Bien comprendre la problématique genre

Publié le mercredi 15 août 2012

Par Germain B. Nama

 

L’Association des Professionnelles Africaines de la Communication (APAC) est à la peine depuis des années pour donner vie au concept genre dans le secteur des médias. L’enfer est pavé de bonnes intentions dit-on et les responsables de l’APAC n’en sont que plus conscientes, tant le fossé entre la réalité et le discours est abyssal. C’est sans doute la raison pour laquelle elles ont décidé d’accélérer la dynamique en faveur du genre en créant le prix FEMEDIA. Quelle est l’image de la femme véhiculée dans les médias, celle-ci est-elle positive ou négative ? Quelle est la représentation de la femme dans les médias en termes de quantité mais aussi de qualité ?

Ces interrogations ne sont pas fortuites. Elles ne tiennent pas non plus à des effets de mode. Les rapports entre les sexes ne sont pas des rapports innés. Ils relèvent de constructions socio-historiques. Cependant, bien que socialisés, ils ne demeurent pas moins le produit de rapports de force. Etablis au départ par la force du muscle, la tradition puis la politique ont constitué par la suite les différents moments ou les différentes facettes du processus de socialisation. Malgré les progrès enregistrés, nous sommes encore loin de l’équité souhaitable dans la répartition des positions et des rôles.

 

Il ne s’agit pas d’une simple question formelle. Il s’agit plutôt de créer les meilleures conditions psychologiques et sociales capables de nous conduire vers une société de progrès véritable. Rester ou sortir de la problématique du rapport des forces entre sexes ? La question semble avoir été à peu près tranchée, du moins théoriquement. Notre loi fondamentale consacre en effet l’égalité des sexes, mais il faut encore se battre pour que ce droit ne soit pas une simple ligne d’horizon. Le constat aujourd’hui est peu glorieux, au point que l’on se trouve obligé de renforcer la législation dans le sens d’une discrimination positive en faveur de la femme. Des initiatives telles que le prix FEMEDIA participent de cet effort global pour faire bouger les choses, à commencer par les esprits. Il faut reconnaitre que si le changement est si lent, c’est parce que les mentalités sont encore dominées par des préjugés sexistes.

 

Il n’est pas facile à l’homme de renoncer à une position de pouvoir même illusoire. Quant à la femme, bien que défavorisée dans la relation sexiste, elle n’en est pas moins convaincue que sa situation relève de l’ordre des choses, un ordre conforme à l’ordonnancement naturel voulu par le Maître du temps. C’est cela la quadrature du cercle. D’où la nécessité de revoir notre conception du genre qui confine bien souvent au féminisme. En effet, il ne suffira pas de renverser la barre pour rétablir l’équité. Il n’est point besoin de construire une image idyllique de la femme pour fonder la légitimité du changement.

 

La femme n’est ni inférieure ni supérieure à l’homme. Ce sont des êtres qui se complètent parfaitement. Il s’agit donc de donner une chance à cette complémentarité à travers des rapports sociaux plus équilibrés et donc plus porteurs de développement. Et pour cela le discours doit cesser d’être théorique.

 

Il s’agit aujourd’hui d’affirmer une volonté forte par des mesures concrètes. Et puisqu’il est admis que le plus gros obstacle au changement est psychologique, les médias se voient investis d’une grande responsabilité. Malheureusement les professionnels de la plume n’ont pas forcément une bonne compréhension de la question genre.

 

A l’instar de notre parlement, il y a peut-être nécessité à créer dans chaque rédaction un caucus genre, suffisamment outillé pour induire des changements dans l’approche rédactionnelle de nos organes.

 

Mais il ne faut pas se voiler la face. On aura besoin ici encore de l’aide de l’Etat pour booster ces changements, notamment par une politique incitative favorable à la présence des femmes dans les médias, qu’ils soient publics ou privés. C’est un grand chantier qui s’ouvre devant nous et il faut de la détermination et du courage pour le conduire à bien.


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