Biométrie : L’enrolement est moyen

Publié le lundi 23 juillet 2012

La Zone II a fini son enrôlement. Les résultats sont aussi moyens que dans la première zone. Sur un potentiel de près de 2 millions d’électeurs, un peu plus du million se sont fait enrôler (source ceni). Officiellement on avait affirmé avoir tiré leçons des difficultés des débuts de l’opération dans la zone I. Sur le terrain, les faits n’ont pas confirmé les informations officielles. Les problèmes techniques ont provoqué presque partout, environ deux jours non travaillés. Les Kit ont toujours des problèmes et les groupes électrogènes se détériorent à vue d’œil. Les caprices de la saison des pluies s’y sont ajoutées et grosso modo, ont contribué à compliquer l’enrôlement. D’autres nouveaux problèmes sont également apparus, comme le transport massif des électeurs à enrôler. Le constat a été fait dans le Ziro. Selon les informations disponibles, sur les deux premières zones ; ce sont à peu près 1 836 567 personnes enrôlées. L’enrôlement pour la zone III a commencé et si on veut atteindre les 8 millions d’électeurs espérés, il faut ne plus continuer à perdre des jours d’enrôlement. La disponibilité des paysans en cette période est une denrée précieuse, qu’il ne faut pas gaspiller. 

 

 Par Newton Ahmed Barry


Kits et groupes électrogènes, la grosse galère de l’enrôlement

 

24 heures de retard dans l’enrôlement au CECI de Zabré, parce que les Kits n’ont pas été parfaitement configurés. 48 heures à se tourner les pouces parce que le groupe électrogène a lâché. Le matériel de l’enrôlement inquiète. En cette période hivernale et alors que les pluies sont capricieuses, les journées sont comptées chez les paysans.

 

Zabré, à l’image de l’ensemble du pays, la saison des pluies est en retard. Le 23 juin, jour du lancement de l’opération de l’enrôlement de la Zone II (voir encadré P.9), les paysans scrutent un horizon bleu. Ils espèrent une vraie pluie qui installe définitivement la saison. Les opérateurs sont déployés difficilement dans les 71 centres d’enrôlement. « manque de logistique », explique Esaïe Gouba, président du CECI. Dans son entendement, « c’est l’armée qui devrait convoyer les opérateurs et les Kits jusque dans les centres d’enrôlement ». Quand il a appris que ce n’était pas le cas, il a dû « mobiliser les véhicules des services publics (peu nombreux dans la commune) pour convoyer les opérateurs ». Un quiproquo sur cette question de convoyage. L’armée dit que son mandat consiste à convoyer les opérateurs dans les chefs lieux de communes. Leur dispatching dans les centres d’enrôlement revenant aux CECI. Ce n’est pas exactement comme ça que nombre de CECI avaient compris les choses. Idem pour les réparations des groupes électrogènes. L’armée qui en a été chargée, chemin faisant, ne va pas jusqu’aux centres pour les dépannages. Elle attend que les machines défectueuses soient convoyées au chef lieu de la Commune. Quand les opérateurs arrivent sur leur lieu de travail, les machines ne marchent pas. Les maintenanciers de Softnet, avaient dit-on « oublié les pilotes des imprimantes ». Une journée donc de perdu, alors que par endroits les paysans, en chômage technique, attendaient les opérateurs. Il a fallu revenir à Zabré, par les moyens du bord. « En 24 heures tout était rentré dans l’ordre », nous rassure Esaïe Gouba. Beaucoup d’opérateurs disent le contraire. Certains avouent n’avoir pas travaillé trois jours. Quand les imprimantes ont finalement été configurées, le ciel ouvrait ses vannes. Entre l’’enrôlement et le champ, le choix est vite fait. « La période n’est vraiment pas indiquée » se désole le président de CECI Zabré. A Gasgou, un gros hameau de culture, « il n’y aurait pas 500 enrôlés », prédisait-il. Pour la présidentielle de 2010, ils étaient 1000 inscrits.

Les machines

ont des problèmes 

C’est une vraie concurrence entre la nature et les machines pour qui « freinera le plus l’opération ». Pour cette zone II, en moyenne 48 heures ont été perdues par les pannes des machines (imprimantes non configurées et panne de groupe électrogène) et presque autant par les jours de pluies. « Les premiers jours ont été pénibles » admet, le commissaire Bako, venu en soutien à son collègue Saba, dans la région du Centre Est. La faute surtout aux groupes électrogènes. « Beaucoup ont lâché », reconnait-il. « C’est la faute au carburant » accusent les opérateurs. Le mélange ne serait pas de bonne qualité provoquant la noyade des bougies. Partout les petits groupes peinent et polluent. Sur la question du carburant, la CENI dit avoir effectué des tests qui ont montré que les mélanges dans les grosses citernes sont responsables du problème. L’huile étant plus lourde que l’essence, elle se dépose au fond. Pour y remédier, désormais, les mélanges vont se faire sur place et directement dans les bidons de 20 litres. Le problème du carburant est donc résolu, rassure le DAF de la CENI. Il reste, les autres pannes fréquentes des groupes ; les câbles de démarrage qui cèdent et les défauts de charge. Pour la zone III, « les machines ont été regroupées et les maintenances parfaitement effectuées » nous a confié, Nouroudine Tall, le patron de l’informatique de la CENI.

 

L’UPC se démène à Garango

C’est un membre de la section de l’UPC Garango, le parti de Zéphirin Diabré,
qui nous a alerté sur une difficulté que les populations rencontraient à Lergho,
un village de Garango, pour se faire enrôler.

Pour l’enrôlement une opération spéciale d’établissement de jugement
supplétif d’acte de naissance a été lancée sur l’ensemble du territoire. Selon
les explications du militant UPC, les gens se faisaient inscrire massivement
avec les « Actes de Non Inscription » qui ne sont pas des actes de naissance,
mais des documents qui attestent que leur détenteur n’est pas inscrit sur les
registres de l’Etat civil. C’est muni d’un tel document qu’on peut se faire
établir un jugement supplétif d’acte de naissance. L’enrôlement peut alors se
faire. Les responsables locaux de l’UPC avaient constaté le problème et se sont
fait forts de le dénoncer. La pratique a-t-elle cessé ? Oui, croit savoir
Lingani Mamoudou, le coordonnateur du parti. Nous n’avons pas pu nous rendre à
Zepa et à Poréta, là les problèmes ont été constatés, à cause d’une forte pluie
qui est tombée la veille de notre arrivée, le 28 juin.

Des partis de l’opposition, l’UPC est le seul que nous avons vu à l’œuvre sur
le terrain, principalement dans le centre-est. Partout ce sont les caciques du
parti au pouvoir, le CDP, qui animent l’opération de l’enrôlement. A notre
arrivée à Garango, le 29 juin, l’ex député CDP, Alfred Sekoné préparait une
opération d’établissement d’acte de naissance pour le village de Lergho. « Nous
en profitons, puisque nous n’avons pas les moyens, pour inciter les nôtres à se
faire aussi établir les actes de naissance », nous confie malicieusement
François de Salles Yenkoné, enseignant et membre de l’UPC Garango.


Où est passée l’agence Edifice ?

L’information et la communication sont le parent pauvre de cette opération
d’enrôlement. Pourtant la CENI a contracté avec l’agence de communication
EDIFICE, un contrat de prestation pour une large information du public. « Quand
ils (EDIFICE) sont venus exposer devant les commissaires, ils m’ont séduit »
reconnait Me Kéré, le président de la CENI. Depuis les actions semblent aller en
s’amenuisant. Dans la première zone, l’agence était quelque fois présente. Dans
les contrées de la Zone II, où nous sommes passé, personne n’en a entendu parlé.
Gouba Esaïe, président de la CECI Zabré, n’a rencontré ni « ambassadeur », ni « 
crieur public ». Dans le document contractuel, EDIFICE devait déployer une
dizaine d’ambassadeurs par commune et autant de crieurs, qui devraient durant
l’opération faire de l’agitation. Pour l’instant, c’est plutôt sur le travail
des démembrements de la commission électorale que la moyenne mobilisation pour
l’enrôlement a pu être obtenue.


Y aura-t-il une opération spéciale élèves
bacheliers ?

Dans la zone II, l’enrôlement est intervenu au moment de l’examen du BAC.
Dans beaucoup d’endroits, les élèves candidats au BAC ont dû se déplacer pour
rejoindre leur centre d’examen. Ils n’ont pas pu se faire enrôler, pour ce cas
de force majeure. A Garango, où la question a été soulevée par les militants de
l’UPC, ils seraient environ 300 élèves (quatre classes de terminale dans la
commune), qui ont l’âge de s’enrôler mais qui ne le pourront pas parce qu’ils
étaient à Tenkodogo pour l’examen. Que faire pour eux
 ?


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