Recherche : Faut-il un statut particulier pour les jeunes chercheurs ?

Publié le mercredi 15 août 2012

 

Le paradoxe en matière de recherche c’est qu’il y a peu de ressources humaines et elles sont aussi sous employées. En certains de ces aspects, le métier de chercheur rebute même. Les jeunes qui veulent embrasser ce métier, doivent affronter le parcours du combattant.

 

Peu nombreux et de surcroit délaissés, les jeunes chercheurs africains avec l’appui du CRDI, organisme de coopération canadien ont institué à Dakar, en 2006, un projet pour leur meilleure intégration. C’est en marge de la 5e session de la Commission mondiale sur l’éthique des connaissances scientifiques et des technologies (COMEST) que cette initiative a été prise. Une déclaration faite à l’occasion, dénommée « Déclaration de jeunes chercheurs africains au forum de Dakar) mettait en évidence la marginalisation des jeunes chercheurs africains dans les centres de recherche, dans les laboratoires et dans les universités. Pour relever les défis de la globalisation et de la mondialisation il fallait accorder une place privilégiée à la science, la technologie et l’innovation. Les jeunes chercheurs dans ce processus sont indispensables.

Au Burkina Faso, le projet est placé sous l’égide du CEDRES et dirigé par Dr Karidia Sanon. Une personnalité y joue un rôle primordial, le professeur Taladidia Thiombiano, que les juniors appellent affectueusement « jeune chercheur ». Ce projet qui tire à sa fin, (2010-2012), aborde la réalisation de son troisième objectif. Ce dernier point consistait à explorer les systèmes d’auto-organisation des jeunes chercheurs africains afin de faciliter leur insertion dans les institutions de recherche et d’innovation publiques ou privées ou d’en créer eux-mêmes et créer un environnement favorable. Une réflexion a été organisée à ce propos et des propositions de solutions ont été faites qui ont été discutées en atelier du 6 au 7 juillet 2012.

 

Trois types de solutions

ont été proposés.

 

Le premier visant à créer un cadre propice à l’insertion des jeunes chercheurs. Selon l’étude fait à l’occasion il est apparu que les préférences en matière de cadres vont majoritairement aux organisations internationales de recherche (54% des sondés). Puis viennent très loin les Centres publics de recherche (20%) et les Centres publics d’enseignement supérieur (14%). Les cadres qui ne sont pas du tout prisés sont les Centres privés et les ONG, sans doute en raison de l’insécurité de l’emploi qui y est lié.

Ensuite les solutions relatives aux facteurs économiques. La proposition serait, pour palier la rareté des financements publics, de chercher à en diversifier les sources. Il reste cependant qu’il faut travailler à l’augmentation du budget de l’Etat alloué à la recherche. 92% des sondés y sont favorables. Les trois autres sources possibles sont : les projets et programmes (68%), le secteur privé (66%) et les projets et propositions de recherche (60%)

Enfin les solutions relatives aux facteurs socioculturels et comportementaux. Il s’agit principalement de faire évoluer les rapports avec les seniors. Par exemple pour soustraire les jeunes chercheurs du « mandarina » des seniors il faut encourager l’affiliation à des réseaux de recherches.

Le projet qui tire à sa fin, a permis de poser la réalité spécifique des jeunes chercheurs. Les différentes réflexions ont aidé à mieux identifier les problèmes et les solutions éventuelles. Les carcans existent, mais comme apprenti chercheur, les jeunes ont compris aussi, qu’ils doivent faire leur part du travail.

Les discussions ont permis de baliser les moyens d’y parvenir (lire ci-après l’interview bilan de Dr Karidia Sanon).

 


Dr Karidja Sanon

Le corps des chercheurs est
vieillissant


Ceci est une interview que nous a accordée Dr Karidja Sanon. Dans les
lignes qui suivent, elle parle des problc(mes de la recherche au Burkina dont le
corps est vieillissant, la jeunesse ne s’y adonnant pas assez. Elle y fait
également une ébauche de solutions au problème

Evé : Pourquoi un projet essentiellement destiné aux problc(mes des jeunes
chercheurs ?

Karidja SANON : Un projet essentiellement destiné aux jeunes chercheurs car
on a fait le triste constat que le domaine de la recherche à l’état actuel
souffre énormément d’une carence en ressource humaine. Le corps des chercheurs
existant est vieillissant et rien n’était fait pour assurer la relève. Les
quelques rares jeunes qui s’y adonnaient ne tardaient pas à abandonner par
désenchantement. D’ailleurs les jeunes sont réfractaires à s’engager dans ce
domaine à cause de la situation de précarité patente des séniors. Le projet vise
donc principalement à stimuler l’intérêt des jeunes pour la recherche et la
rendre attrayante.

Les problèmes que rencontrent les jeunes chercheurs, leurs sont-ils
spécifiques ?

Il faut d’abord rappeler que le projet regroupe quatre filières
d’intervention : l’agriculture, l’environnement et les ressources naturelles,
les biotechnologies et enfin la santé. Le premier volet des problèmes est
transversal en d’autres termes communs aux différentes filières notamment des
difficultés d’ordre économique, politique et institutionnel, socioculturel et
comportemental. Pour ce qui concerne l’aspect spécifique soulignons que nous
assistons à la marginalisation des jeunes chercheurs africains dans les centres
de recherche, dans les laboratoires et dans les universités. Aussi le rapport
entre jeunes chercheurs et les autres acteurs du développement est loin d’être
enviable en ce sens que ces derniers affichent un certain désintérêt envers ces
jeunes, cela n’est pas de nature à nous encourager. Il faut ajouter également
que nous avons des difficultés d’accès à la documentation nécessaire pour les
recherches. Aussi ces difficultés s’étendent à la publication de nos documents
résultant à grande partie du faite que les seniors encadreurs par certaines
attitudes dilatoires ne facilitent pas l’avancée des choses. En claire
l’encadrement est bâclé, vous pouvez par exemple remettre votre document à votre
encadreur et après un long silence lorsque vous lui rappeler la réponse au mieux
des cas est qu’il ne l’a pas encore lu sinon il l’a tout simplement égaré. Mon
cas est très illustratif de ces tares, ça fait maintenant huit ans que je suis
toujours au stade de maître assistant. Ce qui vient accentuer ce phénomène c’est
que nous ne bénéficions de la part de l’Etat de bourses pour le financement des
protocoles de recherche.

Quelles solutions et quels moyens pour une meilleure prise en charge de
ces problèmes ?

L’avènement du Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche
Scientifique est un grand pas à saluer. Cela permettra de regrouper désormais
toutes les structures de recherche sous la férule de ce ministère. Nous espérons
que le ministre travaillera à dynamiser et à rendre alléchant le domaine de la
recherche en y mettant de moyens conséquents. A notre niveau nous sommes en
train de concevoir un mailing qui consistera à peaufiner un plan d’action qui
traduira les différentes solutions en action. Nous projetons la création d’un
réseau de jeunes chercheurs qui aura comme rôle galvaniser et encourager ces
jeunes à faire carrière dans la recherche. Nous envisageons également nous
associer à des partenaires stratégiques notamment la presse afin d’influencer
certaines décisions et corriger certains textes obstruant l’évolution de la
recherche.

Le projet que vous dirigez prendra fin bientôt, sera t-il reconduit
 ?

Cela dépend de la volonté du Centre de Recherche pour le Développement(CRDI).
Mais ce n’est pas certain.

Et même s’il est reconduit sera sous une autre approche par exemple la
dynamique de sa mise en œuvre n

Interview réalisé par Hamidou Traoré

(Stagiaire)

 

 


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