D’où vient-il que l’on s’autorise à bruler les biens d’autrui ?

Publié le mercredi 15 août 2012

Par Newton Ahmed Barry

 

Récemment encore à Gombousgou, une commune rurale à 70 km de Manga, un groupe d’individus, sous le prétexte d’une vengeance sont allés dans un village, Saré Peulh, voler, brûler et molester. Certains prétendent qu’on devrait l’accepter, parce que ces actes résultent d’une vindicte populaire. Il y aurait donc des droits de tout faire, dès lors que cela se déroule dans le cadre d’une vindicte populaire. Il est inintéressant de s’attarder sur la définition de « vindicte populaire ». La vindicte étant une punition vengeresse, elle ne peut de toute façon être ni légale ni toléré. Le principe intangible est que « nul n’a le droit de se faire justice ».

 

Si par extraordinaire, on devrait transiger avec cette prescription, alors c’est la fin de notre vivre en commun. Parce qu’il y a mille et une raisons de provoquer « des vindictes populaires » contre chacun de nous. Si votre voisin, mange mieux que vous dans le quartier, vous êtes fondés à organiser une « vindicte populaire » contre lui. Et puis faut pas oublier cette sagesse moagha : « quand l’hyène mange l’enfant du « talga » roturier en français, dans le village et personne ne dit rien, quand il aura fini avec les enfants roturiers, c’est aux princes qu’elle va s’en prendre. Parce que ayant pris goût à la chaire humaine, elle ne pourra plus s’en passer »

 

Depuis peu, pour un oui ou un non, certaines personnes pensent qu’elles peuvent investir le domicile d’un tiers le saccager, molester les occupants et y mettre le feu, puis s’en retourner tranquille chez eux. Leur bon droit ? Leur colère.

 

Comme disent les bonnes gens chez nous : « certains ont trop compris » la liberté et la démocratie et il est temps de les ramener à la raison. La loi pénale burkinabè (articles 14 à 20) sanctionne ces actes. Mais les peines encourues sont vraiment peu sévères au regard des drames que de tels agissements provoquent. Pi, elles ne sont mêmes pas prononcées. Jusque là, en dehors des militaires mutins de Bobo Dioulasso, personne n’a été inquiétée pour avoir « en bande organisée » brûlé ou saccagé le bien d’autrui. S’organiser pour refuser un acte qui parait injuste, ne saurait être confondu à une volonté délibérée d’agression contre des tiers. Partout dans le pays, comme un mot d’ordre, s’en prendre à autrui, attenter à son intégrité physique est perçue comme normal. Il suffit donc d’une colère pour s’autoriser toutes les violences, injures et coups.

 

Nous avons été particulièrement touché, par le cas du couple Sondé, la cinquantaine révolue, que l’équipée vengeresse des agriculteurs Bissa a violemment agressé dans le village de Saré Peulh. La dame dont l’os de l’avant bras a failli être sectionné, par un coup de machette volontairement asséné par son agresseur, est une personne brisée pour toujours. Nous l’avons trouvé à Yalgado, le bras dans le plâtre, et totalement perdue. Elle répétait mécaniquement « quel mal ai-je fait ? Ils nous ont brisé ». Sa maison brûlée semble avoir emporté une partie d’elle qu’elle ne retrouvera plus jamais. Plus que la grave blessure qu’on lui a infligée « c’est cette intimité détruite » qui l’a meurtrie. 

 

Les imbéciles qui lui ont fait ça, sont tranquilles chez eux. Comme c’est une « vindicte populaire » Ils sont assurés de ne jamais être inquiétés. Et pourtant, ils sont connus. Ils continuent même de terroriser les éleveurs convaincus que leur droit « d’autochtone » les autorise tout. Principalement dans ce registre là, nous sommes entrain de revenir à des féodalités révolues.

 

La décentralisation paradoxalement a servi de levier à la renaissance féodale. Partout, les autochtones instituent des conclaves qui leur donnent des « privilèges » inaccessibles aux « étrangers ». L’Etat y toléré. Les lois de la république ignorées.

Les fonctionnaires doivent garder un profil bas et surtout ne pas interférer dans les affaires, même si elles sont manifestement illégales. Beaucoup de fonctionnaires ont été ainsi affectés, parce qu’ils ont simplement voulu faire leur travail. « C’est notre terre », nouveau slogan de « l’autochtonie » est entrain de transformer le Burkina Faso en une fédération de féodalités. C’est une dérive qu’il faut savoir circonscrire alors qu’il est encore temps.

 


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