Refugiés maliens : « Nos familles ont faim »

Publié le lundi 23 juillet 2012

Le premier ministère a organisé une caravane de presse sur les camps de refugiés de Mentao à quelques encablures de Djibo et de Gandafabou près d’Oursi dans l’Oudalan. Cette caravane de presse de 72h a permis de constater les dures conditions de vie des refugiés dans les camps. En dépit des efforts de l’Etat burkinabé et des ONG reconnus par les locataires des camps, les vivres sont insuffisants. D’autres problèmes comme l’accès à l’eau, à la santé se posent sur les camps. Les femmes et les enfants composantes essentielles de la population des camps sont les plus affectés par le manque de nourriture et de soins.

 

« Ils sont la bas, ils mangent sans rien faire et ils se plaignent, ils se permettent de choisir la nourriture …. » Se plaint Daouda Cissé un jeune de Dori. Il pense que le gouvernement burkinabé s’occupe plus des refugiés, que de sa population. Les nombreux déplacements des autorités commencent à agacer Daouda Cissé et ses camarades autour du thé. Et pourtant la vie sur le camp n’est pas du plaisir. Une visite sur les camps de refugiés de Mentao dans le Soum à dix kilomètres de Djibo et à Gandafabou dans l’Oudalan à une vingtaine de kilométres de Oursi vous plonge dans une triste réalité . « Prions Dieu que cela ne nous arrive pas, la guerre n’est pas bien » disent certains journalistes au sortir de cette visite. Dans les camps la misère est perceptible et difficile à dissimuler. La dignité n’existe pas pour ces hommes et femmes qui vivent quotidiennement au crochet des ONG. Dans le camp la principale préoccupation ce sont les vivres. Certes les rêves sont intacts, mais « le ventre » reste la préoccupation du moment. Lorsqu’un véhicule pointe sur le site, la nouvelle fait vite le tour du camp et sans tambour les visiteurs sont envahis par ces pères de familles, et par des enfants. En effet chaque jour ils scrutent les routes des villes pour ne pas manquer le fameux sésame du PAM. « Les vivres ne nous suffit pas, les enfants ont faim. », déclarent la plupart des refugiés. Dans cette galère un élan de solidarité s’est développé entre les frères que la guerre à forcer à la cohabitation. En dépit des divergences sur l’indépendance de l’Azawad, on se partage les maigres vivres. La famille Moaghim fait partie de la dernière vague des refugiés arrivés sur le camp de Gandafabou. Si la famille a été inscrite, elle attend depuis un trimestre les cartes de membres. Ces cartes d’enregistrement qui vous permettent de bénéficier des vivres distribués par le PAM. L’attente est vécue comme une éternité pour ces nombreuses familles dont les dernières provisions empruntées aux premiers occupants du camp arrivent à épuisement.

Accroupies sur un morceau de tissu, Mariem et sa belle fille trient les derniers grains de riz qui leur reste. Ce riz, elles l’ont emprunté au voisin d’à côté. Sa famille n’a pas reçu la dernière dotation. « Quand on est arrivé, on a dit que c’est fini et ils disent d’attendre le prochain ravitaillement » C’est la croix rouge qui s’occupe de la distribution des vivres sur le site de Gandafabou. Il était environ 11 heures, lorsque ces femmes s’affairaient pour le seul repas de la journée. Un repas maigre aussi bien en qualité qu’en quantité. Sur le site, les condiments sont une denrée rare. Les quelques provisions que les femmes ont emportées sont épuisées, en dépit d’une gestion parcimonieuse. Les sites d’approvisionnement de produits de consommation sont éloignés. Sur le camp on y trouve que de la cigarette et quelques petits articles. Les prix pratiqués sur les camps sont très élevés et difficilement accessibles pour la grande majorité des locataires des camps. Un sachet de lait qui coûte sur le marché 150F est vendu sur le camp à 2000f cfa. Ce qui est frappant sur les différents sites d’accueil ce sont les habitats dressés à la hâte pour les refugiés. Etalés sur une superficie d’une dizaine d’hectares ces habitats ne sont qu’un concentré de la misère du camp. Arrivés depuis le mois de février sur le site, la famille Moaghim a bénéficié de deux tentes. Montées sur un espace d’environ cinq mètre de long et d’un mètre et demi de hauteur chaque tente possède deux ouvertures. Des ouvertures si petites quelles demandent beaucoup d’efforts pour y pénétrer. Des tiges sont placées tout autour pour chasser la lumière du jour. A l’intérieur quelques valises d’habits, des casseroles de cuisines et des nattes sur le sable. « Nous avons pris le minimum, on voulait sauver seulement nos vies », confie l’aîné de la famille. Les femmes ont trouvé quelques chiffons qui couvrent le toit de la tente afin de conserver un peu de fraicheur dans un désert où la chaleur règne en maître. Dans ces maisons de fortune, il est impossible d’observer la position débout. C’est dans ces maisons que vivent ces refugiés en plein désert où la moindre ombre est un paradis. Ces maisons ne résistent pas aux vents et aux fortes pluies. Certaines sont vite emportées par le vent et il faut les remonter. Un exercice en perpétuel recommencement. A Mentao, une pluie qui est tombée le 24 juin dernier a fait d’importants dégâts. Des tentes ont été décoiffées et emportées par le vent. Le lendemain les hommes ont passé la journée à les redresser. Selon Fadel Mohamed, il en est ainsi à la moindre tempête.

 

L’oisiveté, principale activité sur les camps

 

Loin des préoccupations qu’imposent les réalités du camp, la guerre, et l’avenir sont au centre des débats. Sadam Ag Moaghim est le fils de Mariem. Il n’a qu’une trentaine d’années. Avant la guerre Sadam résidait dans la ville de Ségou où il a fait toutes ses études. Après le supérieur il s’est installé à Ségou pour exercer le métier de transitaire. « En tout cas tout marchait bien » dit-il. Lorsque la guerre a éclaté au Nord sa vie a changé et ses projets se sont envolés avec elle. Ce jeune touareg transitaire, bien élancé qui écrase successivement les cigarettes ne reconnaît pas ses frères et amis de Ségou avec lesquels, il a passé une grande partie de sa vie. « Beaucoup était plus que mes frères », lâche t-il à demi mot comme s’il ne voulait pas revenir sur les derniers instants de sa vie dans la ville de Ségou. Selon Sadam, ce sont ses propres amis qui ont demandé sa tête. Sa faute, c’est d’être touareg, ceux qui font la guerre au Nord. Pourtant, ce jeune considère cette guerre fratricide répugnante, il ne l’aime pas et il ne se sentait pas concerné. C’est la deuxième fois qu’il revient avec sa famille sur le site de Gandafabou. La première fois il était gosse. Ses souvenirs le replongent dans cette guerre de 1992 qui avait jeté des milliers de touaregs sur la route du Burkina. Il avait fait trois jours de route avec ses mamans. Sadam souhaite la fin de la guerre pour reprendre ses activités. Mais ses frères ne sont pas de cet avis. « Cette guerre ne peut pas finir, et Sadam ne retournera pas à Ségou, on était déjà venu ici et cette année encore » réplique Mohamed Idrissa l’aîné de la famille. Ce dernier ne croit pas à une paix définitive entre les touaregs et le sud. Alors si les deux parties ne peuvent pas cohabiter ensemble, il faut aller vite à la partition du pays. Mohamed Idrissa jette la responsabilité de cette déstabilisation permanente sur les autorités maliennes et les leaders rebelles. Il dénonce la stigmatisation et les nombreuses attaques dont sont victimes les touaregs lorsqu’il y a une rébellion au Nord. Les rebelles sont accusés d’agir pour leurs propres intérêts en se servant de la cause touareg. La famille Moaghim, ne veut plus vivre un troisième camp de refugié. « On veut la paix. Regardez comment on vit ici ? » affirme la famille. Ils ont compris que dans la guerre ce sont les pauvres qui souffrent.

Un habitat sur le camp de Gandafabou

Sur les sites, vivent surtout de nombreux élèves. Mahamoudou ould Mohamed est un élève de la classe de terminale à Bamako. Son père est un ingénieur des travaux publics dans la même ville. Il possède une entreprise bien prospère. Mahamoudou supporte mal la campagne. Il ne connaît pas le nord pour avoir passé sa vie à Bamako. Comme Sadam, ce jeune élève affirme qu’il a été contraint d’abandonner les cours. « Mes camarades nous assimilaient aux rebelles, parce qu’on était touareg. L’administration intervenait, mais elle n’arrivait pas à ramener les gens à la raison » déclare Mahamoudou. La famille Mohamed a alors choisit l’exil. Le père est parti au Sénégal avec toute la famille. Mahamoudou a accompagné sa grand-mère à Mentao. L’année scolaire est déjà perdue pour ce garçon de 19 ans, mais il garde espoir que la paix reviendra au Mali ou au pire, il rejoindra ses parents au Sénégal pour reprendre l’école. En attendant Mahamoudou et ses camarades tuent leur temps autour du thé. C’est l’activité principale de la journée. Pour l’élève la vie sur le camp est un enfer, d’autant qu’il n’est pas habitué à la campagne. Les autres aussi souffrent plus de l’oisiveté. La plupart sont des éleveurs et des commerçants.

Le camp de Mentao à une dizaine de kilomètre de Djibo compte environ 6000 refugiés répartis sur trois sites dont 50% de femmes et 30% d’enfants. La majorité des refugiés viennent des communes de Tombouctou, de Gao, de Gossi et d’Adjoara. Celui de Gandafabou compte autant de refugiés selon Mohamed Ag Moctar, le chef du camp. Le camp de Mentao et celui de Gandafabou ont déjà accueilli des refugiés maliens lors des précédents conflits. Certains y sont retournés pour la deuxième fois. Seulement, ils affirment que les conditions d’accueil se sont beaucoup dégradées. « Avant c’était mieux. Cette fois les conditions de vie sont très difficiles ».

Les principales difficultés sont l’accès à l’eau, à la santé et surtout à la nourriture.

Par Abdoul Razac Napon


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