine, a fini de manger les enfants des « talsés » (pauvres en mooré), il s’en prend inévitablement aux « naabissi » (enfants du chef) ». A Gaoua, la colère « légitime » des dits « autochtones », s’est d’abord dirigée contre les peulhs et puis a débordé sur les mossé. Comme ces derniers sont mieux organisés et plus représentatifs de la communauté nationale (ce n’est pas une critique), ils ont réagi et contraint tout le monde à se mailler. Mais ce n’est qu’un début. L’esprit « autochtone » tel qu’il s’est développé ces dernières années dans notre pays a créé le ferment d’une conflagration ethnique qui ne saurait tarder. « Mauvais augure » diront encore les bonnes gens. Sauf qu’il faut se rappeler ce que disait Norbert Zongo à propos de ces mêmes « gens biens ». Ils ne voient jamais rien arriver. Ils sont toujours surpris pour tout par « leur silence ».

 

Dans le Sud-ouest aujourd’hui, beaucoup plus qu’ailleurs, les germes d’une conflagration ethnique sont réunis. Elle va se produire si le gouvernement ne change pas sa méthode de gestion des crises. Elle sera plus brutale et plus violente, parce que cette fois, ce ne sera pas contre les peulhs. Même si au passage, ils pourraient être des victimes collatérales. Des informations documentées par les services agréés le montrent depuis maintenant une décennie. Le gouvernement ne veut pas y croire. Il a tort. 

 

D’un mot, disons quand même ce que nous pensons des cortèges « funèbres » ministériels. Le gouvernement a pris maintenant l’habitude d’arriver après les meurtres et de présenter, avec tout le trémolo possible, dans la voix, les condoléances de l’Etat aux parents des victimes. Est-ce vraiment cela qu’il faut attendre d’eux ? Leur rôle n’est-il pas de prévenir qu’on ôte la vie à aucun burkinabè ? Est-ce que les cortèges « funèbres » ministériels ont pu empêcher que les actes de violence se perpétuent ? 

Il y a depuis quelques jours un concert de bonnes consciences qui déclinent dans tous les registres du pathos, leur compassion au pauvre petit Francis Kambou de Tonkar. C’est humain ! Si au moins ce drame pouvait servir à prévenir que de pareils drames ne se reproduisent à l’avenir, le sacrifice de Francis aura alors servi à quelque chose.

 

Il est évident aussi, avec tout le respect que l’on doit à la douleur de la famille Kambou, que ce genre de faits divers macabres ne manqueront pas à l’avenir. Mais il est possible de prévenir que de pareils drames ne donnent lieu à des représailles et à la mort d’innocents qui ne sont impliqués ni de près ni de loin dans la commission du meurtre. L’Etat sait et doit savoir y faire face. Les maigres effectifs locaux des policiers et des gendarmes sont vite débordés. Les CRS arrivent parfois tard et en nombre insuffisant. Pourquoi ne pas requérir l’armée, même à titre préventif. Un déploiement massif de militaires juste après un drame pareil suffit à ramener la raison chez les plus téméraires des va t-en guerre. Sous le couvert de la colère populaire certains règlent des comptes. L’Etat ne doit pas leur donner cette occasion. Et puis la ministre de la Justice devrait-être aussi juste et équitable. Si « les propriétaires des troupeaux doivent payer », les vandales aussi ne sauraient demeurer impunis. Dans un Etat de droit, rien absolument rien ne saurait justifier « une auto vengeance ». Jusqu’à présent aucune voix autorisée n’a rappelé cela, dans la fermeté qui sied.

 


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