Education : Licence Master Doctorat (LMD) Va-t-on vers une reforme mort-née ?

Publié le dimanche 5 août 2012

L’Université de Ouagadougou expérimente un nouveau système d’enseignement depuis 2009. Le système Licence Master Doctorat (LMD) fait son chemin. Mais c’est avec beaucoup de peines et d’embuches que les étudiants et mêmes leurs enseignants découvrent ce modèle tant chanté et qui devrait apporter la reforme. Le bilan de la refondation de 2000 n’ayant pas été officiellement établi par les instances de l’Université, les acteurs ont présumé la faillite. Le souffle qui était attendu de la réforme du Système LMD a fait un flop prématuré. Les étudiants de SVT regrettent déjà l’ancien système.


UFR/SVT

La rentrée 2011-2012 se fera en 2013

L’année scolaire 2011-2012 est bien terminée et les élèves sont depuis en vacances . S’ils ont un souci en ce moment c’est comment préparer dans de bonnes conditions la rentrée 2012-2013. Par contre pour leurs aînés de l’UO et précisément ceux de l’Unité de Formation et de Recherche en Sciences de la Vie et de la Terre (UFR/SVT), la rentrée académique 2011-2012 n’a même pas encore eu lieu. Dans le meilleur des cas, elle se fera en janvier 2013.

 

Pendant deux heures d’horloge, ce 17 juillet 2012, nous nous sommes entretenu avec des étudiants en SVT. Il n’en fallait pas moins pour comprendre leur situation académique. Au bout de l’entretien, notre impression est que l’embrouillamini est inextricable. Drissa Ouattara et son camarade Seydou Millogo sont en deuxième année de licence (L2) à l’Unité de formation en sciences de la vie et de la terre. La rentrée académique 2010-2011, qui est toujours en cours pour ces étudiants et plus de 500 autres puisqu’ils sont estimés officiellement à 559 étudiants dans leur option, avait débuté en mars 2011. Mars 2012 passé, ils sont dans leur 16ème mois de la même année académique. Les deux étudiants n’ont pourtant pas redoublé la classe. Ils sont simplement dans une année interminable. Le 17 juillet, jour de notre entretien, ils venaient de sortir (il était 13h) d’une évaluation, au compte de la première session du deuxième semestre* de l’année 2010-2011. « C’est plus qu’une année blanche », parce que « nous avons perdu plus d’une année académique », déclarent-ils, le regard et le ton amers. Et à écouter ces étudiants désemparés, l’année n’est pas prête de s’achever. « Depuis le mois de mai, nous avons compris que l’année était perdue pour nous mais nous avions au moins l’espoir qu’on allait rentrer en octobre 2012 pour l’année 2011-2012 ». Cet espoir aussi s’est envolé. Suivons leur parcours. Le premier semestre de l’année 2010-2011 s’est achevé en décembre 2010. Notons qu’avec le système LMD, l’année est divisée en semestres et chacun des deux semestres comprend deux sessions d’examens, c’est-à-dire une première session (la session normale) et une deuxième session (la session de rattrapage pour les étudiants ajournés).

C’est exactement le 8 décembre, se rappellent-ils, que les résultats de la deuxième session du premier semestre ont été publiés. Les étudiants expliquent que cette publication est intervenue après qu’ils aient protesté pour réclamer la délibération de leurs résultats. En effet, entre la fin des examens de la session (le dernier devoir avait été composé le 20 octobre 2011) et la publication des résultats, il s’est écoulé plus d’un mois et demi (exactement 50 jours). Pour les étudiants c’était trop. Il faut ajouter que entre les deux sessions du premier semestre, il y a eu un mois de flottement (mars) pendant lequel les étudiants se tournaient les pouces. L‘administration envisageait l’adoption d’une mesure de contingentement. Sur 600 étudiants qui s’étaient orientés en option Science de la Terre (ST), l’administration estimait que le nombre était trop élevé au regard de la capacité d’accueil du laboratoire. L’administration voulait n’en prendre que 100 alors que les 600 étudiants remplissaient tous les conditions de l’option. Le Dr Miningou Mariette, coordonnatrice du système LMD à l’FR/SVT admet que les étudiants remplissaient effectivement les conditions. Cependant, elle est aussi catégorique sur le fait que l’option ST ne peut pas prendre plus de 100 étudiants. Au delà il n’est pas possible de faire des sorties d’études. Les sorties de terrain ne sont réalisables en géologie qu’avec des effectifs de 40 étudiants par groupe selon Dr Miningou, une géologue. Elle en déduit qu’avec plus de 500 étudiants, il faudra consacrer entre 5 et 6 mois, uniquement aux sorties de terrain. Sur le plan équipement c’est une autre complainte. Le laboratoire de géologie possédait trois microscopes pour les 600 prétendants à l’option. Au jour de notre entretien, les trois microscopes étaient tous hors d’usage nous a confié Dr. Miningou. Finalement après des tractations, un conseil de gestion s’est tenu et a tranché en faveur des 600 étudiants.

La troisième année de SVT est dans la nature

  Dr Miningou Mariette coordonnatrice du LMD en SVT, Drissa Ouattara et Seydou Millogo étudiants en 2è année SVT

La deuxième année poursuit donc son année 2010-2011. Le dernier devoir sur table de la première session du deuxième semestre de l’année a été composé le 14 juillet. Reste les examens des travaux pratiques qui se poursuivent toujours. Deux travaux pratiques n’ont pas encore été administrés par les moniteurs. Il faut attendre que ces TP soient programmés et dispensés par les moniteurs et ensuite que leurs examens se fassent. Après, ce sera le tour des enseignants pour les corrections des copies de toutes les évaluations de la session et enfin la proclamation des résultats. Il restera encore une dernière session dite session de rattrapage du deuxième semestre. Selon Dr. Miningou Mariette, la correction des copies est une dure épreuve et constitue avec le manque d’amphithéâtres, les principales causes de retard dans l’année. Le 24 juillet, elle avait encore à elle seule près de 3000 copies à corriger. Elle envisage mettre à profit les vacances d’août pour finir les corrections. Les 559 étudiants de Science de la Terre ne constituent qu’une option en 2ème année de SVT. Il y a dans la même promotion deux autres options : l’option Science de la Vie et l’option Enseignement SVT. Ces deux options sont elles aussi à la première session du deuxième semestre de l’année académique 2010-2011. En ce moment, il y a donc quatre promotions en SVT qui sont concernées par le LMD. Il s’agit des deux premières années à savoir la première année de l’année académique 2010-2011 et la première année de l’année académique 2011-2012. Les derniers (les bacheliers de 2011) ont effectué leur rentrée en mi-juin 2012 alors que la promotion qui les a précédés (les bacheliers de 2010) est loin d’avoir terminé son année 2011-2012. Il y a ensuite la deuxième année de SVT et enfin la troisième année de SVT. Les étudiants de la quatrième année ne sont pas encore dans le LMD et c’est seulement ces étudiants de 4ème année qui sont dans une année académique normale. Ils sont en année 2011-2012 pendant que les trois autres promotions sont encore en 2010-2011. Pour les étudiants, il n’y a pas meilleure preuve que le retard et la perte de leur année est liée au LMD. Les cours en quatrième année sont bien avancés et l’année 2011-2012 devrait se terminer au plus tard en janvier pour les maîtrisards. Signalons enfin que la 3ème année de SVT n’existe pas en ce moment. La 3ème année de SVT en cette année académique 2011-2012 devrait être composée des étudiants de la deuxième année de l’année académique 2010-2011 (qui ont validé leur année pour aller en année supérieure) et des étudiants de 3ème année de l’année académique 2010-2011 qui n’ont pas validé leur année et qui par conséquent reprennent la 3ème année. Il se trouve qu’à l’heure actuelle, Il n’existe pas d’étudiants de 2010-2011 qui aient validé l’année, puisque l’année académique est toujours en cours dans cette promotion. Quant à ceux qui reprennent la 3ème année, ils sont en train d’attendre que l’année académique 2010-2011 s’achève avant de pouvoir reprendre leur année avec les nouveaux admis en 3ème année. Dans une telle situation, c’est à boulets rouge que les étudiants tirent sur le LMD. Pour eux, Il n’y a pas de doute que le système Licence Master Doctorat est « lourd » dans son fonctionnement. Dans un précédent article que nous avons consacré à la situation académique à l’UFR/LAC il était établi que les promotions qui expérimentent le LMD sont celles qui sont en retard (voir L’Evénement N°236 du 25 juin 2012). Administrer quatre sessions d’examen en une année académique est intenable dans l’état actuel de nos universités publiques. L’Université Ouaga l’a compris. Sous la coordination de Dr Serge Balibié Bayala, Ouaga 2 a choisi son approche.

 

Ouaga 2 prend l’avantage sur l’UO

 

Le système LMD est en vigueur depuis la rentrée 2009-2010. Et pourtant l’UO n’y est toujours pas. Nous avons rencontré le coordonnateur du Système LMD de cette Université sans campus, le Dr Serge Bayala pour en comprendre les raisons. De simple constat, l’UFR Sciences Juridiques et Politiques (SJP) et l’UFR Sciences Economiques et de Gestion (SEG) sont celles qui sont enviables de par leur situation académique. En Droit comme en SEG, les étudiants ont effectué la rentrée 2011-2012. Mieux, les premiers cycles ont fini les cours et il ne leur reste plus que les travaux pratiques et les évaluations. Les seconds cycles sont à plus de 70% d’exécution de leur programme. C’est presqu’une révolution dans ces UFR qui, à cause de leurs grands effectifs s’étaient accoutumés aux retards. Il n’y a pas deux ans, ces deux filières étaient en retard sur toutes les Universités du Burkina. Les premiers qui deviennent les derniers, c’est la réalisation de la prophétie. Selon le Dr Bayala, l’UFR SEG a rattrapé deux mois de retard par rapport à l’année dernière. C’est presque la même chose en SJP où la rentrée 2011-2012 s’est effectuée le 23 février 2012 alors qu’en 2010-2011, la rentrée avait eu lieu le 11 avril. Le retard que Ouaga 2 a comblé par rapport à l’Université de Ouagadougou peut s’expliquer d’une part par les trois années d’application du LMD dans certaines filières de l’UO qui ne sont jusqu’ici que trois années d’expérimentation et de tâtonnement. La fusion entre temps (2009-2010) des UFR/SVT et SEA et leur dislocation cette année (2011-2012) est une illustration de ces marches à reculons qui ont plombé la progression de ces UFR. D’autre part, le temps gagné par Ouaga 2 peut s’expliquer par l’augmentation du volume de travail en SJP et en SEG. Et justement cette augmentation du volume de travail est diversement appréciée chez les étudiants. Certains s’en félicitent et se réjouissent de la normalisation progressive de l’année académique alors que d’autres étudiants expriment des inquiétudes sur les méthodes utilisées pour y parvenir. C’est le cas de Denis Traoré en 3ème année de droit qui estime que l’encadrement a été bâclé par certains enseignants. Beaucoup d’enseignements dit-il ne sont plus dispensés parce que « les professeurs mettent leur cours sur des supports papiers qu’ils revendent aux étudiants sous forme de polycopies ». Cette même pratique a cours en SEG et le délégué général de la corporation ANEB de cette UFR, Arouna Dieni, s’en offusque. Avec les polycopies, les enseignants se contenteraient de donner des explications brèves sur quelques parties du cours et « déclarent le programme terminé ».

Il y a également les travaux pratiques et les travaux dirigés qui seraient « bâclés » par certains moniteurs pendant que d’autres choisissent même de ne pas faire ces TD et TP. Arouna Dieni attribue à ces pratiques le taux élevé d’échecs enregistré cette année à l’UFR/SEG par rapport aux années antérieures. En SJP, soutient Denis Traoré, « en 2010-2011, les cours étaient programmés dans l’UFR de 7h à 13h et les Travaux dirigés ou pratiques étaient programmés de 13h à 21H », une véritable course contre la montre.

 

Ouaga 2 prépare son LMD

 

A la rentrée 2012-2013, l’Université Ouaga 2 fera son entrée dans le LMD. C’est l’aboutissement d’une longue préparation selon le coordonnateur du système, le Dr Serge Bayala. D’après lui, depuis 2009, son Université « a pris le LMD au sérieux » si bien qu’ils ne pouvaient pas en faire « une course de vitesse ». Pour lui, la sensibilisation était la première chose à faire surtout que les étudiants avaient « peur de l’inconnu ». Le LMD met l’étudiant au cœur du système d’enseignement et accroit sa responsabilité dans l’apprentissage, déclare le coordonnateur. Aujourd’hui, il estime que la sensibilisation a fait son effet et selon le bilan que Ouaga 2 a fait en 2011, « tous les acteurs sont unanimes pour aller au LMD ».

La deuxième étape qui est sur le point d‘être accomplie c’est la relecture des curricula et l’élaboration de la charte des examens.

Ces documents, le coordonnateur nous les a présentés dans son bureau. Ils sont prêts a-t-il dit et ils devraient être adoptés au Conseil Scientifique qui aura lieu ce 31 juillet. Ensuite « le feu vert sera donné aux UFR pour aller au LMD », le Système LMD tel que l’envisage l’université Ouaga 2, appliquera la semestrialisation de l’année.

Par contre, il n’y aura pas de délibération après chaque session d’examen comme le veut le système et comme cela se fait à l’Université de Ouagadougou. Selon le Dr Bayala, les conditions actuelles de l’Université Ouaga2 (absence d’amphithéâtres, effectifs pléthoriques (lire ci-contre le reportage de Moussa Zongo sur le déséquilibre entre les effectifs et les infrastructures) ne permettent pas quatre délibérations dans une année académique. Il y aura une seule délibération en juin. Le coordonnateur du LMD à Ouaga 2 est convaincu que « ce nouveau système ne peut pas être appliqué dans sa forme achevée ». Pour lui c’est un système qui se mettra en place progressivement avec le temps et avec les conditions n

 

  • En LMD, les semestres s’additionnent. Ainsi nous avons semestre 1 et semestre 2 qui correspondent à la 1ère année et, semestre 3 et semestre 4 pour la deuxième année. Pour la compréhension nous avons utilisé semestre 1 et semestre 2 pour parler des deux semestres de la deuxième année.

 


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