Enquêtes parlementaires : On attend le gouvernement de Luc Tiao au tournant

Publié le samedi 4 août 2012

Par Germain B. Nama

 

Les conclusions des enquêtes parlementaires sont désormais connues. Elles ont été publiquement et officiellement présentées à la presse par ceux là-mêmes qui les ont faites. On ne pourra plus dire comme l’honorable Alizata Ouedraogo que c’est l’œuvre de quelques journalistes malveillants en quête de sensationnel, spécialistes de la déformation outrancière. Ce sont là bel et bien des constats d’enquête de la représentation nationale que l’on ne peut soupçonner d’intention subversive, puisqu’il s’agit d’une composante essentielle du pouvoir d’Etat. Qu’ont découvert nos députés qui puisse retenir l’attention des Burkinabé ? Sur les subventions publiques à la santé, le constat qui a été fait est que ces subventions sont manipulées à différents niveaux.

La conséquence est que les destinataires finaux que sont les malades ne profitent pas pleinement des moyens que l’Etat a prévus pour leurs besoins en santé. Et que deviennent ces moyens perdus par les malades ? Eh bien, ils ont tout simplement été détournés vers d’autres activités comme l’organisation de missions et de séminaires avec ce que cela comporte comme ripaille et autres perdiems. Voilà pour la partie émergée de l’iceberg. Ce n’est pas tout. Il y a aussi cette partie immergée constituée par des écarts financiers non justifiés et qui mettent en cause différents maillons de la chaîne de gestion.

 

En ce qui concerne les marchés publics, un secteur où l’on brasse que des milliards, les députés ont découvert des choses monstrueuses qu’ils ont pudiquement appelées anomalies ou disfonctionnements. Avec la complicité de quelques fonctionnaires véreux nichés dans les organes d’attribution et de contrôle des marchés publics, certains entrepreneurs ingénieux ont trouvé le moyen de tromper la vigilance de l’Etat pour lui soutirer beaucoup d’argent. Eh bien ce moyen consiste tout simplement à sous-évaluer les offres pendant la phase de la soumission dans le but d’appâter l’Etat dont on connaît la pauvreté légendaire. Une fois l’offre adjugée, le piège se referme sur l’Etat qui se voit opposer sous divers prétextes, des factures supplémentaires dénommées « avenants. » Mais quand le montant des avenants vient à dépasser le montant du marché initial, il y a lieu de s’interroger s’il n’y a pas quelques complicités au plus haut niveau de l’Etat, là où l’ordre de payer est donné. L’exemple le plus emblématique et le plus choquant est bien celui de la route nationale N°1 qui vient d’être inaugurée par le premier ministre. L’Etat a concédé dans ce marché pas moins de 20 avenants et les députés disent même, n’avoir pas eu la preuve que ces avenants aient été assortis de pénalités comme l’exigent les dispositions règlementaires. Que le bénéficiaire de ces grosses faveurs soit la belle mère nationale est-il un hasard ? Nous voulons bien le croire. Il se trouve malheureusement que tous les entrepreneurs ne sont pas logés à la même enseigne. Pour moins que ça, certains ont écopé des amendes dont ils ne se relèveront probablement jamais. Quoiqu’il en soit, il n’appartient à personne de détourner ou d’escroquer impunément les deniers publics. Il est de la responsabilité de l’Etat d’y veiller scrupuleusement.

Et c’est là qu’est attendu le gouvernement de Luc Adolphe Tiao, lui qui est venu pour moraliser les mœurs de l’Etat sous la bannière de la quête de la paix sociale. Les députés ont recommandé des audits pour mieux circonscrire les responsabilités. Le gouvernement ne doit pas chercher à reprendre la main en confiant ces audits à des cabinets complaisants. Qu’on ne s’y trompe pas. Au Burkina, on sait qui est qui. Notre confrère RFI dans ses éditions matinales du mardi 17 juillet a dit avoir approché le gouvernement pour recueillir ses réactions aux conclusions des enquêtes parlementaires. Mais ce dernier a souhaité ne pas réagir pour le moment.

On peut le comprendre, mais il faudra tôt ou tard donner une suite appropriée à ces conclusions. Les présidents sénégalais et sud africains ont chaleureusement félicité Blaise Compaoré au MAEP à la suite de sa présentation qualifiée de brillante sur sa gestion du pays des hommes intègres. L’événement s’est passé à Addis dans le cadre du MAEP, en marge du dernier sommet de l’Union africaine. Mais que cette présentation soit brillante n’est pas suffisant. Il faut aussi qu’elle soit vraie. Aucun pays n’échappe aux difficultés de la gouvernance. L’essentiel, c’est la détermination dans la volonté de les éradiquer. Courage et bonne chance à LAT qui doit. Les exigences du pouvoir doivent primer sur toute autre consideration.

 


Commenter l'article (1)