Maître Titinga Frédéric PACERE à propos de Abbé Ambroise Ouédraogo, fondateur de l’ASFA-Y « A 87 ans, il participait encore aux AG du Club »

Publié le mercredi 15 août 2012

Un monument du Football burkinabè est tombé, un véritable baobab, une des racines du sport au Pays des Hommes Intègres ; l’homme, L’Abbé Ambroise Ouédraogo s’en est allé, le Mercredi, 25 Juillet 2012. Père Fondateur de Charles LWANGA , actuel ASFA-Y, le Prélat défunt a écrit les premières pages du football Roi en Haute Volta, aujourd’hui, Burkina Faso, Football naissant avec le Pays en 1947. Cet homme qui a endossé la soutane consacrant toute sa vie à Dieu, a connu une deuxième passion, le Sport-roi, le FootBall. Me Titinga Frédéric Pacéré, qui a présidé les destinées de l’ASFA-Y, celui-là même qui donna le nom Yennenga à ce Club en même temps que ses Couleurs, le jaune-Vert, revisite pour nous le riche héritage laissé par l’illustre disparu en faisant l’exégèse des racines du Club et du football dans notre Pays. Votre Journal l’a rencontré, apprenant la triste nouvelle du décès du Prêtre. En raison de la taille du document, nous avons décidé de le publier en deux éditions.

 

-Maître, qui fut tout d’abord et réellement le Révérend Père Ambroise Ouédraogo que le Burkina du football pleure, qu’a-t-il été pour le Pays en matière de Sport ?

 

-Me PACERE (Me P.T.F)  : Je vous remercie pour la considération que vous avez eue pour l’illustre disparu, sa mémoire ainsi que le club qu’il a eu à fonder, que j’ai eu l’honneur de présider en tant que 10ème Président, c’est-à-dire, après l’Abbé Ambroise lui-même, assisté du R.P.Bélot, puis, Abbé Georges Yaogho, Mr Hamidou Ilboudo, El Hadji Salif Compaoré, Mr. Nicolas Kaboré, Mr Pierre Ky, Mr Paul Vicens, Mr Tamboura Ousmane (1973-1975), Mr Paul Vicens (une deuxième fois, 1976-1977), puis moi-même de 1977 à 1982. 

L’Abbé Ambroise Ouédraogo est né le 20 octobre 1919 à Koupéla. A sa naissance, il lui fut donné le prénom traditionnel de Koudougou qui était celui de son Père ; son identité civile complète de naissance est Koudougou Ouédraogo . Baptisé par la suite, l’enfant prendra le prénom Catholique de Ambroise. En 1926, il sera inscrit à l’école primaire de Koupéla jusqu’à 1929 où il intégra le Petit Séminaire de Pabré qu’il fréquentera jusqu’en 1937 ; la même dernière année, il entrera au Grand Séminaire Saint Pierre Claver de Koumi (Bobo-Dioulasso). Son Ordination Presbytérale interviendra le 19 mai 1946. Son apostolat commence au Petit Séminaire de Pabré (1946-1949) en qualité de Professeur puis, Vicaire (1949-1954) à Ouagadougou ; c’est pendant ce séjour à Pabré et dans la Capitale qu’il créera le premier Club Sportif de Football ici et nous en parlerons, Charles Lwanga en 1947. Il aura, en qualité de curé, cette charge à Pabré (1954-1956), Ouargaye (1956-1960). Il retrouvera par la suite, sa région natale de Koupéla pour être le Directeur Diocésain de l’Enseignement de Koupéla, de 1960 à 1969 ; au terme de cela, il sera appelé aux fonctions de l’Aumônerie des Voltaïques à Abidjan ( Côte d’Ivoire), pour une année avant d’aller enseigner comme Professeur au Petit Séminaire de Baskouré (1970-1975) ; il poursuivra son apostolat comme Curé de Mogtédo de 1975 à 1996, soit 21 ans ; en raison de cette durée à Mogtédo, je voudrais ouvrir ici une parenthèse personnelle pour parler du mystère d’un enfant qui sera un lien entre l’Abbé Ouédraogo Ambroise et moi, en dehors du terrain du Sport ; l’enfant, qu’il prit dans une famille modeste à Mogtédo, s’occupait de la propreté de l’Eglise et était Servant de Messes pour ses Offices ; le soir, il apprenait à cet enfant, à lire « A et O » et à parler Français ; un jour, il se demanda pourquoi ne pas soumettre l’enfant au Certificat d’Etudes Primaires (CEPE) en collaboration avec un autre de ses collègues Prêtres de la Paroisse, le Père Laurent Naré ; l’enfant réussit et avec Brio ; son âge, malheureusement était avancé pour une scolarité normale. Il m’envoya l’enfant que je mis ici à Ouagadougou au Collège, en faisant de lui, mon enfant à loger avec moi ; celui-ci, obtiendra le Baccalauréat et autres Diplômes ; il fréquentera l’Extérieur du Pays ; il reviendra et sera, Directeur Provincial de l’Action Sociale ; l’Abbé Ambroise aimait les enfants, tous les enfants. Il aimait tout le monde mais surtout, les personnes de l’extrême précarité.

En 2009, le Père Ambroise Ouédraogo prendra sa Retraite officielle à Baskouré, mais, restera au service de la Foi Chrétienne, au service des chrétiens ainsi que des agents pastoraux de Koupéla, au service de toute la Communauté humaine. Il quittera la terre, le Mercredi 25 Juillet 2012 à Ouagadougou.

  L’Abbé Ambroise Ouédraogo,
fondateur de l’ASFA-Y

-Maître, comment cet homme de Dieu a-t-il pu être le Père fondateur d’un des clubs sportifs les plus prestigieux du Football burkinabè, l’ASFA-Y ? Quel nom avait-il donné à ce Club avant plus tard, le nom ASFA-Y, pourquoi ce nom ? Quels furent les premiers moments de ce Club ?

L’origine de la création des Clubs sportifs au Burkina est intimement liée à l’histoire même du Pays. Il a fallu attendre que la Haute-Volta de l’époque, créée en 1919, supprimée en 1932 soit reconstituée en 1947 pour parler de Club de sport dans le Pays. Avant, il fallait rattacher cela à des Equipes s’il pouvait en exister, à la Côte d’Ivoire, au Soudan Français (actuel Mali), au Niger, encore qu’à réellement parler, des structures en la matière et pour cette période antérieure relevaient de formations précaires non faites d’assises pérennes. C’est donc avec le rétablissement de la Haute Volta que seront initiées, les associations sportives essentiellement de Football. On le dit, il y avait des tentatives antérieures, généralement liées à des Maisons de Commerce, à des Personnalités influentes à souvent suivre la vie de ces initiateurs, c’est à dire, à s’éclipser et quitter le terrain avec leurs initiateurs si ceux-ci quittaient la scène publique. Il est dit ainsi, qu’à l’échelon de la conception et la naissance d’un Club destiné à être de portée générale pour tous les Sportifs du domaine, à disposer de suite, d’un terrain officiel d’entraînement pour crédibilité et pérennité de l’initiative, il est généralement reconnu qu’on doit cela au Père Ambroise Ouédraogo, qui créa l’Association sportive de Foot Ball en 1947 à la Renaissance de la Haute Volta . Il était assisté, nous l’a-t-on dit, du Révérend Père, Bélot ; il était prêtre à la Cathédrale de 0uagadougou (fonctions en fait à Pabré et Ouagadougou) ; pour le nom de Baptême du Club, il prit le nom de Charles Lwanga, l’un des 22 Martyrs de l’Ouganda, baptisé le 16 Novembre 1885 à Nalukolongo et supplicié un an plus tard pour sa foi, (brûlé vif), le 3 Juin 1886 à Namugongo dans ce Pays, à l’âge de 20 ans ; Charles Lwanga est, le Saint Patron de la Jeunesse ; je précise que j’ai été moi-même à Namugongo au lieu de supplice de Charles Lwanga ; il le fut en particulier avec Kizito ; comme on peut le deviner, c’est un Nom savamment choisi par le Prêtre. Il a voulu un Saint Patron Jeune ; il a voulu d’un Saint de l’Eglise pour la Jeunesse car, le Club étant de Football, il est fondamentalement pour la Jeunesse ; Charles Lwanga est reconnu officiellement par l’Eglise comme le Saint Patron de la jeunesse ; il a voulu d’un symbole de sacrifice ; prenant Charles Lwanga Marthyr, cela s’entend que le Club doit être composé de Jeunes qui ont foi en leur conviction et décidés, à accepter de mourir, même par le supplice et la douleur, mais jamais reculer devant même la mort, devant l’intérêt du Club. Cet esprit s’est poursuivi et été entendu même quand le Club a changé de nom pour être la Jeanne d’Arc de Ouagadougou (J.A.O.). Comme les Martyrs de l’Ouganda, cette héroïne Jeanne d’Arc, aussi a péri en martyr, également par le feu et sans reculer ; c’est pour cela, lors de mon Mandat à la tête du Club, que j’avais qualifié les Joueurs de l’Equipe à être des Tansoba ou Gens de Guerre du milieu, appelés souvent les « Zamsé » (Chauves Souris, Commando des Traditions) ; leur Devise pour paraphraser, c’est « Vaincre ou Périr » ; à preuve, la Colonisation pour sauter le verrou de la protection moyenne de Ouagadougou au Nord, a été obligée de tuer le Tansoba de Niou qui protégeait en sécurité moyenne, l’accès à Ouagadougou ; lors d’un de mes Discours de Président, ici, j’avais déclaré que l’Hymne du Yennenga Club de Ouagadougou (Y.C.O.) son CREDO, c’est, « La Victoire ou la Mort ».

La volonté de vaincre de cette Equipe est d’origine qui s’est poursuivie et été entretenue tout au long de son histoire. On voit qui était ce Prêtre qui posait les fondations de son Club sportif ; c’est en quelque sorte, un jusqu’au-boutiste de ses convictions ; la Victoire ou Rien. On comprend que les Joueurs de ce Club depuis 65 ans (1947-2012) se soient toujours imposés à faire en sorte que le Club soit chaque année, le Premier, le Second ou, le Troisième Club de ce Pays au plus, dans les Compétitions ; il a eu à cœur, de donner aux Jeunes du Club, aux Joueurs, l’esprit de combativité, de refus de recul et de peur jusqu’au sacrifice suprême. La détermination légendaire du Club d’aujourd’hui vient de là ; pour les entraînements du Club et les Compétitions, il introduisit une demande de terrain auprès du Moro Naba et obtint l’autorisation d’occuper l’espace jouxtant le côté Nord du Palais Impérial et le côté Ouest de la Cathédrale, cet espace lui fut octroyé ; c’est ce Terrain de Charles Lwanga qui constitue aujourd’hui, le Stade Municipal, après avoir été, le plus grand Stade omnisport du Pays et où continuent de se dérouler, des compétitions des plus élevées de tous sports de terrain du Pays. Au début, l’équipe recrutait ses Joueurs dans les Quartiers limitrophes du Terrain, les Quartiers Saints et Bilbalgo ; mais peu après, les Joueurs et les supporteurs viendront de tous les Quartiers de la Ville. En 1949, le Club fera les procédures pour son officialisation, le Prêtre élisait domicile réellement en ce temps à Ouagadougou, car, auparavant, il était généralement à Pabré.

 

-Maître, apparemment, l’histoire de l’ASFA-Y a été celle semble-t-il, à l’origine, de Prêtres, puisque selon vous, après l’Abbé Ambroise à la tête du Club, c’est l’Abbé Georges Yaogho qui a pris la succession ; quelle lecture peut on faire de cela en regard de la direction du Club. Des Abbés. Le Père Fondateur a cédé la direction du Club à un autre Prêtre

A mon sens, certes l’origine est venue des Prêtres, mais il ne faut pas voir cela sous l’angle de la Spiritualité ou de la Religion ; je crois que le Père Ambroise , créant le Club Charles Lwanga ne le faisait pas en strict Prêtre, mais en Citoyen de son Pays, soucieux de la Jeunesse, de la participation de cette Jeunesse à la vie active et sportive du Pays, à défendre au plus haut degré, les couleurs du Pays. Le Prêtre est toujours un Citoyen appelé à être actif, bâtisseur de sa Cité. Je crois que c’est cela qui a animé le Père Ambroise ; j’ai envie d’élargir le principe de ma réponse sur une certaine conception de la Spiritualité dans notre Pays et des rapports entre les Religions. C’est un Pays de Tolérance. Les adeptes de toutes les religions ici, révélées ou traditionnelles se sentent frères ; je suis tenté de vous citer le contexte de l’actualité brûlante pour me faire comprendre ; le Samedi 7 Juillet 2012, il y a donc quelques jours de cela, était ordonné Prêtre dans le Diocèse de Ouahigouya, le Jeune Abbé, Souleymane Prosper Ouédraogo ; ce jeune Prêtre qui consacre toute sa vie au Christ est le Fils de El Hadj Boukari Ouédraogo, lequel lui a payé toutes ses Etudes au Séminaire, sa Bible, ses Soutanes et sa Croix. C’est lui-même qui a accompagné avec son épouse musulmane, Mère du Prêtre, à la Cérémonie devant le consacrer Prêtre. Au Burkina Faso, nous ne voyons pas et n’entendons pas les Spiritualités comme de considérations et d’antagonismes de paniers de crabes. On n’entend pas dans les rapports entre religions des antagonismes à détruire des hommes et leurs lieux de Cultes comme cela est à déplorer en maints endroits sur le Continent et la planète ; il suffit par exemple pour être de raison et non d’aveuglement, de savoir que les Chrétiens et les Musulmans ont un même Ancêtre, une même origine, ABRAHAM ; on l’oublie ou le méconnaît souvent et à dessein contre Dieu.

Les Fêtes de Noël, Pâques, de Ramadan, de la Tabaski, partout, les Soudounga et Tinsés dans les villages, tout est vécu ensemble et par les familles. Les moutons de la Takaski ou de Pâques, les Cadeaux du Père Noël sont partagés ensemble dans toutes le familles des quartiers sans distinctions. L’Archevêque de Ouagadougou a déjà assisté à la Prière de la Tabaski à la Place de la Nation à Ouagadougou et apporté aux Frères musulmans toute la considération et la chaleur humaine, le respect des frères Chrétiens. El Hadj Oumarou Kanazoé, Président de la Communauté Musulmane a financé des constructions d’Eglises Chrétiennes en les désenclavant par des voies qu’il a bitumées ; on en mesure le coût ; en ce sens et par cela, nous avons plus que du Pétrole, plus que de l’Or et du Diamant dans notre Pays : la Paix, que bâtit la tolérance religieuse, le Dialogue Interreligieux ; ainsi, si l’Abbé Ambroise Ouédraogo a crée l’Equipe de Football suivi, à la Direction par un autre Prêtre, cela n’a rien à être entendu au religieux, d’un instinct d’appropriation et de couverture d’une religion au détriment d’autres ; mais d’action objective de Citoyen tout court, actif dans la construction de la Cité commune. C’est sa foi de vrai et simple bâtisseur de la Cité qu’il faut voir derrière tout cela. Pour assises, je crois que la succession par l’Abbé Yaogho apparaissait indiquée, parce que proche de lui pour saisir toute la philosophie de départ qui l’animait à pouvoir bien asseoir l’initiative avant de céder le témoin ; pour appréciation de la sincérité de coeur de l’Abbé Ambroise, il faut se demander si cet aspect de Prêtre s’est poursuivi et longuement, dans le temps ; cela s’est arrêté en fait avec l’Abbé Yaogho ; en effet, après ce Prélat, il n’y a plus eu un Prêtre à ce jour à ma connaissance à la tête du Club (1947-2012) ; après en effet l’Abbé Yaogho, c’est un non-Prêtre qui a suivi à la Direction du Club, Monsieur Ilboudo Hamidou, mais surtout il faut savoir que le 4ème Président de toute l’Histoire, donc le 3ème après le Père Ambroise, c’est El Hadji Compaoré Salif qui a été porté à la tête du Club.

De toute évidence, il s’agit d’un Musulman et pas des moindres car, ayant été et fait un séjour de piété et de dévotion à la Mecque ; le plus grand Conseiller des plus avisés de conviction et de Sagesse du Club, de Charles Lwanga à l’ASFA-Y compris, selon maints observateurs du Club, c’est le Patriarche aujourd’hui, El hadji Seydou Ouédraogo dit Saas Naaba qui fut mon propre conseiller pendant tout mon Mandat. Je me rappelle que quand je devais quitter la tête du Club, c’est lui que j’ai choisi pour présider le Bureau chargé du renouvellement des Instances vu sa Sagesse faisant unanimité ; à ses côtés, il y a également le Sage Ancien, El Hadji Idrissa Tiemtoré. Ce sont évidemment des Musulmans de pure conviction ; ainsi ; l’Abbé Ambroise a crée le Club ; il a surtout fondé une famille de sportifs, une famille d’amoureux du Sport et du Pays, à y entendre des Chrétiens, des Musulmans, des Adeptes des Spiritualités des Traditions et autres croyances, des philosophes, dans laquelle famille chacun a sa place à côté de son Frère et de sa Soeur.

 

Interview réalisé par JJ Traoré

Suite au prochain numéro


Commenter l'article (0)