Des gorilles et des hommes !

Publié le mercredi 15 août 2012

Par Angèle Bassolé, Ph.D.Écrivaine et Éditrice,
Ottawa,
Ontario.abassole@yahoo.com

Le cynisme de la Communauté dite internationale n’a vraiment pas de limites.
Après avoir envoyé les observateurs de l’ONU observer les populations syriennes
se faire massacrer, (car faut-il le rappeler, ils n’étaient pas armés et
n’avaient aucun mandat de protéger ces pauvres Syriens), croisé les bras face à
la pagaille au Mali, les voilà encore en simples spectateurs du drame humain qui
se joue au Congo dit démocratique.

La situation au Nord-Kivu ne date pas d’hier, la précarité des populations
soumises à toutes les exactions, encore moins. Un volcan était en ébullition et
allait exploser et ont attendait tranquillement que cela arrive. Et cela est
arrivé. Des millions de femmes, d’enfants et d’hommes atterrés prennent le
chemin de l’incertitude fuyant une mort certaine qui, inexorablement va finir
par leur tomber dessus comme une véritable épée de Damoclès.

Le perpétuel recommencement encore et toujours comme nous en avons si bien
l’habitude. L’Afrique et l’habitude du malheur, aurait pu écrire Mongo Béti.

Affamés, épuisés, traumatisés, désorientés, les yeux de ces damnés de la
terre rassasiés de tous les malheurs du monde implorent une main secourable.

Mais la Communauté dite internationale ne tend aucune main. Leurs yeux sont
plutôt rivés vers les collines qui abritent une forte communauté de…
gorilles.

Eh oui, pendant que se déroule ce spectacle affligeant d’êtres humains
réduits à rien, les écrans des télévisions internationales s’émeuvent pour les
gorilles au dos argenté qui sont en train de perdre leur habitat. Les dirigeants
de ces chaines internationales se préoccupent du sort des primates mais pas de
leurs congénères. Ah, cette couleur qui nous rend totalement invisibles.

Le dos argenté des gorilles scintille comme des astres et attire plus
l’attention des caméras du monde que les mines tristes de ces enfants horrifiés
par tant de violence.

La vie est donc devenue un spectacle ? Césaire devrait alors se retourner
dans sa tombe, lui qui criait que « la vie n’est pas un spectacle. Car une mer
de douleur n’est pas un proscenium. Car un homme qui pleure n’est pas un ours
qui danse. »

Spectacle à bon marché pour téléspectateurs en mal de sensations qui
préfèrent sauver des gorilles que des hommes.

Triste humanité. Le rêve de Luther King s’est ainsi envolé. C’est la couleur
de peau qui détermine dorénavant ce qui est à préserver et ce qui est à laisser
périr. Le noir n’est pas une couleur disait un peintre.

Dommage, car c’est pourtant la couleur de tous les jours. C’est le blanc qui
est une couleur de circonstance rappelait Senghor.

Il est drôle de penser que traditionnellement en Afrique (et ça reste encore
vrai pour certaines sociétés), la couleur du deuil était le blanc et que c’est
la colonisation qui a fait adopter le noir comme expression de la perte, de la
tristesse et du manque.

Les gorilles au dos argenté du Congo font la une des médias mondiaux mais qui
sera là pour rappeler le souvenir des enfants qui ont eu le malheur de naître là
où il ne fallait pas ?

Qui récoltera les larmes des mères et des épouses éplorées et dépouillées
 ?

Qui portera l’écho de leur bravoure ?

Et dire que des théories évolutionnistes affirment que les hommes descendent
des singes.

Il aurait donc mieux valu rester gorilles alors n

 

 


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