Quelles actions des décideurs face à la Pauvreté chronique

Publié le mercredi 15 août 2012

Quelles politiques efficaces de lutte contre la pauvreté au Burkina Faso ?

 

De nombreuses politiques de lutte contre la pauvreté ont été menées au niveau du Burkina Faso depuis plusieurs années. Nombre d’entre elles ont produit des résultats qu’on peut aujourd’hui juger insuffisants, vu l’ampleur du phénomène. Toutefois être pauvre n’en est pas pour autant une fatalité. Il existe en effet des politiques de lutte adaptées suivant que le phénomène soit bien perçu. C’est ce a quoi s’est attelé un groupe de chercheurs burkinabé. Ceux-ci identifient deux composantes à la pauvreté au Burkina Faso (une transitoire et une autre chronique). Ces résultats émanent d’analyses basées sur une approche pluridisciplinaire. Aussi, leurs recommandations mettent en avant le renforcement en capital humain comme véritable moyen de politique de lutte contre la pauvreté dans son aspect chronique.

 

De quoi s’agit-il concrètement ?

 

L’Etude menée par ce groupe de chercheurs aide à une meilleure compréhension du phénomène pauvreté. Elle permet de cibler les causes de sa persistance à un niveau national et particulièrement rural. Il ressort de cette analyse une approche en termes de décomposition du mécanisme de la pauvreté au Burkina Faso. Cette décomposition laisse transcrire une composante Transitoire et une composante Chronique de la pauvreté. Cette dernière touchant principalement les zones rurales à forte densité agricole. Une politique efficace devrait donc s’orienter vers ces populations plus vulnérables.

Il est bien de rappeler que dans le passé les politiques menées étaient entre autres les PAS (Programmes d’Ajustements Structurelles) auxquelles ont succédé les plans de libéralisation et de décentralisation. Elles étaient centrées sur la recherche de la croissance économique et donc à terme de lutte contre la pauvreté. Nous pouvons citer les principales politiques ou programmes en vigueur au cours de la période a savoir : (1) le Cadre Stratégique de Lutte contre la Pauvreté (CSLP) adopté en 2000, révisé en 2003 et mise en œuvre à travers le Plan d’Actions Prioritaires (PAP-CSLP), (2) la stratégie de développement rural (SDR) à l’horizon 2015, élaboré sur la base de la lettre de politique de développement rural décentralisé (LPRRD) et adopté en 2004. Ces orientations vont entrainer l’apparition de nouveaux acteurs dans les filières agricoles tant du coté de la société civile que du coté du secteur privé.

 

Les politiques envisageables

 

Ces acteurs soumis au libre jeu de la concurrence de marché doivent à ce propos redéfinir les rôles et interactions dans les filières agricoles. Il s’avère nécessaire pour l’Etat de réorienter le dialogue décideurs-acteurs et impliqués, particulièrement les producteurs. Cette réorientation passe inéluctablement par cinq politiques majeures à savoir :

 

- une reforme de l’intervention publique dans le secteur agricole à travers un nouveau cadre d’échanges avec les acteurs

- la mise en œuvre de politiques plus tournée vers les problèmes rencontrés par les acteurs. A savoir : les imperfections des marchés, la redistribution de la richesse créée par la production agricole, la recherche de nouveaux marchés de biens ainsi que d’intrants mieux adaptés aux conditions locales.

- le renforcement des politiques déjà existantes visant à les rendre plus efficientes en termes de politiques régulatrices de l’économie agricole, ce qui comprend la fiscalité, la tarification douanière, la normalisation des produits, l’établissement de quotas ou le stockage

- les politiques de financement incluant davantage les banques et les institutions de microcrédit

- Et enfin par le renforcement du capital humain

 

De toutes les politiques envisageables présentées ci-dessus, celle touchant à l’amélioration du capital humain apparait en termes d’efficacité d’approche comme la plus pertinente. Ceux parce qu’elle incorpore toutes les autres.

 

En effet, les individus sont la principale richesse d’une nation. Le développement doit donc être un processus qui conduit à l’élargissement des possibilités offertes à chacun. Le développement se doit donc d’avoir pour objectif fondamental de créer un environnement qui offre aux populations les possibilités suivantes :

- vivre longtemps et en bonne santé,

- acquérir les connaissances qui les aideront dans leurs prises de décision quotidiennes. Cela passe par l’éducation y compris en langues nationales sur des thématiques spécifiques comme l’eau, la santé, l’environnement etc.

- avoir accès aux ressources leur assurant un niveau de vie décent en professionnalisant leurs activités.

- et participer librement à la vie communautaire et publique.

 

Que renferme cette notion de renforcement en capital humain ?

 

De façon générale, le capital humain a trait à la santé, à l’éducation et à l’emploi. Cette nouvelle approche du développement complète (pour ne pas dire s’oppose) l’objectif prioritaire d’équilibre monétaire et de croissance économique qui a été plus facilement préconisé par la Banque mondiale pour lutter contre la pauvreté au début des années 1990. Les défis auxquels le Burkina Faso et ses partenaires au développement doivent faire face en matière de valorisation du capital humain peuvent se mesurer par la comparaison de la situation actuelle, avec la communauté internationale.

 

Ces buts comprennent les points ci-après :

• l’éducation primaire universelle pour tous, 

• la réduction de deux tiers des taux de mortalité des enfants de moins de 5 ans et de trois quarts de la mortalité maternelle et,

• l’accès pour tous aux services de santé reproductive.

 

En effet, vu la faible qualité du capital humain en milieu rural, l’accent devra être mis sur l’alphabétisation et la formation professionnelle. Ainsi, introduire des modules de formation et d’enseignement sur la gestion des exploitations agricoles dans nos programmes d’enseignement secondaire et supérieur. C’est en cela que la création de grandes écoles est une œuvre à encourager et à reproduire.

 

Car elle va permettre de professionnaliser le secteur et permettre aux acteurs de passer de simple agriculteur au statut d’entrepreneur agricole. Un accent tout aussi particulier devra être fait en matière de santé à travers la création d’infrastructures accessibles par les plus démunis et la maintenance de ceux déjà existant.

 

Il est de nos jours reconnu qu’une bonne stratégie de valorisation du capital humain, visant à réduire la pauvreté doit partir de l’hypothèse que le capital humain et certaines formes de capital, physique et social, sont complémentaires. Aussi il faut augmenter les capacités des fonds spéciaux pour la promotion et la création d’emplois. Toutefois, l’investissement dans les ressources humaines sera voué à l’échec si très peu d’opportunités d’emplois sont créées pour utiliser pleinement le capital humain. On peut assister par exemple à la fuite de cerveaux ainsi formés vers les pays du Nord, sous prétexte « qu’on souffre trop en Afrique ».

Pour éviter cet état de fait, des actions doivent être entreprises telles les redistributions de biens publics à travers la mise en place d’infrastructures agricoles. Le suivi et l’évaluation des politiques nationales de redistribution.

 

L’intégration des populations du monde rural dans la prise de décision les concernant car personne d’autre qu’eux ne connait leurs difficultés au quotidien. Bâtir et mettre au cœur de la stratégie, l’élevage qui est un secteur moins exigeant en ressources hydrauliques et plus apte à fournir au secteur agricole des intrants qui bonifient les terres. Ceci doit être couplé avec la recherche de nouveaux marchés de produits agricoles. A titre d’exemple, le Nigeria importe du Brésil l’équivalent du PIB Burkinabè en matière de volaille. Une manne que pourrait s’offrir au Burkina qui est un pays à fort potentiel d’élevage de volaille. Aussi il faut suivre et évaluer les programmes d’aide décentralisée pour limiter le captage de rente par certaines élites locales. Et enfin définir et regrouper la production nationale par zone géo agricole pour la rendre plus efficiente et ainsi bénéficier des externalités liées à leurs activités.

 

En somme, La réduction de l’analphabétisme et des inégalités, le renforcement du capital social et le bien-être des personnes ne sont plus à considérer comme un accompagnement de la politique économique, mais comme le but du développement et de la lutte contre la pauvreté.

 

TAPE Jean Georges

 

Équipe du Burkina Faso

Dr Claude WETTA ; Dr Samuel T. KABORE, Dr Ludovic KIBORA ; Dr Aude NIKIÈMA ; Michel KONE, Dr Mafing KONDÉ ;

Marie-Eugénie MALGOUBRI ; P. Médard Francis ZIDA ; Abdourahyme SAWADOGO, Honorine SAWADOGO.

 

* 9ème article d’une serie de 12 tiré du rapport « Pauvreté Chronique et Transitoire au Burkina Faso.

Une analyse de la dynamique à partir de données agricoles ». Version finale Septembre 2011


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