Combien vont rapporter les mesures budgétaires de LAT ?

Publié le dimanche 4 mars 2012

Les brochettes et les canettes de bière ont disparu cette année des traditionnelles
présentations de voeux. Certains sont même allés très loin dans l’application de
la mesure ordonnée par LAT. Quand on n’a même pas eu droit au plus petit
sachet d’eau ou à la musique qui dans nos sociétés africaines est présente même
dans le deuil, on peut s’interroger sur le sens d’une austérité aussi drastique. Les
mêmes responsables qui hier se montraient anormalement dispendieux sont devenus
brusquement diserts au point de friser le ridicule. C’est un signe qui ne trompe pas. La
mesure de LAT ne plait pas à tous. Elle heurte des habitudes établies où chacun trouvait
plus ou moins son compte. Pour le petit fonctionnaire éternellement déchard, quelques
cuisses de poulets arrosées de houblon, voilà qui permet de surmonter la triste grisaille
quotidienne. Et pour les quelques uns qui ont la chance d’être dans le circuit de la
dépense, l’occasion est propice pour faire quelques petites affaires. Mais les petites
affaires deviennent au fil du temps de grosses affaires. C’est ainsi que s’installe la spirale.
Dans la foulée, LAT a décidé de s’attaquer aussi à la perdiémite au sein de
l’administration publique. Seuls les perdiems prévus par un texte règlementaire
pourraient être maintenus. Autant dire qu’il n’y a plus de perdiems du tout. En général,
les prises en charge prévues par les textes et cela en cas de déplacement ont une autre
dénomination. Ce sont des indemnités (transport, logement, restauration).
Le coup est donc dur pour nombre de fonctionnaires pour qui séminaires et ateliers
rimaient avec perdiems. Le problème n’est pas de savoir si ces mesures sont justes. Il est
fastidieux de fournir un fondement légitime à la plupart des perdiems et Luc Adolphe
Tiao ne cachait pas son hostilité à la pratique qu’il trouvait injustifiable et en particulier
humiliante pour les professionnels des médias. Le problème c’est plutôt de savoir s’il y
a une volonté politique suffisamment forte pour maintenir durablement la mesure. Le
plus gros danger, c’est en effet le risque bien réel de la caricature. Les mesures même les
plus nobles si elles sont appliquées aveuglement peuvent se retourner contre leurs
auteurs. On sait tout le tort que les « CDR brouettes » ont causé à la révolution sankariste.
Luc Tiao a raison de vouloir s’assurer la maîtrise des dépenses budgétaires s’il veut se
donner une image de sérieux tant à l’interne qu’à l’externe. Il ne peut le faire qu’en luttant
contre le laisser-aller actuel caractérisé par des fraudes sur le fichier de paie, le non
respect des principes budgétaires qui cachent souvent des pratiques douteuses. Et pour
cela, il entend désormais se poser en arbitre vigilant de l’application de ses directives.
Rien n’est de trop quand il s’agit d’éviter le gaspillage : frais de mission, contrats
d’entretien, autant de postes soumis à la rigueur du plafonnement. Le ministère de
l’Economie et des Finances se voit attribuer le premier rôle dans le dispositif
d’assainissement budgétaire. Et pour garder le contrôle de ces initiatives, LAT exige des
rapports périodiques. Les défaillances dans l’exécution des marchés ainsi que
l’inobservation des règles budgétaires donneront lieu à des sanctions.
Voilà pour les intentions. On verra avec quelle détermination LAT traduira ces mesures
dans les faits. Pas évident qu’il puisse vaincre les résistances du milieu, à commencer par
la bureaucratie de l’administration financière qui dispose de nombreuses ficelles pour
dévoyer des mesures qui lui paraissent gênantes. En attendant, LAT gagnerait à publier
des chiffres. Par exemple, combien a-t-on économisé sur le poste des cadeaux et
événements festifs se rapportant à l’année 2012 ? Combien escompte-t-on à travers le
plafonnement des frais de mission et des contrats d’entretien ? Quel est l’impact des
mesures de rigueur portant sur la passation des marchés et le respect des principes
budgétaires dans les régies financières et en particulier à la douane ? Et surtout, les
Burkinabè ont besoin de savoir ce qui sera fait des économies ainsi réalisées. C’est tout
simplement une exigence de bonne gouvernance. Au moment où l’attention du
landerneau politique est absorbée par le calendrier électoral, le champ parait relativement
libre pour LAT pour travailler à asseoir ces quelques mesures de salubrité. Le temps que
les politiciens professionnels reviennent aux affaires et avec eux les mauvaises habitudes.

Par Germain B. Nama


Commenter l'article (4)