Lucarne citoyenne de l’Evé 240

Publié le mercredi 5 septembre 2012

Affaire Salif
Nabaloum à Bobo :
Une justice inéquitable fait le lit du
désordre

Prompt, le TGI de Bobo-Dioulasso l’a été quand il s’est
agi de juger et de condamner Salif Nabaloum et ses six camarades. En condamnant
M. Nabaloum à quatre ans d’emprisonnement ferme (48 mois) et à 1.500 000FCFA
d’amende, la justice a eu la main particulièrement lourde. Voilà des gens qui se
sont organisés pour prêter main forte à l’Etat afin que force reste à la loi et
qui se voient en retour payés en monnaie de singe. Le décret de suspension des
lotissements, voilà ce que Salif Nabaloum et ses camarades entendaient voir
respecter. En effet, malgré l’adoption de ce décret qui suspendait toutes
activités dans les zones en lotissement, il ne manquait pas de jour sans que des
contrevenants y posent des actes de défiance vis-à-vis de la loi. Au secteur 15
de Bobo-Dioulasso, ces derniers y étaient particulièrement actifs : attributions
de parcelles, activités de construction y avaient cours comme s’il n’en était
rien. Si ce n’est de la complicité de l’autorité administrative, ça y ressemble
vraiment. Devant ce laxisme, les résidents qui avaient intérêt à ce que les
choses se passent dans la transparence, se sont organisés en comité de veille
citoyenne sous la bannière de la Coordination pour la Transparence dans les
Opérations de Lotissement (CTOL). Une marche de protestation et de dénonciation
organisée le 3 juillet dernier ainsi que des actions diligentées au secteur 15
au cours desquelles brouettes, pelles et pioches ont été récupérées sur divers
chantiers, c’est cela l’objet du délit qui a valu l’arrestation de nombreux
résidents (une trentaine), détenus dans un premier temps au camp CRS de Bobo et
dont 7 parmi eux seront retenus dans les liens de la prévention par le TGI de la
ville de Bobo. En plus de la peine infligée à Nabaloum Salif, six autres
personnes seront condamnées à deux ans fermes et à 100 000FCFA d’amende. On
remarquera dans le même temps qu’aucune sanction n’a été infligée à ceux qui ont
enfreint la loi et qui ont de ce fait causé le désordre. Qu’est-ce que c’est si
ce n’est de la complicité ? En réalité, l’action de Nabaloum et de ses camarades
a heurté de puissants intérêts extrêmement protégés. Elle a ainsi révélé que des
alliances mafieuses ont été nouées pour s’assurer le monopole de juteuses
portions du domaine foncier. Ce n’est donc pas en déportant Salif et ses
camarades à la prison d’Orodora que l’on empêchera la colère légitime des
populations de Sya de se manifester. Aussi longtemps que la justice foncière
sera bafouée, la paix sera difficile à imposer à tous ces frustrés des
lotissements !

A la rencontre de Luc Duval
DG de la
BICIAB

Le 14 août dernier, notre directeur de publication,
accompagné du secrétaire de rédaction, a été reçu aux environs de 16H par Luc
Duval dans ses bureaux situés Avenue Kwame Nkrumah. La rencontre a été très
conviviale, en dépit des nombreux écrits acerbes publiés dans notre organe sur
la politique sociale du DG. Il n’y a eu ni éclats de voix ni invective, mais des
échanges courtois. Les deux hommes ont échangé sur leurs itinéraires
réciproques, histoire de mieux faire connaissance et dépasser ainsi les
considérations subjectives qui gênent souvent la communication. Entre un
français de culture berbère et un burkinabè qui n’a rien perdu des valeurs de
son terroir, il ne doit pas y avoir de place pour la langue de bois. Les
dossiers qui ont fait l’objet de nos écrits n’ont pas été passés sous silence.
Ils ont plutôt constitué l’essentiel des échanges et les divergences dans les
approches n’ont pas empêché quelques convergences, en particulier sur le rôle
central de l’institution judiciaire dans le règlement des conflits de travail.
C’est le meilleur moyen de préserver la paix sociale. Le rôle du journaliste
c’est justement de pointer du doigt les dysfonctionnements, dans l’intérêt de
tous.

Que l’on nous épargne ces choses là
 !

Des têtes couronnées posant devant des sacs de vivres.
L’honorable Laarlé Naaba exhibant le généreux donateur en train de s’exprimer
sur le sens du geste qu’il vient d’accomplir en cette période de soudure, le
spectacle serait du déjà vu et par conséquent assez banal si et seulement si. En
effet, tel que présentée, l’image donne l’impression que les heureux
bénéficiaires sont tous des naaba du terroir mossi et le message électoraliste
transmis par leur chef de file n’en est que plus significatif : faites le bon
choix le moment venu. Ensuite, le généreux donateur lui-même n’est pas n’importe
qui. Il s’agit de François Compaoré dont la récente OPA sur le CDP est encore
fraîche dans les mémoires. Alors, l’onde de choc voulu a produit des effets
immédiats sans doute contraires à ce que les acteurs eux-mêmes espéraient
vraiment : la communautarisation de la vie politique, contraire aux valeurs de
la république, a été retenue comme un des enseignements véhiculé par l’élément
télévisuel en question. Qu’un tel message soit associé à l’image de quelqu’un
que d’aucuns considèrent comme le dauphin putatif de Blaise Compaoré ne peut que
soulever de légitimes inquiétudes pour l’unité de la nation. Alors chers
politiciens, faites attention aux actes que vous posez. Certains sont lourds de
dangers pour le Burkina que nous aimons tous.


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