Nous sommes tous journalistes maliens !

Publié le dimanche 5 août 2012

Par Newton Ahmed Barry

Nos confrères du Mali vivent l’enfer du CNRDRE. Une véritable chape de plomb est maintenue sur leur tête par des éléments dit-on « non contrôlés », mais curieusement aussi, jamais officiellement dénoncés et désavoués par les dirigeants militaires et civils de la junte.

 

La situation des maliens, dans leur ensemble, s’aggrave et celle des journalistes encore davantage. Nos confrères maliens ne peuvent plus tenir une conversation au téléphone. Ils ont peur de recevoir dans les heures qui suivent, la visite des « escadrons de la terreur » du CNRDRE. La censure a été donc de fait réinstaurée. Certains de nos confrères, explique Makan Koné président de la Maison de la presse de Bamako, ont été visités par les escadrons « pour avoir eu l’intention d’écrire un article ».

Les animateurs de la junte lisent donc dans la pensée des gens. Ils peuvent ainsi à priori contrecarrer « les intentions d’articles malveillants ».

Et dire qu’ils sont venus pour « restaurer » la démocratie et « redresser l’Etat ». Un semestre après, on est très loin du compte.

 

Sanogo se comporte donc à Bamako exactement comme Ag Aghali à Tombouctou, Kidal et Gao. Les deux terrorisent les populations qui sont sous leur contrôle, interdisent toute voix discordante et vont jusqu’au meurtre, si nécessaire, pour se faire obéir. Les intégristes de Ançar Dine sont au moins à la hauteur de leur péché. Ils ont dit qu’ils n’étaient pas démocrates. Et Sanogo ? L’homme providentiel de la démocratie malienne ? Et son mentor, Omar Mariko, grand chantre devant l’Eternel, de la gouvernance juste et honnête, qui s’étranglait « des libertinages » de la gestion ATT, au point de déclarer apatrides, tous ceux qui ont, de près ou de loin, fait chemin avec « le Pétain » de Djoliba. La presse et les journalistes maliens sont-ils aussi coupables d’avoir existé au temps du « général honni » ? 

 

Chaque jour, sur ce bout de territoire qui lui reste, Bamako, l’homme providentiel de la démocratie malienne traque et matraque les journalistes. Il n’y a pas longtemps, c’était un journaliste de la télévision Africable qui a dû rentrer en clandestinité pour sauver sa vie. Son tort, avoir interviewé un responsable des groupes qui occupent le nord Mali. Un autre de nos confrères revenu d’un reportage d’un sommet sous régional sur le Mali, est pris en chasse par les escadrons du CNRDRE à sa sortie de l’aéroport SENOU, il a pu miraculeusement leur échapper. Son tort à lui, avoir enfreint l’oukase de la junte qui avait interdit aux maliens de prendre part à la dite rencontre. Beaucoup avaient obéi, y compris, dit-on, le grand malade Dioncounda, qui s’était esquivé à la dernière minute sur « recommandation de ses médecins ». L’homme est encore, sans doute, sous le trauma de l’agression barbare qu’il a subi à son palais.

 

 La dernière agression en date est celle perpétrée contre Saouti Haïdara, directeur de l’Indépendant de Bamako, doyen de la presse malienne. En plein jour, l’escadron CNRDRE est venu à sa rédaction l’enlever et devant une réaction hostile et déterminée de ses collaborateurs et des voisins du quartier, a fait usage d’un feu nourri pour se dégager et emporter avec eux leur otage. On a retrouvé Saouti dans les mêmes conditions que Dioncounda avait été abandonné par ses agresseurs. Un modus operandi de l’escadron de la terreur. Le directeur de L’Indépendant a été retrouvé battu, un bras cassé et des lésions sur le crâne. Le président par intérim avait été traité exactement de la même façon.

 

Nos confrères ont eu raison de réagir avec les armes qui sont les siennes. Ils ont droit à notre solidarité. La cedeao qui a exigé une enquête indépendante pour l’agression de Dioncounda, devrait, au minimum, exiger la même chose pour notre confrère. Le malheureux coup d’Etat qu’il a perpétré le 22 mars est un drame pour le Mali.

 

Pour ceux qui en doutaient encore, les voilà édifiés. Il ne faut pas laisser la junte assassiner les symboles. La presse libre c’est encore le seul souvenir des maliens d’avoir vécu dans une démocratie que tout le monde leur enviait. Ceux qui a Bamako déconstruisent ce souvenir, qu’ils qualifient de grand leurre, n’apportent pour l’instant que le cauchemar. Alors peut-être faut-il donner le choix aux maliens de préférer le « leurre ».


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