On ne gagne rien avec un Mali sous tutelle

Publié le mercredi 5 septembre 2012

Par Germain B. Nama

Tout le monde semblait avoir oublié l’ultimatum de la CEDEAO qui enjoignait les acteurs politiques maliens de former un gouvernement le 31 juillet au plus tard. Nous sommes entrés dans la dernière décade du mois d’Août sans que rien ne se passe. Pas de gouvernement, seulement un schéma, une architecture de la future direction et beaucoup de pourparlers. Le 20 août quand la liste du gouvernement tombe enfin, on avait fini par prendre la situation avec philosophie. A regarder de près, les maliens n’avaient pas tout à fait tort de traîner le pas. Car après tout, ce qui est en jeu, c’est le destin de leur pays. Certes, la menace terroriste ne concerne pas le seul Mali. Dans la stratégie des djihadistes, le Mali n’est qu’une tête de pont, une des bases d’une révolution islamiste qui se veut mondiale.

C’est d’ailleurs pourquoi combattants afghans et yéménites, algériens et djihadistes de Boko haram ont accouru pour soutenir leurs frères djihadistes du Nord Mali. La menace est donc bien réelle. Pour autant, on ne pourra venir à bout durablement de cette menace sans des institutions fortes au Mali et sans une armée malienne reconstruite et forte. C’est cela l’enjeu véritable. Malheureusement, les solutions en présence sont loin d’être à la hauteur des défis. La classe politique malienne est empêtrée dans des querelles politiciennes. La vieille garde défend bec et ongle ses positions, profitant de la bienveillance de la CEDEAO et de la communauté internationale, tandis que les autres, hier laissés pour compte, croient leur tour enfin arrivé. Ces derniers ont pour eux la base de la troupe fidèle aux putschistes et n’hésitent pas à entretenir les mécontentements populaires dans le but d’empêcher une normalisation sans frais. Dans ce bras de fer, il est pourtant possible de trouver le point d’équilibre qui sauvegarde les intérêts supérieurs de la nation malienne.

 

D’abord, la CEDEAO a intérêt à ravaler ses prétentions qu’aucun pays qui se respecte ne peut accepter en l’état. L’état de désorganisation de l’armée malienne, le sous équipement de ses troupes, les complicités en son sein qui ont permis l’agression du président intérimaire Diancounda Traoré ne peuvent justifier sa mise sous tutelle pure et simple, dans le processus de restauration de l’Etat et de reconquête du Nord. C’est à juste raison que le ministre malien de la Défense déclarait devant les chefs d’Etats-majors des pays membres de la CEDEAO réunis à Bamako, « que les forces de défense et de sécurité nationales sont et doivent rester le fer de lance de toute stratégie de sortie de crise… Nous acceptons la main tendue de nos frères de la CEDEAO. Nous l’acceptons en vous demandant de ne pas chercher à vous substituer ni aux forces de défense et de sécurité du Mali, ni au peuple malien ». C’est une simple logique. Les troupes africaines ont un devoir de solidarité vis-à-vis du Mali, mais il doit être possible aux maliens de déterminer eux-mêmes la nature de l’aide et l’ampleur souhaitée. Ce sont là des choses simples qui à priori ne devraient pas poser problème. Mais l’attitude de la CEDEAO qui a donné lieu à la mise au point des autorités maliennes a fait naître des suspicions. Pour les stratèges de la CEDEAO, les forces de la communauté ont vocation à être des forces d’interposition. On peut être sûr qu’une telle position ne peut qu’entraîner des divergences sur les objectifs de guerre. Car la vraie question qui se pose est la suivante : à qui appartient-il de définir les objectifs de la probable guerre ? Sur quelles bases négocier l’avenir de l’Azawad ? La communauté internationale qui a déjà son idée sur la question semble avoir embarqué la CEDEAO dans son sillage. Cela veut dire que l’avenir du Mali n’est plus entre les mains des maliens.

Or le devoir de solidarité impose seulement d’aider le Mali à exercer sa pleine souveraineté sur son territoire, pas à le placer sous tutelle. Sous ce rapport, les tergiversations de la partie malienne sont salutaires et Dioncounda avait parfaitement raison de ne pas vouloir passer en force comme l’y invitaient les faucons de tous bords. La libération du Nord n’est pas une fin en soi. Encore faut-il pouvoir tenir durablement les positions. Or, la CEDEAO ne connait pas de services après vente. Il importe que l’on aide le Mali à se relever dignement. C’est le prix à payer pour une paix durable dans notre sous-région. Il est heureux que la CEDEAO l’ait enfin compris si l’on en juge par les récents propos de Djibrill Bassolet à RFI.

 


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