Enrôlement biométrique au Sahel : Mobilisation massive malgré l’enclavement

Publié le dimanche 5 août 2012

Débutées le 10 juillet dans la zone du Sahel, les opérations d’enrôlement ont enregistré ça et là quelques lenteurs dues en partie au mauvais état des routes. Dans l’imagerie nationale, le Sahel est un immense espace désertique fait de dunes de sable où la pluie est une denrée extrêmement rare. Si l’image reflète une certaine réalité, elle ne renferme pas moins un paradoxe. La saison des pluies est en effet un moment de cauchemar pour les sahéliens privés de routes pour se déplacer. Déou , Sohlane, Tokounadie, Mansira sont autant de localités de l’Oudalan et du Yagha où le matériel a été transporté par hélicoptère. Depuis son campement de Dori, le lieutenant Clauthaire Ilboudo et ses hommes approvisionnent les commissions communales en matériel à partir de la base logistique de Ziniaré. Les véhicules roulants ne peuvent pas aller plus loin que les chefs-lieux de province. C’est ensuite au tour des commissions communales de l’acheminer vers les sites d’enrôlement. Une entreprise qui relève parfois de la gageure. A cela, il faut ajouter les conditions de travail particulièrement pénibles des équipes d’opérateurs, obligés de vivre la vie de populations dépourvues de services sociaux de base. Malgré cela, les sahéliens semblent avoir compris l’enjeu politique de l’enrôlement. Là-bas la photo ne constitue pas la seule attraction. La compétition politique y est particulièrement serrée. Les acteurs politiques ont investi le terrain, ce qui crée un certain engouement. C’est le cas notamment à Dori où nous avons décidé de poser le regard en ce dernier jour d’enrôlement.

 


Monitoring d’une journée d’enrôlement dans la commune de Dori

Maiga Amadou, Président de la CECI de Dori

Jeudi 19 juillet, il est 8H. En compagnie du commissaire Tankoano, nous quittons l’hôtel Sahel hébergement pour les locaux qui abritent le serveur régional. Il s’agit de l’ordinateur central qui contient la mémoire des données sur les inscrits de l’ensemble des quatre provinces de la région du Sahel. Tous les trois jours, les superviseurs communaux ramènent au bureau régional les clés USB contenant les données recueillies dans les sites d’enrôlement de leur compétence pour y être enregistrées. Il y a parfois des retards au niveau des zones d’accès difficile comme Mansila ou Titabé. En cette matinée du 19, l’opérateur Séogo et ses camarades ne croulaient pas sous la tâche. Il faut attendre le retour des clés pour créer de l’effervescence au bureau régional. Ce n’est pas le cas à l’école C du secteur 1 où nous arrivons peu après. L’opératrice Kantiono Anasthasie au clavier est visiblement débordée. Le commissaire Tankoano s’aperçoit que le cahier prévu pour l’inscription manuelle n’est pas remplie. En cas d’erreurs de manipulations, le recours au cahier permet en effet de retrouver les données. Mais il y a un inconvénient. Le cahier peut-être source de retard, particulièrement en période d’affluence. L’aide opérateur généralement commis à cette tâche est souvent obligé de faire de la facilitation au niveau du capteur d’empreintes où les gens ont souvent des problèmes pour obtenir la bonne position des doigts. Le déclic ne se produit pas tant que la position des doigts n’est pas conforme.

 

A chacun son superviseur

Si la CENI a ses superviseurs qui suivent le déroulement des opérations et apportent des solutions aux difficultés, les partis ont les leurs qui veillent aussi au grain. C’est le cas de M. Lompo Idrissa, conseiller municipal CDP du secteur 2. Depuis le début de l’enrôlement, l’homme est toujours là. A notre passage, il venait de déposer des bancs et un ventilateur pour l’opératrice qui souffrait visiblement de la chaleur. Tous les matins avant la reprise de l’enrôlement, il fait balayer la salle de classe. Il fait lui-même le piquet dehors, distribuant des plaisanteries à droite à des femmes bella, instruisant à droite un vieil homme peulh qui a des difficultés à se procurer la copie intégrale de son jugement supplétif. La sensibilisation, il en fait abondamment dans le secteur afin que les gens aillent s’inscrire. Le secteur 2 de Dori est le secteur de résidence des fonctionnaires. Entre époux et femmes de fonctionnaires, on y procède à la répartition sexuelle du travail de mobilisation. Les femmes s’occupent des femmes et les hommes des hommes. Dans cet engagement politique, « pas question nous dit M. Lompo d’aller ramasser les gens pour qu’ils viennent s’inscrire. Il faut bien qu’ils manifestent leur intérêt en se déplaçant eux-mêmes. Sinon ça n’a pas de sens, d’autant qu’au finish on ne sait même pas pour qui ils vont voter ».

 

Katchirga, enjeu de la bataille entre le PDS

et la CFDB

Katchirga, localité située à une vingtaine de kilomètres de Dori est le plus gros village de la commune de Dori. C’est un enjeu important pour le parti d’Arba Diallo qui dirige la commune mais aussi pour Nassirou Dicko, ancien député suppléant d’Arba. En rupture de ban ce dernier a rejoint le parti de Diamdioda député de l’Oudalan. A Katchirga, la bataille promet d’être rude d’autant que c’est le village de la mère de M. Nassirou. Nous y arrivons aux environs de 11H. Pour accéder au bureau d’enrôlement, nous avons du faire des acrobaties pour contourner le plan d’eau sur l’unique voie d’accès. Preuve de l’engouement, un troisième kit y a été acheminé la veille. Problème, seul le kit nouvellement arrivé est en état de marche, les deux autres sont fermés, le premier pour capteur d’empreintes défectueux, le second pour rupture d’encre. La fermeture des deux kits provoque un embouteillage sur le troisième. Dicko Amidou se dit le fils d’un des conseillers du village. Il est l’agent de sécurité de circonstance et tente avec peine de mettre un peu d’ordre dans le rang. La connexion au réseau téléphonique est difficile voire inexistante dans le village. Le commissaire Tankoano tente des appels en vain et presse afin qu’on rejoigne au plus vite une zone où il peut demander des renforts.

 

Visite à la CECI de Dori

Pas de répit pour M. Maiga Amadou, président de la commission communale. Aux 89 sites d’enrôlement de départ, on y a ajouté deux sites supplémentaires, ceux de Katchirga. Rupture de carburant sur les sites, pannes de kits ou de groupes électrogènes sont autant de problèmes référés à M. Maiga qui doit leur trouver des solutions. Nous Y avons trouvé un homme désemparé. L’administration centrale de la CENI a envoyé 200 000FCFA pour couvrir le poste carburant. Une misère au regard des problèmes à résoudre. Très amer, il dénonce la logique de sa hiérarchie qui alloue la même dotation pour des communes de taille différente. En effet, la commune de Dori compte 80 villages avec 91 kits opérationnels.

 

Comment expliquer qu’ils aient la même dotation qu’une commune comptant seulement 10 villages ?

Les CECI explique M. Maiga sont dépourvues de moyens logistiques. Devant ce dénuement, l’autorité communale a envoyé deux véhicules pour le transport des opérateurs vers les villages. Il ne reste plus rien des 200 000F de dotation. Que faire alors pour le retour des opérateurs ? La CENI à sa plainte a répondu en envoyant 100 000FCFA. Une broutille. Le ministre Baba Hama informé de la situation a dépêché une somme de 100 000FCFA. C’est avec ça que M. Maiga doit faire face à la situation. Et voilà qu’une lettre signée du secrétaire général du PDS demande une rallonge de trois jours pour tenir compte des difficultés rencontrées dans le processus d’enrôlement.

L’argumentaire s’appuie sur les éléments suivants : des villages ont commencé avec deux jours de retard (cas de Gassel-Bianka, Touka Bayel et Dantchadi), pannes répétées de machines (ordinateurs, groupes électrogènes), manque de carburant, de feuille d’enrôlement ou encore maladie de l’opérateur etc… Manifestement, la situation est telle que personne ne semble favorable à la prolongation. M. Maiga le premier : « je ne souhaite même pas une minute de prolongation au regard des conditions ». Au regard du taux d’enrôlement, 81,86%dans l’ensemble des communes du Séno (qui dit mieux ?), le débat apparait bien caduc !

 

Tableau des résultats du Séno

Bani : 18 050

Falagountou : 6 927

Dori : 39 309

Sampelga : 6 009

GORGADJI : 8 934

Seytenga : 8 770

TOTAL : 88 007

Potentiel : 107 500

TAUX d’inscrits :
81,89%

 

Les déboires des opérateurs de
Sambona

Titulaire d’une maitrise en droit public, Auguste Bassono est opérateur de
kit à Sambona, localité située à 25 km de Dori. Sambona est un village traversé
par une rivière. L’arrivée de l’équipe s’est faite sous une pluie battante et il
était impossible de traverser la rivière. Avec l’aide opérateur, ils sont donc
restés dans cette partie du village où ils ont décidé de commencer l’enrôlement.
Pendant trois jours, ils ont partagé les conditions des populations. Logés dans
une bâtisse sans porte, ils ont du boire l’eau de la rivière, source de breuvage
dans le village. Quand le niveau de l’eau a baissé, ils décident de passer de
l’autre côté du village. Mais la traversée ne fut pas simple. Il fallait l’aide
de villageois pour les aider à transporter kit, groupe électrogène et effets
personnels. Le tarif exigé par les villageois était de 4000F pour l’aller et
retour alors que d’habitude ces derniers ne prennent que 50F. Finalement, ils
tombent d’accord sur 3000 après négociation. Dans le village, CDP et PDS se
partagent les deux postes de conseillers. Ces derniers sont censés être les
tuteurs des opérateurs mais ces derniers ont été complètement abandonnés. C’est
le directeur de l’école qui leur apportait à manger. Pour le retour, ils ont
supplié les conseillers de les déposer à Dori moyennant payement. Ces derniers
ont refusé affirme Aly Cissé l’aide opérateur. « j’ai du louer une charrette à
traction asine à 2500F, mais j’ai finalement payé 1000F » raconte M. Cissé très
amer. « C’est encore le directeur de l’école qui nous ayant vu sur la route m’a
récupéré pour me déposer à Dori. C’est le bon Dieu qui va récompenser ce
monsieur. Je n’ai pas de mots pour décrire sa générosité ». Sur cette
expérience, Auguste Bassono dit avoir beaucoup appris de la vie. C’est notre
contribution patriotique dit-il pour des élections
propres.

Par Germain B. Nama


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