Enquête : Saré Peulh/ Un autre visage du conflit éleveurs-agriculteurs

Publié le mercredi 15 août 2012

A la suite d’une rixe au bord d’un champ, les représailles, comme c’est maintenant la coutume, ont été organisées contre le village peulh de Saré, à environ 10 kilomètres de Gombousgou. Des répressions violentes et indiscriminées contre les femmes et les personnes âgées. Une mère de famille, quinquagénaire, hachée au bras, le radius presque sectionnée, pour une affaire de portable. Le groupe d’agriculteurs qui est allé à Saré peulh, le soir du 18 juillet, deux heures après l’incident qui a opposé le jeune Dimpawendeseré à « trois » jeunes bergers peulhs, n’était pas composé que de gens en colères. Beaucoup étaient des crapules, qui ont trouvé là l’occasion de piller et de voler.

 

Les faits d’abord. Selon le jeune agriculteur Bissa, Maré Dimpawendeseré, le soir du 18 juillet, il est allé à son champ, à environ 8 kilomètres au nord de Gombousgou. Le champ est au sud du village de Saré peulh, un village, comme son nom l’indique, habité par les éleveurs peulhs exclusivement. Arrivé sur les lieux, il trouve « un troupeau de bœufs dans son champs ». C’est en allant les chasser qu’il s’est fait agresser par « trois bergers » qui l’ont haché à la tête et à l’avant bras. Dimpawendéséré, prétend qu’il n’a rien fait et il a été agressé. Il est donc victime. Sérieusement blessé à l’avant bras droit, il a réussi à appeler son frère Nomwendé qui, accompagné de son ami Daboné Moumini est venu le secourir, vers 18 heures. De l’avis de Daboné Moumini, que nous avons pu joindre, « la vue de la blessure du jeune Dimpawendeseré, l’a traumatisé ». Nomwendé et lui se sont néanmoins débrouillés pour le transporter sur une mobylette, jusqu’à l’entrée de la ville de Gombousgou, à la hauteur du quartier Jirma (au secteur 1), où une voiture les attendait. Il leur a laissé le blessé et a devancé au CSPS pour prévenir les infirmiers ».

Pour lui la blessure était trop grave : « Tous les os du bras ont été coupés ». Alors qu’ils transportaient le malade vers Gombousgou, un moment, il a semblé à Nomwendé que « le petit était décédé ». Daboné dit l’avoir rassuré, qu’il en était rien. Autres faits signalés par le même, « sur le chemin de retour, ils ont croisé des gens (déjà informés) qui allaient vers Saré Peulh ».

 

Expédition vengeresse

sur Saré Peulh 

 

Le village existe depuis 1983. Le vieux djadjé Sondé, 75 ans environ, se souvient de l’année. « C’est l’année du 4 août, quand Sankara a pris le pouvoir, qu’ils ont aménagé dans ce village ». En son temps, explique t-il, les champs s’arrêtaient juste au niveau du bas fond, où se pratique présentement la culture de riz. Maintenant, déplore t-il « les bissa nous ont rejoint et cultivent jusqu’à l’entrée de nos parcs ». Du coup, la cohabitation est devenue explosive.

La dame Sondé dans les couloirs de Yalgado

La radiographie ci-après montre comment l’os de l’avant bras à été haché

Ce soir là, une bande d’une dizaine de cultivateurs Bissa, sur cinq motos se dirige vers Saré Peulh, avec des cibles déjà arrêtées. Le temps d’une concertation dans le champ de la victime, autour d’un certain Dogo et la liste des familles à châtier est arrêtée. Premier sur la liste, le vieux Sondé Amadou. Un coup de fil le prévient de l’arrivée de l’expédition punitive, alors qu’il est parc. Il répond qu’il n’a rien fait à personne, il ne voit pas pourquoi, il doit fuir.

Quelques minutes après, les assaillants font irruption dans sa concession et s’en prennent à tout ce qui bouge.

A 19 heures, chez les peulhs c’est l’heure de la traie, les adultes sont au parc. A la maison il n’y a que les enfants de moins de cinq ans et les personnes âgées. L’irruption des intrus panique les enfants qui se mettent à crier et à fuir dans tous les sens. Un d’eux, âgé de quatre ans, se fera mordre par un serpent dans sa fuite. Le chef de famille qui entend les cris accourt. A sa vue, les saillants qui avaient déjà commencé à bruler les cases et les greniers, abandonnent tout et se ruent sur lui. A coups de machette et de bâton, ils mettent le vieux KO. Son épouse, craignant pour la vie de son mari, se jette sur lui, faisant écran de son corps. Cela ne dissuade en rien, les assaillants qui s’en prennent aussitôt à la femme, la cinquantaine à peu près, à coup de pieds et de bâtons. Au moment où les coups pleuvent sur la femme, le téléphone portable de son mari sonne. Un des assaillants pousse la femme pour se saisir de l’appareil. Elle est plus rapide que lui. Il l’a saisi pas le cou et lui intime l’ordre de donner le portable, sinon, il l’égorge. Il finit par le lui arracher et en représailles lui assène un violent coup de machette sur le bras. La radio montrera plus tard que le coup a failli sectionner un des os du bras, notamment le radius. Ainsi blessée, elle perd connaissance. Le couple est laissé pour mort. Les assaillants mettent le feu au reste des cases, abattent le mil et le maïs sur pied et poursuivent leur chemin.

 La prochaine cible, la concession de Amadou Barry. Ce dernier les entend arriver et se met à l’abri. De sa cachette, ils les entendent discuter. Tous ne semblent plus d’accord pour continuer avec autant de violence. « c’est trop disent certains… ».

Mais les jusqu’auboutistes l’emportent.

La concession est prise d’assaut. Un groupe fouille les cases et c’est après que le feu est mis. Ils mettent aussi le feu au grenier, qui va brûler toute la nuit. Selon l’estimation de la victime, le maïs qui y était avoisinerait 17 sacs de 100 kg. Il ne l’avait pas encore décortiqué. Amadou Barry est un gros producteur. « Je n’ai jamais payé à manger. Ma récolte de maïs suffit à nourrir les 19 membres de ma famille, jusqu’aux récoltes prochaines. Je dégage même un excédent que je vends, pour faire place aux nouveaux maïs ». Chez lui tout est parti en fumé. Sa moto Sanili, un vélo, de l’argent liquide, les effets d’habillement et les bijoux en argent de ses épouses...

Maré Dimpawendéseré avec son bras dans les bandages

La randonnée « vengeresse » va ainsi se poursuivre dans deux quartiers du village de Saré Peulh et toucher 18 concessions. Curieusement la maison des deux jeunes bergers qui ont eu l’altercation avec l’agriculteur n’est pas touchée. Elle n’a pas semblé les intéresser. Ils l’ont dépassé pour aller s’en prendre à la première concession, celle de Amadou Sondé. Vers 22 heures arrivent, les gendarmes. Ce sont eux qui vont transporter le couple Sondé au CSPS de Goumbousgou. Vers minuit, arrivent de Manga, les CRS. Les femmes et les enfants peuvent alors sortir de leur cachette. Outre l’enfant de quatre ans, une femme est aussi mordue par un serpent.

 

Le ravage des préjugés

et la construction de fausses certitudes

Il semble que c’est un ras le bol des agriculteurs bissa qui serait à l’origine de l’expédition punitive du 18 juillet. A Gombousgou, tous disent que « les peulhs n’arrêtent pas de hacher les bissa ». « Chaque année, les peulhs hachent les bissa, mais on ne dit rien. Mais cette fois, les gens ont eu mare et dans la colère ils ont décidé d’aller se venger », soutient Nomwendé Maré, instituteur et « frère de sang » de Dimpawendeséré. C’est la conviction également du maire de la Commune, Mohamed K. Maré….

Nous avons tenu à vérifier cette allégation. Une liste de 15 victimes présumées a été dressée. Sur les quinze, 10 avaient un téléphone. Nous avons pu joindre effectivement huit. La première victime Bopiné Yigo, est une dame. C’est son beau fils qui nous a répondu (un certain Soré Nomwendé). Il dit que sa marâtre se reposait au champ, un peu endormie. Puis on lui a haché le pied. Elle a vue son agresseur de do, quand il était entrain de fuir. Elle pense que c’est un peulh, à cause de son habillement.

 

Maré Yiri (la soixantaine). Il explique que c’est de retour de la ville où il est allé boire du dolo, qu’un jeune peulh a cassé le cross de son fusil, qu’il portait en bandoulière. Le peulh t’a-t-il haché ? « Non réponds, t-il. Il ne m’a même pas touché. Les bœufs ont brouté mes récoltes, je suis allé me plaindre à la mairie et au commissariat, on ne m’a pas pris au sérieux ».

Puis Hamado Maré, sa fille, Nathalie Maré qui nous a répondu, ne se souvient plus exactement ni de la date ni des faits. 

Quand à Maré Tonséré, il dit avoir plutôt reçu, une pierre sur la tête, il y a de cela 5 ans. Il n’a pas identifié son agresseur. Le lendemain, il a saisi le conseiller de Saré Peulh. Quelques jours après « les peulhs sont venus s’excuser et ont remboursé les frais médicaux ». C’était combien ? « Non c’était pas beaucoup », assure t-il.

Le seul qui a été haché, c’est Maré Boukaré dit Simon. « Il y a trois ans, dans mon champ on m’a tapé avec lance pierre, puis on m’a haché la tête et tapé avec un bâton. Je n’ai pas pu identifier mon agresseur. Mais le même jour vers minuit, les parents de l’enfant sont venus me voir à la maison et m’ont demandé pardon. Ils m’ont remboursé une partie des frais des soins s’élevant à 250 000 f cfa. Moi j’ai pardonné, parce que je suis un homme de Dieu ».

Le constat rapide que l’on peut faire à l’issue de cette vérification, c’est que l’allégation selon laquelle, « les peulhs hachent les bissa » est à relativiser.

Autre fausse information, à la limite du mythe est rapportée par Nomwendé : « certains disent que les bœufs des peulhs, pour se multiplier ont besoin de brouter le mil des Bissa… ».

Ces vraies fausses informations sont charriées et estampillées pour nourrir des préjugés. L’un de ces préjugés communément homologué, fait du peulh un corrupteur. Il corrompt l’administration, pour ne pas payer les dégâts de champs. Soit. Mais quid du corrompu ? N’est-ce pas parce qu’il y a un corrompu que le corrupteur opère. Peut-être est-il moins risqué de s’en prendre au maillon faible de la chaine ?

Ainsi se construit « l’idéologie » de la haine communautaire. C’est connu, il n’ya pas de passage à l’acte, sans un préalable conditionnement mental.

 

Cohabitation jamais facile entre éleveur et agriculteur

 

Il n’est pas possible de nier les altercations. Elles sont nombreuses. Sauf qu’elles ne sont pas à sens unique, comme veulent l’accréditer les agriculteurs. Les peulhs ont aussi souffert des agriculteurs. Les cas vérifiés et documentés existent. En octobre 2011, Dogo, le meneur des représailles sur Saré Peulh et le blessé Dimpawendeséré ont battu Djounogo Sondé, le fils à Amadou Sondé, le chef de famille de la première concession brûlée, parce qu’il passait avec ses animaux, à proximité d’un champ d’arachide. Ils l’ont battu et contraint son père à leur payer environ 6000 f.cfa.

 

Le 27 août 2008, Maré Wendsida, le demi frère de Dimpawendeséré, a agressé au lance pierre le jeune Sondé Malik. Il l’a lapidé jusqu’à ce qu’il s’évanouisse. Transporté au CSPS, les infirmiers ont exigé, avant de le soigner, que son père aille d’abord au commissariat de police. Le jeune a perdu l’usage d’un bras. Ceux qui m’ont raconté cette épisode accusait Dimpawendéséré. Vérifications faites c’est son demi frère Wendsida qui serait l’auteur de cette agression.

Dimpawendeseré, selon les habitants de Saré Peulh, fait régner la terreur dans les environs de son champ, qui jouxte une piste à bétail. Les agriculteurs qui disent ne pas faire confiance à l’administration se font justice eux même, en cas de dégâts de champs. Ils évaluent eux-mêmes les dégâts et fixent les montants de la réparation, sous peine de représailles. Quand les animaux auteurs des dégâts, ne sont pas connus, le premier troupeau rencontré est arraisonné. Son propriétaire n’a pas le choix, il doit payer aux conditions de l’agriculteur. 

 

Probablement des rancœurs…

mais aussi la question du foncier

 

Sans aucun doute des rancœurs, parce que l’administration publique n’a pas toujours correctement géré les différents résultants des dégâts de champs. L’administration en a fait une source de corruption indicible, exposant les éleveurs à la colère des agriculteurs.

Mais la situation a atteint un tel niveau de gravité, à cause de la compétition sur le foncier. Il y a moins de terre et les lopins des agriculteurs, sont peu productifs, en raison des pratiques culturales irresponsables, par rapport à ceux des éleveurs. Le processus consiste d’abord à faire les champs le plus près possible des parcs peulhs, pour bénéficier de la fumure organique. Puis dans un deuxième temps, les chasser pour annexer les lopins qu’ils occupent sous le prétexte de dégâts de champs répétés. La vérité dans le milieu des agriculteurs : « le champ prime le pâturage. Comme un champ ne se déplace pas. C’est aux éleveurs de partir ». A Saré Peulh c’est cette deuxième phase qui est à l’œuvre. Les éleveurs dont les concessions ont été incendiés, ont les meilleurs champs (à en juger par l’aspect végétatif) à notre passage. Ils sont ceux qui ont l’habitude de faire d’excellentes récoltes. La preuve de se ressentiment, les assaillants, dans la première concession ont détruit les pieds de maïs et de mil : « parce qu’il n’y a pas de raison que les peulhs aient de bons champs, alors que ceux des cultivateurs sont empêchés de croitre » tranche, furieux, une tête forte, à la rencontre de conciliation du 23 juillet, à la maison des jeunes de Gombousgou. Tout à sa colère, il poursuit, sans doute à l’intention de l’équipe de journalistes à qui on a refusé l’accès à la salle : « l’essence et le gasoil ne se mélange pas. Nous et les peulhs, on ne peut plus cohabiter. Il faut les chasser ». Le lendemain, 24 juillet, une délégation des autorités politiques et administratives, comprenant cinq représentants des agriculteurs Bissa, devait aller s’entretenir avec les habitants de saré Peulhs. Finalement, la délégation est partie sans les Bissa. Pourquoi ? Sans doute pour éviter un risque de dérapage…Mais peut-être aussi, que certaines intransigeances, côté agriculteurs Bissa, ne seraient pas si innocentes que ça.

Par Newton Ahmed Barry

La politique était-elle
derrière tout ça ?

La rivalité politique est monstrueuse à Gombousgou. Elle fait rage au sein
des princes, les Maré. Le maire UPC est rageusement contesté par un autre
prince, CDP, celui-là. Saré Peulh qui a deux conseillers serait dit-on de
l’obédience du maire. Le groupe, rival au maire, aurait décidé de le leur faire
payer.
A la rencontre de la Maison des jeunes du 23 juillet, " on attendait
que ces gens qui poussent à la vengeance contre les peulhs viennent s’exprimer.
On ne les a pas vue ", se désole un conseiller municipal, proche du maire. Mais
les contempteurs les plus virulents du maire se trouvent au sein des
ressortissants de Gombousgou à Ouaga. Certains d’entre eux qui ont l’indignation
sélective, ne lui pardonnent pas de s’être " préoccupé des cases des peulhs qui
brûlent alors que son fiston est entre la vie et la mort. Il a suivi le haut
commissaire pour se rendre d’abord chez les peulhs, avant de venir en famille
saluer ". Pour punir les peulhs de cette proximité, l’expédition vengeresse a
brûlé toutes les cartes d’électeurs, nouvellement établies et les CNIB. Aux
prochaines élections, les peulhs, s’ils sont toujours à Saré Peulhs, ne lui
seront d’aucune utilité.


Gombousgou, principauté Maré

Ce sont les Maré qui règnent sur Gombousgou. C’est une principauté dans la
république. Il ne fait pas bon avoir à faire à eux, dit-on. Les fonctionnaires
qui y sont affectés ont intérêt à se tenir à carreaux. Convoqué par les forces
de l’ordre, les princes ne sont pas obligés de déférer. Ce sont eux qui ont leur
champ à Saré Peulh et y font la loi. La loi sur le pastoralisme et ses décrets
d’application, qui font obligation de clôturer les champs, lorsqu’ils sont
manifestement situés sur les espaces de pâtures sont inconnus. La loi local
édicte " que le champ ne se déplace pas ". A l’installation des éleveurs, il y a
une trentaine d’années environ, il n’y avait pourtant pas de champs à Saré
Peulh. Il a fallu que quelqu’un y déplace les champs.


Saré peulh un village organisé

D’ordinaire, les peulhs s’organisent peu. Les lieux d’habitation sont
précaires. Saré Peulh est tout le contraire. C’est un village relativement bien
organisé. 90 concessions reparties en trois secteurs, avec des infrastructures
sociales de base. Une école de trois classes, un forage à pompe manuel. Les
habitations dans les quartiers sont relativement améliorées. Pas encore de
maisons en durs, mais des cases proprettes. A en jugé par le niveau
d’équipement, chaque famille possède au moins une moto, le niveau de vie est
relativement élevé. Sur le plan de l’inclusion politique, le village est
connecté à la commune, avec ses deux conseillers (UPC et UPR) et a mis en place
son CVD. Problème, localement on ne reconnait pas aux habitants du village un
droit foncier.

NAB

Que sait-on de l’altercationdu 18 juillet ?

La version qui est mise en avant est celle de
Dimpawendeséré, la victime. Il explique qu’il a été agressé, alors qu’il a
surpris les dégâts de champs. Il évalue ses agresseurs à trois. Puis le nombre
des agresseurs est devenu quatre dans la ville de Gombousgou. Enfin on a
attribué, à la rumeur de la mort de l’agriculteur, d’avoir été le déclencheur
des représailles contre les peulhs.
Après nos investigations, nous sommes en
mesure d’avancer les informations suivantes.
Sur l’altercation.
Dimpawendeséré a eu à faire à deux bergers, plus jeunes que lui. Il s’agit de
Alayidi Diao et Hoyefi Barry. Ils étaient deux et pas trois, encore moins quatre
comme on le prétend à Gombousgou. De crainte pour leur vie, ils se sont mis à
l’abri. Ils expliquent aussi, que contrairement à la version de Dimpawendeséré,
leurs animaux n’ont pas commis de dégâts dans le champ. Le troupeau, longeait le
champ, empruntant la piste à bétail, quand l’agriculteur est arrivé. Ce dernier,
expliquent-ils a décrété l’interdiction d’utiliser la piste à bétail qui longe
son champs. A la vue du troupeau, Dimpawendeséré se serait lancé à la poursuite
des bergers, qu’il s’est mis à battre. C’est pour le contraindre à lâcher prise,
qu’ils l’ont haché et se sont enfouis. Si les conditions d’une bonne
administration de la justice sont garanties, ils pourraient se rendre à la
justice et se défendre. On ne peut que l’espérer. Sur l’effectivité des dégâts
dans le champ. Le lendemain 19, une délégation composée de représentants des
éleveurs, d’un policier et d’un gendarme est allé sur les lieux. Nous avons
demandé, sans l’obtenir, le contenu du constat au procureur de Manga. Nous ne
pouvons livrer que la version des éleveurs. Selon eux, il n’y a pas eu de
dégâts. Par une autre source, non officielle, les dégâts seraient "
insignifiants". Dimpawendéséré reconnait qu’il n’avait pas fini de semer. Daboné
Moumini qui a accompagné Noomwendé le secourir, dit ne pas savoir exactement si
c’était "du mais ou du mil", parce que les plantes étaient trop petites et puis
la vue de la blessure l’avait paniquée. Est-ce la rumeur qui a déclenché
l’expédition vengeresse ? Si l’on en croit divers témoignages, la rumeur sur la
mort de Dimpawendéséré s’est propagée le lendemain, 19 juillet. Or l’expédition
vengeresse a commencé aussitôt la nouvelle de l’altercation connue. Elle a
débuté d’abord par le marché de Gombousgou, c’était jour de marché, où un peulh
a été molesté, puis un groupe a mis le cap sur Saré Peulh. La rumeur du
lendemain n’est pas donc responsable des représailles. Le lendemain d’ailleurs,
les "insurgés" sont allés voir le maire, dit-on pour obtenir une autorisation
officielle pour "s’en prendre aux peulhs". Noomwendé Maré dit "que les gens
voulaient en finir avec les peulhs de tous les villages de Gombousgou. Il a dû
ramener le blessé pour que les gens constatent qu’il est vivant "
De la
blessure de Dimpawendéséré. Les conjectures disent que tous les os du bras ont
été brisés. Des informations que nous avons pu difficilement glaner à Yalgado,
le blessé a été admis dans les services du Dr Anatole Ouédraogo, il est ressorti
que c’est une blessure ouverte à l’avant bras. Une blessure importante, mais la
fonctionnalité du membre a pu être sauvée. Si tout se passe bien, Dimpawendéséré
devrait recouvrer l’usage de son membre. Les radiographies, de qualité
défectueuse que nous avons pu voir, nous fondent à penser que les os de l’avant
bras n’ont pas été touchés. On n’y voit pas de fracture, contrairement à la
radio, de dame Sondé, où l’on perçoit nettement l’os coupé par la machette
vengeresse. Au total, il y aurait eu quatre blessés. Une femme peulh enceinte
haché au niveau du ventre nous a été signalé. Les vérifications ne nous
permettent pas de l’attester.

NAB

 


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