Les Trésors de Tombouctou ! : Les fous d’Allah ont envahi les contrées paisibles du Nord Mali

Publié le dimanche 5 août 2012

Ils sont arrivés comme une nuée de guêpes en pleine journée avec la complicité même de plusieurs groupes de Maliens. D’un côté, ceux qui, à la capitale ont cru résoudre le problème des contradictions maliennes en chassant du pouvoir le Général ATT et de l’autre, ceux qui ont ouvert la voie aux terroristes en s’alliant avec eux pour réaliser leur rêve fou de créer leur propre pays dans ce Mali trop vaste.

Ce pays-continent (dont la superficie de 1.241.238 km2 englobe 30 fois la Suisse, l’Allemagne, la France, la Belgique et les Pays-Bas réunis) devenu ingouvernable avec le mode de gestion africaine où tout est concentré dans la capitale et où le développement s’arrête aux portes des villes principales, faisant toujours des régions proches ou éloignées les grandes oubliées des initiatives économiques. Une situation à la base des ressentiments de toutes sortes qui conduit inexorablement à ce qui se déroule actuellement dans ce pays frère.

On a vu venir mais on n’a rien fait. On a vu venir et on n’a voulu rien faire, attendant comme toujours que la catastrophe nous tombe dessus.

La débandade de l’armée dite régulière malienne était un prélude clair à l’invasion de ces groupes fondamentalistes sans foi ni loi, tuant et violant sur leur passage. Comment peut-on prétendre instaurer le règne de Dieu (lui qui n’est qu’Amour) en semant la terreur et en déshonorant les femmes ?

Comment peut-on vouloir propager la bonne moralité en n’étant soi-même sans morale ni respect de l’humanité des autres ?

« Des enfants de Dieu qui tuent d’autres enfants de Dieu au nom de Dieu, je n’y comprends rien » chantait le Rasta fou (pas si fou que ça) ivoirien Alpha Blondy dans son album Masada paru en 1992. En effet, il y a là une logique qui m’échappe.

Dans le vocabulaire anglophone, évoquer Tombouctou, c’est laisser entendre quelque chose qui n’existe pas. Dire que l’on va à Tombouctou par exemple indique un endroit perdu au bout du monde, ou dire qu’on en vient signifie de nulle part et correspond au <<baaga n ki wan>> (là où le chien est mort) des Mossé.

Dans l’imaginaire anglophone donc, que ce soit au Canada, aux USA ou en Angleterre, Tombouctou est un vrai mythe et n’existe pas. Imaginez donc un peu l’émoi créé par les actualités des derniers mois en provenance de là, où les écrans du monde furent envahis d’images de Tombouctou saccagé, pillé. Non seulement des millions de ces personnes découvraient que Tombouctou existait réellement mais que des sites historiques millénaires classés dans le Patrimoine mondial de l’Unesco étaient détruits par des ignares qu’ils n’ont pas manqué de traiter de barbares.

Et revoilà encore l’image de notre chère Afrique salie, bafouée.

A un journaliste qui demandait au leader Ansardine s’il était conscient du tollé mondial provoqué par leur destruction des mausolées, il a répondu ceci : « Ceux qui se plaignent ou se disent choqués, s’ils sont vraiment humains qu’ils envoient plutôt des vivres aux femmes et aux enfants du Mali au lieu de se lamenter sur le sort des pierres. »

J’avoue que sa réponse m’a laissée perplexe. Des femmes, des enfants et des hommes souffrant de la faim et du manque d’eau, fuyant la violence se réfugient sous des abris de fortune dans des pays voisins sans grands moyens pour les sauver. Ces images n’ont pas ému grand monde et personne de la communauté internationale n’est accouru pour leur venir en aide. Tous les leaders du monde se contentent, confortablement assis depuis leurs bureaux climatisés de Washington, Bruxelles ou Paris d’émettre des condamnations véhémentes tout à fait inutiles mais il a suffi que des mausolées soient touchés, des statuettes détruites pour que l’indignation se généralise.

Quel message envoie-t-on alors ?

Que les édifices de boue et de pierre même s’ils ont une valeur historique et mémorielle incontestable et reconnue sont plus importants que les édifices humains ?

Je dois reconnaître que pour l’artiste que je suis, engagée dans la défense et la sauvegarde du patrimoine culturel africain, cela a créé en moi un certain malaise qui a encore du mal à se dissiper.

Défendre et sauvegarder notre riche mémoire collective, oui, mais à quel prix ?

Les fous d’Allah ne devraient pas pouvoir s’en tirer comme ça à si bon compte en distribuant des doses de mauvaise conscience à ceux qui s’élèvent contre leur barbarie.

Il faut sauver le peuple du Mali tout entier en même temps que le patrimoine mondial de Tombouctou si nous ne voulons pas que d’autres peuples se souviennent uniquement de nous dans leur vocabulaire comme d’un non-lieu et d’un non-être.

Tombouctou doit continuer à exister.

De Tombouctou, nous venons et à Tombouctou, nous devons tous aller.

Salamalekoum !

 

Angèle Bassolé, Ph.D.

Écrivaine et Éditrice,

 Ottawa, Ontario.

abassole@yahoo.com


Commenter l'article (32)