CDP et élections couplées Appliquer les textes ou favoriser les partisans ?

Publié le mercredi 15 août 2012

Bientôt Kouanda va s’attaquer à sa première épreuve de chef de parti. Arrêter la liste des candidats du CDP aux élections couplées de décembre prochain. En temps normal déjà c’était un moment périlleux pour le mastodonte présidentiel. Qu’en sera-t-il cette année avec un CDP clivé à mort depuis le congrès de mars dernier ? La grande purge qui a mis à la touche les anciens barons du parti est toujours dans les esprits et chaque décision sera scrutée à la loupe. La nouvelle direction marche sur des œufs et le moindre faux pas peut-être lourd de conséquences pour l’unité et la cohésion du parti.

 

La directive n°4 du secrétariat exécutif national relative à la désignation des candidats sur les listes CDP aux prochaines élections n’apporte pas d’innovations surprenantes. Toutes les dispositions s’inscrivent formellement dans la ligne des orientations du 5è congrès préparé du reste de bout en bout par l’ancienne direction. Les mesures emblématiques de ce désormais congrès historique touchent les femmes et les jeunes qui à la faveur des nouvelles dispositions sur les quotas se voient offrir une place de choix. Selon ces dispositions, les listes provinciales et nationales devront comporter 30% de femmes et 30% de jeunes. Dans les cas où la compétition concernera deux postes électifs, ce sera un homme et une femme. Cette disposition sur les quotas est à elle seule un problème. Son application stricte risque d’entraîner un grand bouleversement dans le parti avec l’arrivée aux postes électifs d’un nouveau personnel politique. C’est à priori un bon signe qu’un parti ait une telle capacité de renouvellement. Mais en dépit des discours avant-gardistes, tous les partis de gauche comme de droite se sont presque toujours illustrés par l’immobilisme et la sclérose. Les postes électifs comportent des avantages et privilèges auxquels s’accrochent généralement ceux qui y parviennent. Le CDP ne pourra pas faire l’économie de cette guéguerre, d’autant que ces derniers se prévalent de leur expérience et de leurs relations. Mais c’est moins sur ce créneau là que se portera l’intérêt des observateurs que celui du profil des nouveaux qui vont être promus. L’OPA réalisée par la FEDAP/BC sur le CDP devrait se traduire par un engouement de ses militants pour les postes électifs. Certains n’hésitent d’ailleurs pas à déclarer que c’est maintenant à leur tour d’aller aux affaires mais c’est paradoxalement sur ce point que la FEDAP/BC va connaitre ses premières difficultés. L’adversité se trouvera déplacée à l’intérieur de la FEDAP/BC elle-même, avec les risques de chamailleries que cela comporte. Malgré tout les militants traditionnels du CDP conservent aussi une carte entre leurs mains : le contrôle des structures de base. C’est au sein de ces structures que la compétition va se jouer. Or, dans nombre de localités, les structures de la FEDAP/BC se sont mises en place dans une hostilité affichée contre les structures de base du CDP. Ça promet donc de grandes batailles les jours prochains. Il faudra sans doute de nouvelles directives du SEN pour départager les belligérants.

 

Qui décide du sort des candidatures ?

Un collège d’appréciation est mis en place à l’échelle de chaque circonscription électorale. La province pour ce qui concerne les législatives et le village pour les municipales. Mais c’est au niveau des législatives que les batailles s’annoncent les plus âpres. On le comprend, un député ça pèse lourd en espèces sonnantes et trébuchantes mais ça pèse également lourd politiquement. La composition du collège provincial offre théoriquement des garanties assez fortes pour opérer des choix conformes à la volonté des structures. Entre membres de la section provinciale, du bureau politique national ressortissants de la province, les secrétaires généraux des sous-sections, les responsables des jeunes, femmes et anciens, des marchés et yaars et des secteurs structurés, on devrait se retrouver entre militants. Mais la nouvelle donne au sein du CDP favorise des opportunismes qui risquent d’en rajouter aux clivages traditionnels. La bataille risque donc de tourner autour des partisans du SEN et donc de la FEDAP/BC et les partisans des caciques du Conseil national lesquels se trouvent être aussi des membres statutaires du collège d’appréciation. Mais les observateurs pointent du doigt ce fameux comité d’études des candidatures mis en place par le Secrétariat exécutif national (SEN) dont la mission consiste à l’éclairer sur les candidatures qui lui paraissent les plus pertinentes. Dans un contexte de méfiance et de suspicion entre anciens membres et nouveaux membres de l’exécutif national, ce comité est perçu comme le moyen pour les nouveaux dirigeants du parti de placer les hommes qu’ils veulent. Déjà pour ce qui concerne la liste nationale, la messe est dite. L’article 17 de la directive donne mandat au secrétaire exécutif national « pour traiter de la liste nationale dans l’intérêt supérieur du CDP ». C’est donc une compétence exclusive du premier secrétaire du parti. Pour autant, la disposition ne semble pas nouvelle. Roch avant Koanda jouissait de la même prérogative. La vraie question c’est l’usage qui est fait de ce pouvoir. On a reproché en son temps à Roch d’avoir négligé la promotion de ses partisans, préférant laisser le travail à ce comité. Koanda choisira t-il de jouer ses partisans contre les autres ? Nous sommes dans un contexte nouveau où la suprématie du CDP n’est plus aussi évidente. La concurrence est aujourd’hui très rude sur le terrain et l’incertitude au CDP en rajoute au désarroi des militants. Ces derniers sont dans une expectative, dans la perspective d’une hypothétique éclaircie. Quoi qu’il en soit le CDP ne semble plus être en mesure de rebondir. Le 5è congrès a montré qu’il n’était qu’un éléphant aux pieds d’argile. Il a tenu la route grâce à ses ‘’magiciens’’ qui avaient le don d’entretenir l’illusion. Le masque est aujourd’hui tombé laissant le roi entièrement nu.

 

Quelle alternative au CDP ?

Vraisemblablement ce parti ne pourra pas survivre à 2015. La réconciliation ne pas à l’ordre du jour. Apparemment, même le chef de l’Etat semble s’accommoder de cette situation. Malgré les apparences, Roch, Salif et Simon sont en déshérence. Ils n’ont même plus une âme de résistant. Il se peut qu’ils considèrent cet épisode politique comme passager. Ils ont du mal à se convaincre que c’est vraiment fini avec le chef de l’Etat. C’est peut-être la cause de leur apparente paralysie. Ils freinent des quatre fers les militants qui poussent à la roue vers l’épreuve de vérité. Mais ils ne pourront pas le faire éternellement sans passer eux-mêmes pour des traitres. Il faut donc s’attendre à des rebondissements dans la vie politique nationale.

Les élections couplées vont se dérouler sur fonds d’intrigues et d’arrière-pensées. 2015 est décidément dans tous les esprits !

 

Ce qui se susurre ?

L’idée d’alternance, les trois leaders du Front du refus CDP, Roch, Salif et Simon auraient, dit-on décidé de se l’appliquer à l’occasion des prochaines législatives. Ils ne devraient être candidat à rien au scrutin couplé. Il reste maintenant à promouvoir leurs partisans dans les postes de candidature à la candidature. C’est à ce niveau qu’ils pourraient croiser le fer avec la nouvelle direction. Et leurs partisans, à les entendre, ne sont pas rassurés. Roch qui est considéré comme le leader naturel du Front de refus s’est emmuré. Salif voyage beaucoup, pour l’enrôlement, il a fait une apparition furtive à Ouahigouya, s’enrôler et partir. Simon à Ouagadougou, n’est plus le même « teb djeré ». Or les autres attendent qu’ils lancent le tchaille ! A défaut prévoir un plan B, au cas où.

Si l’objectif semble être 2015, il faut se donner les moyens d’y arriver en situation d’influencer le cours des événements. Or si les trois peuvent tenir en dehors des avantages des institutions, beaucoup de partisans ne le peuvent pas. C’est pourquoi ils appréhendent le rendez vous des candidatures. Sauf à s’accrocher à l’idée d’une hypothétique situation de majorité introuvable qui imposerait une dissolution.

Mais ça c’est peut-être une vue de l’esprit. Même affaibli, le CDP garde des restes, tant que Blaise est encore maître du jeu.

Par Germain B. NAMA


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