Déficit en infrastructures universitaires : Filières surpeuplées et absence de solution viable

Publié le dimanche 5 août 2012

L’université manque cruellement d’infrastructures. Amphithéâtres, salles de cours, laboratoires, bureaux d’enseignants, bref, le temple du savoir manque de tout. En 2011, il y avait 16 483 places disponibles pour 25 120 étudiants. Ces chiffres ne prennent pas en compte les cohortes d’étudiants des filières juridiques et économiques de l’université Ouaga 2 qui comptent les promotions les plus peuplées. Selon certaines estimations, l’U O compte aujourd’hui près de 50 000 étudiants. Un nombre qui ne cesse de croitre. Pourtant depuis 5 ans, L’Etat n’a plus construit d’amphithéâtre. Il devient quasiment impossible de gérer les flux d’étudiants. La rareté et l’exiguïté des salles de cours exacerbent les tensions et provoquent de fréquents incidents entre enseignants mais aussi entre étudiants.

 

Le déficit en infrastructures est un vieux problème auquel les autorités tardent à trouver une solution viable. On se souvient encore de ce fait divers qui est passé en jugement le 8 mai dernier au tribunal de grande instance de Ouagadougou. Deux professeurs se sont retrouvés devant la justice pour une affaire d’amphi que chacun tenait à occuper pour dispenser ses cours aux étudiants. Ils en étaient arrivés aux mains sous les yeux des étudiants. Un fait divers qui illustre la réalité sur la question des places à l’université de Ouagadougou. Les conflits entre étudiants de promotions différentes sur l’occupation des salles de cours sont récurrents. Depuis 5ans, pas une seule salle de cours ne s’est ajoutée à l’existant. Les deux pavillons de 2500 places de 2007 sont les derniers bâtiments construits pour servir de salles de cours. Le déficit est énorme. Il ressort dans le rapport de gestion du conseil d’administration présenté à l’occasion de l’assemblée générale des sociétés d’Etat en 2011, que l’université dispose seulement de 16 483 places sur un effectif d’étudiants de 25 120 inscrits présents. Ces chiffres ont été présentés pour montrer l’inadéquation entre la demande et le nombre de places disponibles. Mais, on a omis de souligner que ces chiffres ne prennent pas en compte les étudiants des unités de Formation et de Recherches en Sciences Juridiques et Politiques (SJP) et en Sciences Economiques et de Gestion (SEG) qui relèvent de l’université Ouaga 2. Ces étudiants partagent pourtant les mêmes infrastructures que leurs camarades de l’Université de Ouagadougou.

 

De petits amphis pour

de grandes cohortes

Autre aspect important non souligné dans le rapport, l’état défectueux des chaises. Celles-ci sont pour la plupart abimées suite à l’usure du temps et de l’absence d’entretien. Ensuite, chaque année le nombre d’étudiants ne cesse de croitre. La plupart des filières de 1ere année ont franchi la barre de 1000 étudiants. Pas d’amphis de grande capacité d’accueil pour ces milliers d’étudiants qui entre chaque année à l’université. Il n y a que 8 grandes salles qui peuvent contenir les promotions de plus de 800 étudiants. Pourtant l’université compte au moins 20 promotions qui dépassent largement ce nombre. Conséquence, la présidence peine souvent à programmer les cours dans certaines promotions. On se bouscule pour occuper les salles de cours et c’est à qui les occupera le premier. Ces salles même disponibles sont trop petites pour la plupart des promotions. En première et deuxième année, la plupart des promotions dépassent les 1500 étudiants. C’est le cas en anglais, en sociologie, les filières les moins peuplées il y a seulement quelques années. Il y a très peu de d’amphis de 1000 places. Ces dernières années, les autorités universitaires ont trouvé un palliatif. Les grandes promotions sont scindées en deux.

Les filières d’anglais, Sciences et Technologie (ST).. sont dans cette situation. En ST, pour avoir de la place, il faut se lever très top le matin. Ils sont plus de 1500. Mais le cafouillage né de l’application du système LMD, (lire l’article de Ouoba Boukary) dans cette filière et le manque de places disponibles ont obligé les autorités académiques à constituer deux promotions de première année dans cette filière. Chacune d’elle compte plus de 1500 étudiants. Les cours sont dispensés dans des amphis qui comptent officiellement 1500 places. Mais, le constat est là. Tous les étudiants n’ont pas de places assises à l’heure du cours. Cette filière illustre les difficultés dans l’application du système LMD. Des étudiants de la promotion de l’année 2010-2011 n’ont pas encore terminé leur année académique. Les autorités universitaires sont conscientes que la solution palliative qui consiste à scinder les grandes promotions en deux n’est pas viable. Au contraire, elle a accentué un problème qui existe déjà : l’éternelle question du déficit en personnel enseignant. L’université de Ouagadougou en souffre depuis de longues années. Les enseignants avec cette nouvelle donne doivent fournir un effort supplémentaire pour dispenser les cours. L’ouverture des centres universitaires régionaux au cours de la dernière décennie devait permettre non seulement de créer des pôles d’excellence mais aussi de désengorger les deux universités de Ouagadougou. Mais cela ne semble pas avoir changé grand-chose. Le déficit en infrastructures s’accentue. Koudougou, Ouahigouya, Fada, Dori, Dédougou ne sont pas mieux loties. Le déficit est plus criard dans certains de ces petits centres universitaires qu’à Ouagadougou. La plupart ne disposent même pas de vrais amphis. Les cours sont dispensés dans des salles louées.

 

Pas de solution

à moyen terme

Apparemment les solutions ne sont pas pour demain. Depuis 2009, les autorités ont prévu la construction de nouveaux amphithéâtres. Mais rien de concret pour le moment. Dans les prévisions budgétaires de l’université de Ouagadougou 2012-2014, il est prévu la construction d’un complexe d’amphithéâtres de 500, 800 et 1200 places. C’est un engagement qui date de plus de 3 ans. Il faudra attendre probablement 2014 pour espérer voir ces nouveaux bâtiments sortir de terre. Ces amphithéâtres sont déjà dépassés avant leur construction. Il y a peu de promotions en dessous de 500 étudiants en première année. Il est prévu également la construction d’un amphithéâtre de 300 places à l’Unité de Formation et de Recherches en Lettres Arts et Communication (URF/LAC) depuis plusieurs années. Jusqu’à présent cet amphithéâtre n’a pas encore vu le jour et on ne sait pas non plus à quel moment il sortira de terre. C’est un amphi qui ne servira pas à grand-chose à en croire les étudiants. Il y a très peu de promotions de 300 étudiants dans cette UFR. Les promotions les moins nombreuses sont en linguistique et en Allemand. Naguère, elles ne dépassaient pas 300 étudiants et prenaient leurs cours dans les laboratoires. Aujourd’hui toutes ces filières ont explosé. Aucune d’elle ne peut prendre cours dans un amphithéâtre de 300 places.

 

Ouaga 2 n’a rien changé

La création de l’université Ouaga 2 n’a pas modifié la donne. Ouaga 2 est une université virtuelle qui n’existe que de nom. Les étudiants de SEG et de SJP relèvent de cette université. C’est une université qui n’a pas ses propres locaux. La présidence est en location et les étudiants continuent de partager les mêmes amphithéâtres que leurs camarades de l’université de Ouagadougou. Il n ya pas d’amphithéâtre à l’université de Ouagadougou qui peut prendre les grandes promotions des UFR /SJP et SEG. Jusqu’à présent, les grandes promotions des deux UFR prennent les cours au SIAO. Les deux amphithéâtres en construction depuis plusieurs années à Gonsin, site officiel de l’université Ouaga 2 seraient achevés. Mais ces amphithéâtres sont déjà dépassés avant leur ouverture. Aucune promotion de première ou deuxième année ne peut prendre cours dans ces amphis. On ne sait pas à quel moment exactement ces amphis ouvriront leurs portes. Gonsin est à plus de 25km de Ouagadougou. Cette université est censée accueillir des promotions qui dépassent la barre de 3000 étudiants. Comment convoyer ces étudiants chaque matin sur le site ? Rien n’est encore clair.

La première cité universitaire en construction depuis trois mois sur le site ne compte que 408 lits. Une goûte d’eau dans la mer.

Par Moussa Zongo


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