Ciné Droit Libre 2012:L’affaire Chebeya pour lancer les débats

Publié le lundi 23 juillet 2012

 

Thierry Michel est un cinéaste belge, grand amoureux de l’Afrique, notamment de la République démocratique du Congo, ex-Congo belge. Il le montre à travers une riche filmographie qui rehausse l’image du film documentaire. Après avoir mis à nu le Roi Mobutu, il vient de s’attaquer à un autre sujet lié aux violations des droits de l’Homme. Résultat, c’est un film de 94 mn sorti en 2011 qui décrit l’ignominie d’un pouvoir dictatorial qui tente pourtant de se vêtir des beaux habits de respectabilité, propre à une démocratie : « L’Affaire Chebeya. Crime d’Etat ? »

voilà ce que dit le synopsis : « Le 2 juin 2010, Floribert Chebeya, militant congolais des Droits de l’Homme et directeur de l’ONG “ La voix des sans voix”, est retrouvé assassiné dans sa voiture. Sa mort a été grossièrement maquillée en crime sexuel. Son chauffeur a disparu. Très vite, il apparait qu’il s’agit d’un meurtre perpétré par les services policiers du général Numbi, inspecteur principal de la police congolaise. Plusieurs policiers sont arrêtés. Le général Numbi est suspendu de ses fonctions. Trois policiers fuient à l’étranger. Ce crime intervient à moins d’un mois du cinquantième anniversaire de l’indépendance du Congo, alors que Floribert Chebeya multipliait les enquêtes sur des sujets sensibles en matière de droits humains. Les Nations Unies, l’Union européenne, les Etats-Unis, et de nombreuses ONG réclament aux autorités du Congo “une enquête indépendante, impartiale et transparente”. La veuve Chebeya quitte la RDC pour se réfugier au Canada. La pression internationale est forte, et le pouvoir doit mettre en place un procès. Celui-ci débute devant la cour militaire en novembre 2010. Le film raconte ce procès exceptionnel. L’autorité judiciaire est-elle capable d’exercer une justice impartiale ? ».

La suite de l’histoire vous la connaissez certainement. Ici au Faso on a vécu une situation quasi identique avec le dossier Norbert Zongo. Tué et brulé en 1998 aux environs de Sapouy, ce journaliste intègre et émérite, continue du fond de sa tombe d’attendre que les vrais commanditaires paient leur crime odieux, en lieu et place des lampistes, dont certains ont succombé à la justice divine. Le comique français Coluche, ne disait-il pas : « les Hommes naissent libres et égaux…Mais y en a qui sont plus égaux que d’autres ». La mort de Chebeya comme celle de Norbert et bien d’autres victimes de crimes d’Etat, sont quoi que l’on dise comme une arête en travers de la gorge des apprentis (en comparaison à Papa Mobutu) dictateurs. En empêcheur de dormir tranquille, les promoteurs de ciné Droit Libre comme d’autres organisations de la société civile ont décidé de sonner le tocsin de façon permanente. En programmant le film de Thierry Michel au lancement officiellement de son édition 2012 le 04 juillet 2007 à l’Institut Français du Burkina, Ciné droit libre a donné un coup de cloche de plus. Réveil ! Le 7ème art a cette magie de rendre pérenne les belles choses comme les mauvaises. « Tous les hommes finissent par mourir. Mais toutes les morts n’ont pas la même signification » disait le leader Chinois Mao. Les images ont la force de mille mots et le cinéma a cette capacité d’immortaliser…l’actualité.

C’est en 2005 que ce Festival a débuté à Ouagadougou avec une dizaine de films, et un public estimé à 2500 spectateurs Au fil des ans, il a pris des galons tant au plan du nombre de films, des villes et espaces de programmation, de la nature des invités de marque que du nombre de participants. Espace d’expression, ce festival est une tribune libre pour la défense des droits humains. Ciné droit libre a été reconnu à l’international par le réseau international des festivals de film sur les droits humains dont il est membre depuis novembre 2006. Le coordonateur de Ciné Droit Libre assure d’ailleurs la présidence de ce réseau pour l’année 2012. De nos jours, « Ciné Droit Libre » partage son expérience avec plusieurs autres festivals à travers le monde et le concept est bien importé par le journaliste ivoirien Yacouba Sangaré au bord de la lagune Ebrié. Dans d’autres pays africains ça fait des émules. « Femme, moteur du changement en Afrique » tel est le thème de la 8ème édition qui a débuté ses projections depuis le 02 juillet 2012, (le festival lui, s’achève 14 juillet) Films, musiques débats, avec comme marraine Barbara Hendricks, Ciné Droit Libre 2012 joue un rôle d’utilité publique dans la prise de conscience et l’assainissement du débat d’idées. A l’occasion, la parole est donnée à tous :« aux pour comme aux contre ». Suivez-mon regard ! L’autre moitié du ciel occupe à juste titre la scène, car des Marianne et autres pasionaria africaines sont légions. Souvent dans l’ombre parfois au devant de la scène, des femmes se battent au quotidien pour le présent et l’avenir du continent. L’occasion est donc bonne pour le signifier derechef. Bonne fête du cinéma !

 

Ludovic O Kibora


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