CENI : Enrôlement biométrique dans le Ziro Horaires démentiels et absence de sécurité

Publié le dimanche 5 août 2012

50 322 inscrits sur un potentiel (chiffre de l’INSD) de 94 077, cela donne 53,49% de taux d’inscription. Un chiffre de trois points et demi au dessus de la moyenne. Le taux d’inscription des hommes est de 69,17%, tandis que celui des femmes est de 43,31%. On pouvait s’attendre à mieux au regard de l’engouement des premiers moments. La réputation de ces petites machines qui ont le don de produire sur place des cartes ‘‘d’identité’’ avait en effet gagné villages et hameaux du Ziro. Un quiproquo qui a valu bien des déboires sur le terrain à nombre d’opérateurs et particulièrement à mademoiselle Olga Bamogo du bureau de Cassou-centre.

 

Elle n’en finissait pas de pester contre le président de la CECI qui aurait dû selon elle donner la bonne information à la population qui croit à tort qu’il s’agit de la délivrance de cartes d’identité. Pourquoi faire une fixation sur la photo alors que l’essentiel est ailleurs s’indigne Olga. Elle croit dur comme fer que les responsables de ce quiproquo sont à rechercher au sein de la CECI qui auraient pu donner la bonne explication aux populations. Au lieu de cela, ils incitent la population à venir se plaindre. Pour Olga Bamogo, l’essentiel ce sont les données personnelles recueillies dans l’ordinateur et imprimées sur la carte et qui font de chaque inscrit un cas unique. Nous avons compris que la communication est et demeure le talon d’Achille de cette campagne d’enrôlement. A Cassou, à Bakata comme à Sapouy, l’on est formel. En dehors des spots radiophoniques de la CENI et le travail des partis politiques qui incitaient leurs militants à aller s’inscrire, aucune trace de ces crieurs publics annoncés. Manifestement, nombreux sont ceux qui viennent s’inscrire et qui n’ont pas la bonne information. Il y a même des gens qui se présentent sans avoir l’âge requis et qui ne comprennent pas qu’on refuse de leur délivrer la carte. L’ordinateur a été en effet programmé pour refuser tous ceux qui sont nés après le 31 décembre 1994. Mais la sensibilisation n’est pas le seul problème invoqué.

Olga Bamogo : derrière ce sourire d’ange
se cache une grande colère

La sécurité est également un problème affirme Millogo Adjara du bureau de l’école Sapouy A. Aucun dispositif sécuritaire n’est prévu dans l’environnement des bureaux d’inscription. Nama Doulaye assiste mademoiselle Millogo. C’est lui qui de temps en temps joue les gros bras pour imposer un peu d’ordre au niveau de la foule plutôt massée autour de la table d’inscription. Pourtant, ils avaient opté de prendre les CNIB par groupe de cinquante, ce qui théoriquement rendait les bousculades inutiles. Une fois les cartes recueillies, on procède par appel. Mais rien à faire. Impossible de tenir les gens à distance, chacun veut voir ce qui se passe de près. A Bakata, les hommes insistent pour se faire enrôler avant les femmes. Peu importe s’ils arrivent après elles ; il n’y a pas de sécurité pour les en empêcher.

 

Des horaires démentiels

Feaute d chaise convenable, Charlotte Doygbé
fait contre mauvaise fortune bon coeur

Fatimata Diasso aide opératrice à Cassou se plaint des horaires démentiels. Les conditions de travail dit-elle sont très pénibles. C’est du non stop, de 7H du matin jusqu’à 18H le soir. On ne peut même pas arrêter à midi pour manger. Nous mangeons en travaillant martèle Olga Bamogo que les conditions de travail ont fini par rendre malade. A notre passage, elle était assise sur une table observant un collègue dont le kit est en panne venu lui donner un coup de main. Plus de 100 personnes enregistrées par jour. L’opération d’enregistrement est forcément lente avec les actes de naissance sans timbre délivrés à la hâte par les services de la mairie. Ils sont d’une exploitation d’autant plus difficile qu’ils sont écrits à la main. Toutes choses qui amènent Charlotte Doygbé de l’école Bakata A à vouloir jeter l’éponge. Trop dur en effet pour cette mère d’un bébé de concilier ce job exigeant avec les besoins du nourrisson. Koanda Adama, le président de la CECI de Bakata se débat pourtant comme un beau diable pour venir en aide à ses hôtes. Les sites d’hébergement ont été gracieusement mis à leur disposition. Quand des pannes surviennent au niveau des groupes, la CECI les remplace par d’autres groupes localement disponibles. Pas question de bricoler les groupes de la CENI qui sont d’un genre jamais vu avoue M. Koanda. Trois groupes ont ainsi été remplacés. Mais difficile de penser à tout. La table de travail de Charlotte est si haute qu’aucune chaise ne lui est adaptée. Aussi préfère t-elle prendre place à côté du kit directement sur la table. Quand à son aide, elle est installée sur une table d’écolier. Des difficultés qui sont loin d’entamer le moral des deux dames qui après plus d’une semaine de galère semblent en avoir fait leur deuil.

 

Des leçons à tirer

 

Sur les 168 groupes électrogènes fournis dans le Ziro, une quarantaine était en panne. Le commissaire régional n’a pu remplacer que 10 selon le président de la CEPI du Ziro. A ces groupes hors d’usage, il faut ajouter les autres pannes de bougie qui prennent trop d’huile en raison d’un mélange qui n’est pas toujours heureux. Les pièces de maintenance en particulier la bougie sont en quantité insuffisante et le modèle est introuvable sur place. Trois maintenanciers sont affectés à ces engins auxquels il faut même ajouter les 9 superviseurs qui sont eux aussi des maintenanciers de fortune, un nombre apparemment insuffisant pour gérer les 168 kits disséminés dans les 135 villages et secteurs que comptent les six communes du Ziro. Adama Koanda, président de la CECI de Bakata aurait souhaité que l’on privilégie les machines courantes. L’avantage c’est que dépanneurs et pièces peuvent être trouvés sur place. Le kit ne pose pas moins de problème. Selon un superviseur rencontré à Sapouy, le hub a du mal à gérer webcam, imprimantes, capteurs d’images et empreintes. Le résultat : lenteurs dans l’enregistrement des données, ordinateurs et imprimantes qui se plantent. Une opération de la taille de ce qui est en cours ne pouvait évidemment pas se faire sans quelques ratés. On dit bien que l’expérience est la mère des sûretés. A condition bien sûr que l’on veuille en tenir compte.

 

Difficultés de repérage à
Cassou

Arrivé aux environs de 16h à Cassou le 3 juin dernier, nous avons eu du mal à
retrouver un site d’enrôlement. Les premières indications nous ont conduit au
siège de BKF. Nous y parvenons non sans peine, (nous avons du nous renseigner
par deux fois). Et quand nous y arrivons sur place, pas d’âme qui y vive ! Nous
décidons d’appeler le maire, que nous joignons après deux tentatives vaines. Ce
dernier nous oriente vers l’école Cassou A. Nous en profitons pour nous
renseigner sur le siège de la CECI. Je ne pense pas que la CECI a un siège nous
dit le maire. Le bruit de fond du téléphone nous fait penser qu’il est dans un
endroit bruyant. Voyez du côté de BKF nous dit-il. Nous ne prenons pas la peine
d’y aller. Nous savions déjà que personne ne s’y trouve. A l’école Cassou A,
nous ne voyons personne non plus. Nous apercevons non loin de là deux dames en
conversation. Apparemment des enseignantes. Nous décidons d’aller les voir.
Elles confirment que le bureau était effectivement à l’école mais il a déménagé
voici peu. L’une d’elle nous indique le chemin pour y aller. Mon guide qui
connait mieux le village m’y conduit sans difficulté. C’est l’ancien siège du
CDP me dit-il. Là nous apprenons qu’en fait, la CECI censée se trouver au siège
de BKF, est en réalité basée dans un studio photo en plein marché de Cassou. Son
président qui est le photographe du village a préféré y aménager. Question de
commodité sans doute !

 

Petites galères d’agents
recenseurs

Quand nous arrivons à Sapouy, le matin du samedi 30 juin, les conditions de
travail des recenseurs rendaient difficiles, un entretien en bonne et due forme.
Nous prenons rendez-vous avec l’équipe, pour la suspension de 18 H afin de nous
informer sur leurs conditions de travail. L’entretien a lieu dans un maquis de
la place. Je déroule l’ordre du jour mais Guindo Kadia objecte : il faut que
nous parlions d’abord de nos problèmes sociaux. Nous sommes sans le sou me
fait-elle savoir. On nous a promis 50 000FCFA pour l’hébergement et le
déplacement (l’hébergement n’est pas gratuit à Sapouy). Une somme forfaitaire
qui s’ajoute aux 75 000F de rémunération. De plus nous sommes arrivés ici le 18
juin. Nous avons attendu 5 jours avant le démarrage de l’enrôlement le 23 juin.
Ces 5 jours d’indemnités sont toujours en souffrance. Si la prise en charge
durant les 5 jours concerne tous les agents recenseurs, par contre l’indemnité
de logement et de transport ne concerne que les seuls « réservistes. » Au moment
où l’entretien a lieu, assurance avait été donnée que le règlement aura lieu le
lundi 1er juillet. Ce fut en effet le cas, mais le 1er, c’est aussi le dernier
jour de travail. Les problèmes de subsistance, c’est plutôt avant qu’on les vit
 !

 Par Germain Bitiou Nama


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